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ÉCONOMIE Reprise sans rattrapage

En Grèce, la reprise économique crée-t-elle des emplois capables d’améliorer durablement les revenus des ménages ?

La croissance grecque est repartie, mais les gains restent fragiles : une étude pointe le poids croissant des emplois dans l’hébergement et la restauration, ainsi que le recul de la productivité. Le financement des petites entreprises reste un enjeu majeur.

Une personne prépare un plat dans une cuisine de restaurant équipée de plans de travail en inox et de matériel professionnel.
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En bref

La Grèce connaît une reprise économique, mais celle-ci ne résout pas les faiblesses de son modèle productif. Une étude relève le déplacement de l’emploi vers l’hébergement et la restauration, tandis que l’OCDE souligne le manque d’investissement et les difficultés des petites entreprises. Pour les ménages, l’enjeu est de transformer la croissance en emplois plus productifs et en revenus durables.

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Retrouver un emploi suffit-il à retrouver une vie meilleure ? En Grèce, la reprise économique ne règle pas une question centrale : quels emplois permettent réellement de gagner davantage et de préparer l’avenir ?

Le pays connaît une croissance positive, mais conserve de profondes fragilités productives. Opposer un « miracle grec » à un effondrement permanent masque donc l’essentiel : le redressement des comptes et celui des conditions de vie ne suivent pas nécessairement le même rythme.

Des prêts contre des réformes : le cadre de la crise

À partir de 2010, la Grèce reçoit une assistance financière assortie de conditions économiques. Trois programmes se succèdent, jusqu’au 20 août 2018. Ils engagent les gouvernements grecs et leurs créanciers européens, avec la participation du Fonds monétaire international. Parler uniquement de décisions de « Bruxelles » simplifie donc un rapport de force plus large.

Ces programmes associent financement, réformes fiscales, transformations du marché du travail, retraites et privatisations. Le principe consiste à permettre à l’État de payer ses échéances, tout en rétablissant durablement ses finances. Les créanciers recherchent ainsi la sécurité des remboursements ; la Grèce obtient des ressources qu’elle ne trouve plus normalement sur les marchés. Le bilan européen des programmes d’assistance à la Grèce détaille ces contreparties.

Mais réduire les dépenses et les revenus pèse aussi sur les achats des ménages et les débouchés des entreprises. C’est ce mécanisme qu’examine une étude consacrée aux transformations de l’économie grecque : les ajustements n’auraient pas seulement provoqué une récession, mais aussi orienté durablement l’activité vers des secteurs moins productifs.

Ce que désigne vraiment l’« économie de cafés »

Publié en octobre 2025 par l’Observatoire hellénique de la London School of Economics, ce travail porte la signature de quatre chercheurs extérieurs à l’établissement. Il ne constitue donc pas une position institutionnelle de la LSE. L’expression « économie de cafés » désigne surtout le poids croissant de l’hébergement et de la restauration.

Les auteurs décrivent un déplacement de l’emploi vers ces activités à faible productivité, parallèlement à une baisse de la productivité globale. Celle-ci mesure la richesse produite par travailleur ou par heure travaillée. Elle ne mesure ni les efforts individuels ni l’utilité sociale d’un métier.

Leur explication relie demande, salaires et investissement. Quand les clients dépensent moins, les entreprises disposent de moins de débouchés. Lorsque le travail coûte moins cher, elles peuvent aussi avoir moins intérêt à investir dans de nouveaux équipements. Selon leur analyse statistique, la baisse de la demande et des salaires réels contribue ainsi au recul productif. Les résultats de l’étude sur l’économie grecque après l’austérité soutiennent cette interprétation, sans résumer toutes les causes des difficultés nationales.

Petites entreprises et salariés ne disposent pas des mêmes marges

L’OCDE constate également un problème productif, mais insiste sur d’autres obstacles. Son enquête économique de 2024 décrit un tissu d’entreprises très petites, un investissement insuffisant et des difficultés d’accès aux technologies. Les microentreprises représentent près de 47 % de l’emploi des entreprises.

La taille ne condamne toutefois pas une entreprise à la stagnation. L’OCDE souligne plutôt une combinaison défavorable : de nombreuses petites structures, des écarts de performance persistants et un renouvellement limité du tissu économique. Le tourisme n’explique donc pas tout.

Concrètement, une petite société manque plus facilement de garanties pour emprunter et financer une formation ou un logiciel. Les entreprises mieux dotées disposent de davantage de ressources pour moderniser leur activité. Les travaux de l’OCDE sur le financement des entreprises grecques identifient particulièrement les contraintes des PME.

Les salariés affrontent un autre arbitrage. Des salaires plus élevés améliorent leur niveau de vie et soutiennent les commerces locaux. Mais les petites entreprises aux marges étroites absorbent plus difficilement cette hausse sans gains de productivité. L’OCDE reconnaît ces deux effets : défendre le pouvoir d’achat et préserver l’emploi exige aussi d’agir sur l’investissement.

Une reprise réelle, qui ne clôt pas le débat

Présenter les salaires comme engagés dans une chute continue serait néanmoins trompeur. L’enquête de l’OCDE publiée en 2024 relève une reprise des salaires réels depuis 2022. Entre les deuxièmes trimestres de 2022 et 2024, les salaires nominaux augmentent de 13,8 %, contre 6,6 % pour les prix. Cela ne signifie pas que toutes les pertes antérieures ont disparu.

Les données plus récentes confirment aussi une croissance positive. Dans ses prévisions économiques du 21 mai 2026 pour la Grèce, la Commission européenne indique une progression de 2,1 % en 2025. Elle prévoit ensuite 1,8 % en 2026 et 1,6 % en 2027. Ces deux derniers chiffres restent des prévisions.

La divergence porte donc moins sur l’existence d’une reprise que sur ses ressorts. Les chercheurs mettent l’accent sur les dégâts durables de l’ajustement. L’OCDE privilégie le financement, les compétences et la concurrence. Ces lectures impliquent des priorités différentes, mais convergent sur un besoin : relever l’investissement productif.

Le prochain test sera budgétaire. Pour 2027, la Commission prévoit un ralentissement lié à l’achèvement du plan de relance européen. Dans les prochaines discussions budgétaires, il faudra donc regarder quels investissements nationaux prennent le relais : leur financement déterminera si la reprise peut dépasser les seuls secteurs déjà moteurs.

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