Cours supprimés, examens menacés : pourquoi les lycéens restent sans professeur malgré les annonces du gouvernement
Le remplacement des enseignants absents revient au cœur de la mobilisation lycéenne. Entre postes vacants, pénurie dans certaines matières et inégalités territoriales, les annonces gouvernementales peinent encore à garantir la continuité des cours.

Le gouvernement veut accélérer le remplacement des enseignants absents, en donnant la priorité aux absences longues, aux postes vacants et aux classes à examen. Mais les rectorats manquent de personnels dans plusieurs disciplines, tandis que les écarts entre académies compliquent l’accès à des cours réguliers pour les élèves.
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Pour un lycéen, l’absence d’un professeur ne signifie pas toujours une heure creuse. Elle peut devenir une semaine sans cours, un chapitre jamais terminé ou une préparation au baccalauréat amputée. C’est pourquoi le remplacement des enseignants est devenu l’un des sujets centraux de la mobilisation lycéenne.
Un problème ancien, devenu visible dans les lycées
Le lundi 5 octobre, 589 établissements ont été perturbés, selon le ministre de l’Éducation nationale. Une nouvelle journée de mobilisation était annoncée le mardi 6 octobre. Pour tenter de répondre à cette colère, le Premier ministre Sébastien Lecornu a demandé à ses ministres de travailler sur cinq chantiers.
Le premier concerne le remplacement des absences longues et des postes non pourvus. Le gouvernement entend notamment donner la priorité aux classes à examen, aux spécialités du lycée et aux filières professionnelles. Un premier bilan est attendu le 16 octobre.
Cette annonce ne part pas de rien. Depuis plusieurs années, les rapports publics alertent sur le volume d’heures perdues par les élèves. La Cour des comptes sur le temps d’enseignement perdu estime que 9 % des heures de cours n’ont pas été assurées dans les collèges publics en 2023-2024. Le phénomène concerne aussi les lycées, même si les données ne recouvrent pas exactement les mêmes niveaux.
Une heure peut manquer pour plusieurs raisons. Le poste peut être vacant dès la rentrée. Le professeur peut aussi être absent pour maladie, congé maternité ou formation. Certaines absences résultent enfin de réunions, d’examens, de sorties scolaires ou d’autres obligations professionnelles.
Deux systèmes pour deux types d’absences
Dans le second degré, l’Éducation nationale distingue les absences de courte durée et celles de longue durée. La première catégorie concerne les absences de moins de quinze jours. La seconde commence à partir du quinzième jour.
Pour une absence courte, le chef d’établissement cherche d’abord une solution en interne. Un autre professeur peut prendre la classe, à condition d’être disponible et d’accepter cette mission. Le dispositif repose notamment sur le Pacte enseignant, créé en 2023 pour rémunérer des missions supplémentaires.
Le ministère présente ce mécanisme comme un outil de continuité pédagogique. Sa présentation officielle du remplacement des enseignants prévoit des heures supplémentaires ou des parts de Pacte pour couvrir ces cours.
Mais cette solution rencontre plusieurs limites. Un professeur déjà chargé de ses classes ne peut pas remplacer indéfiniment ses collègues. Les enseignants doivent aussi corriger, préparer leurs cours, recevoir les familles et participer aux réunions. Le remplacement interne peut donc réduire l’absence d’un élève tout en augmentant la charge de travail d’un autre professionnel.
Pour une absence longue, le rectorat doit normalement affecter un remplaçant. Il peut s’agir d’un titulaire affecté sur une zone de remplacement, souvent appelé TZR, ou d’un contractuel recruté pour répondre à un besoin précis.
Le problème apparaît lorsque le vivier disponible est déjà utilisé. Certains remplaçants occupent alors des postes restés vacants depuis la rentrée. Ils ne peuvent plus intervenir lorsqu’un professeur tombe malade quelques semaines plus tard. Le système doit donc arbitrer entre plusieurs urgences.
Une pénurie qui varie selon les matières et les territoires
Le remplacement ne dépend pas seulement du nombre total d’enseignants. Il dépend aussi de leur discipline, de leur lieu d’affectation et de la durée du besoin.
