Cours perdus au lycée : les remplaçants annoncés peuvent-ils rétablir durablement la continuité scolaire ?
Le gouvernement annonce le déploiement de 3 024 enseignants remplaçants dans les lycées les plus touchés par les absences. Les syndicats saluent les renforts, mais jugent leur arrivée tardive et insuffisante face aux cours perdus.

Le gouvernement annonce l’affectation de 3 024 enseignants remplaçants, en priorité dans les lycées les plus touchés par les absences. Cette mesure s’appuie sur des personnels disponibles et ne correspond pas à 3 024 recrutements nouveaux. Les syndicats estiment qu’elle ne suffira pas à compenser les cours perdus ni à garantir une continuité durable des enseignements.
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Comment préparer le bac quand des cours disparaissent de l’emploi du temps, semaine après semaine ? Pour les lycéens concernés, l’urgence consiste à retrouver un professeur et à reprendre les apprentissages interrompus.
Le gouvernement annonce le début du déploiement de 3 024 enseignants remplaçants dans les lycées. Mais cette mobilisation pose deux questions : combien de classes retrouveront effectivement leurs cours, et comment éviter de nouvelles interruptions ?
Des remplaçants mobilisés, pas 3 024 recrutements supplémentaires
Le lundi 12 octobre 2026, la porte-parole du gouvernement, Maud Bregeon, assure que « le déploiement a commencé ». Le ministre de l’Éducation nationale, Édouard Geffray, avait annoncé ce renfort la semaine précédente, face à la contestation lycéenne.
Selon l’explication gouvernementale, un outil améliorant l’affectation des enseignants permet cette mobilisation rapide. Les lycées les plus fragilisés par les absences, classés en « situation rouge », doivent recevoir les premiers renforts. Maud Bregeon affirme également que « le gouvernement entend les revendications des lycéens ».
Il faut toutefois distinguer mobilisation et recrutement. L’annonce porte sur l’affectation de personnels remplaçants déjà disponibles, et non sur l’embauche de 3 024 nouveaux professeurs. Dans sa réaction du 9 octobre aux affectations de remplaçants dans les lycées, le SNES-FSU évoque ainsi des enseignants qui n’auraient pas encore d’affectation.
Les TZR, titulaires sur zone de remplacement, sont des fonctionnaires affectés à un secteur géographique. Ils peuvent assurer des remplacements ou occuper temporairement un poste vacant. Les contractuels peuvent également remplacer des absents, mais ils ne sont pas des TZR : leur statut repose sur un contrat. Cette distinction compte pour comprendre les personnels réellement mobilisés.
Un problème ancien, au-delà des lycées mobilisés
La colère actuelle s’inscrit dans une difficulté durable du système scolaire. La DEPP, le service statistique du ministère, estime que 9 % des heures d’enseignement n’ont pas eu lieu dans le second degré public en 2023-2024. Sur ce total, sept points correspondent au non-remplacement d’enseignants absents, et deux aux fermetures d’établissements.
Les données de la DEPP sur les cours non assurés en 2024-2025 montrent aussi des différences entre établissements. Pour les absences liées à des raisons individuelles, la part des heures non assurées atteint 3,9 % dans les lycées généraux et technologiques, 4 % dans les lycées professionnels et 4,7 % dans les collèges. Ces chiffres décrivent une année scolaire passée, pas la situation précise de cette rentrée.
Par ailleurs, les réponses administratives varient selon la durée de l’absence. Pour les absences courtes, inférieures à quinze jours, les établissements peuvent notamment mobiliser des enseignants volontaires dans le cadre du Pacte enseignant. Ce dispositif rémunère des missions supplémentaires : 1 250 euros bruts pour un forfait de dix-huit heures de remplacement.
Le renfort annoncé intervient donc dans un système qui combine plusieurs leviers. Affecter un remplaçant disponible et demander des heures supplémentaires à un professeur déjà en poste ne répondent pas aux mêmes contraintes. Le premier mécanisme mobilise un personnel dédié ; le second dépend du volontariat et de l’organisation locale.
Le bon professeur, dans la bonne discipline et au bon endroit
Un total national ne suffit pas à mesurer l’efficacité du dispositif. Il faut rapprocher les besoins de chaque classe des qualifications et de la disponibilité des remplaçants. Le SNES-FSU rappelle qu’une affectation doit respecter la discipline de recrutement et les obligations de service de l’enseignant.
La géographie compte également. Les règles encadrent les affectations dans la zone de remplacement et les zones limitrophes. Pour les personnels, l’urgence ne supprime donc ni les contraintes de déplacement ni le cadre de leur mission. Pour les établissements, disposer d’un enseignant mobilisable ne signifie pas automatiquement disposer du spécialiste recherché.
Le syndicat souligne aussi la nécessité d’un délai de préparation pédagogique. Reprendre une classe suppose de connaître sa progression, ses supports et les apprentissages déjà réalisés. Accélérer l’affectation peut réduire l’interruption des cours ; préparer la prise de poste reste nécessaire pour assurer leur continuité.
Enfin, les contraintes ne concernent pas uniquement les titulaires. Un rapport du Sénat sur les difficultés de remplacement des enseignants relève que recruter des contractuels pour une courte durée représente une charge administrative importante pour les rectorats. Cette organisation peut contribuer aux délais de remplacement.
Une priorité aux lycées fragilisés, mais des attentes plus larges
La priorité annoncée bénéficie d’abord aux élèves des lycées les plus touchés. Elle permet au gouvernement de concentrer sa réponse sur les situations les plus urgentes. Mais elle laisse entière la question des autres établissements : les données nationales montrent que les collèges connaissent eux aussi des interruptions importantes.
Les syndicats ne rejettent pas les renforts. Ils contestent surtout leur arrivée tardive et leur ampleur. Louise Paternoster, enseignante et secrétaire de la CGT Educ’Action de Seine-Saint-Denis, estime que « la réponse du ministre n’est pas à la hauteur de l’enjeu ».
Elle affirme que, dans son département, les élèves arrivant en terminale ont cumulé une perte de douze mois de scolarité liée aux absences. Ce chiffre constitue un constat porté par la responsable syndicale, et non une moyenne nationale établie par la DEPP. Son argument vise les interruptions accumulées, au-delà des seuls cours manquants depuis septembre.
Le désaccord porte donc sur l’horizon de la réponse. Le gouvernement met en avant une affectation plus efficace des moyens disponibles. Les représentants syndicaux demandent une continuité durable des enseignements, tout en défendant les qualifications et les conditions de travail des remplaçants.
Une nouvelle journée de mobilisation intersyndicale est attendue le mardi 13 octobre 2026. Dans les jours suivants, l’enjeu sera de distinguer les affectations annoncées des prises de poste effectives : quels lycées, quelles disciplines et combien de classes auront réellement retrouvé leurs cours ?