Les tensions sont particulièrement fortes en français, en mathématiques, en physique-chimie et en allemand. Les concours recrutent parfois moins de candidats que le nombre de postes ouverts. Le ministère a toutefois indiqué qu’en 2025, le nombre de postes non pourvus avait diminué dans plusieurs disciplines déficitaires. L’allemand et la physique-chimie restent néanmoins sous tension.
La bilan ministériel des concours enseignants de 2025 illustre cette situation contrastée. Certains taux de postes pourvus progressent, mais ils ne suffisent pas toujours à couvrir les besoins locaux.
Le territoire complique encore la recherche. Remplacer un professeur pour deux ou trois heures hebdomadaires est difficile dans un lycée rural. Le trajet peut être long. La rémunération peut sembler peu attractive. Le même problème existe dans certaines périphéries urbaines mal desservies.
Les élèves ne subissent donc pas tous la même situation. Un établissement situé près d’une grande ville peut trouver plus rapidement un contractuel. Un lycée isolé peut attendre plusieurs semaines. Les familles qui peuvent financer des cours particuliers disposent alors d’une solution que les autres n’ont pas.
Le nœud du problème : attirer et garder les enseignants
Le manque de remplaçants renvoie à une difficulté plus large : l’attractivité du métier. Le salaire, les conditions de travail, les débuts de carrière et les possibilités de mutation pèsent sur les choix des candidats.
À cela s’ajoute une contrainte pratique. Les enseignants remplaçants doivent parfois se déplacer sur plusieurs établissements. Ils peuvent changer de niveau, de programme et de commune en quelques jours. Cette instabilité rend le poste moins attractif, surtout lorsque les frais et le temps de transport sont importants.
Pour les chefs d’établissement, la difficulté est double. Ils doivent assurer la continuité des cours tout en respectant les compétences des enseignants et leurs obligations de service. Ils doivent aussi expliquer aux familles pourquoi une solution annoncée n’a pas pu être trouvée.
Pour les élèves, l’enjeu est immédiat. Une absence prolongée désorganise la progression de la classe. Elle peut aussi peser davantage sur les candidats au baccalauréat, notamment lorsque la matière concernée compte dans les spécialités ou dans les épreuves finales.
Des annonces attendues, des résultats difficiles à obtenir
Le gouvernement met en avant le Pacte enseignant et la priorité donnée aux absences longues. Cette approche peut produire des effets rapides dans certains établissements. Elle ne crée toutefois pas automatiquement de nouveaux enseignants.
Les syndicats et les personnels de direction demandent donc des mesures plus concrètes. Ils redoutent qu’une nouvelle consigne nationale ne transfère la pression vers les établissements et les professeurs déjà présents. Le SNALC réclame notamment des mesures opérationnelles, plutôt que de simples annonces.
La Cour des comptes souligne également que le potentiel de remplacement varie fortement selon les académies. En janvier 2025, 7 955 équivalents temps plein étaient mobilisables pour le remplacement et la suppléance dans le second degré. Ce chiffre ne garantit pas une réponse immédiate : un enseignant disponible dans une académie ne peut pas remplacer facilement un collègue à plusieurs centaines de kilomètres.
La priorité donnée aux terminales peut améliorer la situation de certains élèves. Elle pose toutefois une question d’équité. Un cours supprimé en seconde ou en première représente aussi une perte d’apprentissage. La réponse politique devra donc éviter de protéger certaines classes au détriment durable des autres.
Les prochaines échéances à surveiller
Le premier rendez-vous est fixé au 16 octobre, avec le bilan demandé aux académies sur les absences longues et les postes non pourvus. Il faudra observer le nombre de remplacements réellement effectués, les disciplines concernées et les établissements restés sans solution.
La suite dépendra aussi des propositions attendues à la fin du mois sur les autres revendications lycéennes. Pour le remplacement des professeurs, la question restera simple à mesurer : les élèves auront-ils retrouvé un enseignant devant chaque classe, et pour combien de temps ?



