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ÉCONOMIE & SOCIéTé Qui porte le coût de la prévention ?

Inégalités de santé : pourquoi protéger les patients exige aussi de réguler les entreprises et de renforcer l’action publique

Publicité alimentaire, pénuries de médicaments, financement des soins : le cardiologue Olivier Milleron défend une réponse collective aux risques qui pèsent sur la santé. Les données disponibles rappellent aussi le poids des inégalités sociales.

Téléviseur diffusant une publicité colorée pour des produits alimentaires emballés, avec des paquets de biscuits et de céréales à proximité.
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En bref

Olivier Milleron estime que protéger la santé nécessite d’agir au-delà des comportements individuels, notamment sur la publicité alimentaire, les plateformes numériques et l’approvisionnement en médicaments. Les données de l’Insee et de la Drees montrent des écarts sociaux persistants et précisent le poids des complémentaires. Le débat porte sur les règles imposées aux entreprises, le financement

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Bien manger, protéger ses enfants, trouver son traitement : jusqu’où peut-on préserver sa santé par ses seuls choix ? Le débat commence lorsque les recommandations individuelles rencontrent les prix, les publicités et l’organisation des soins.

La santé ne se joue pas seulement chez le médecin

La prévention repose sur deux leviers : aider chacun à adopter des comportements protecteurs et réduire les risques dans son environnement. Santé publique France souligne ainsi que les conseils alimentaires doivent accompagner un encadrement du marketing, et non le remplacer. L’information seule ne suffit pas face aux incitations répétées à consommer des produits peu favorables à la santé.

Cardiologue à l’hôpital Bichat et membre du Collectif Inter-Hôpitaux, Olivier Milleron pousse cette analyse plus loin. Il accuse certains modèles économiques de favoriser la maladie, puis de tirer des revenus de son traitement. Sa proposition centrale : déplacer la responsabilité des seuls consommateurs vers les entreprises et les pouvoirs publics.

Cette lecture porte un choix politique : renforcer les contrôles, les sanctions et la prise en charge collective. Mais elle impose de distinguer plusieurs sujets. Les preuves concernant la publicité alimentaire, les causes des pénuries et les arbitrages du financement des soins ne se confondent pas.

Publicité alimentaire : les limites de la responsabilité parentale

Sur l’alimentation, les autorités sanitaires documentent l’influence commerciale. Dans son étude sur l’exposition des enfants à la publicité alimentaire, publiée en 2020, Santé publique France recommande de limiter les publicités pour les produits de faible qualité nutritionnelle aux heures les plus regardées par les mineurs.

L’agence relève une faille concrète : les programmes jeunesse concernés par l’encadrement publicitaire sur les chaînes publiques représentent moins de 0,5 % des programmes regardés par les enfants. Protéger uniquement ces émissions laisse donc de côté l’essentiel de leur consommation télévisuelle.

Les annonceurs bénéficient de cet accès aux jeunes consommateurs. À l’inverse, limiter ces communications protégerait les enfants, tout en réduisant les possibilités commerciales des marques concernées. L’enjeu ne consiste donc pas seulement à demander aux parents de mieux surveiller les achats : il concerne aussi les règles imposées aux vendeurs.

Les inégalités sociales compliquent encore la prévention. Santé publique France constate que les inégalités face au surpoids et à l’obésité infantile demeurent fortes. Une politique fondée uniquement sur les connaissances nutritionnelles risque ainsi de manquer une partie du problème : connaître une recommandation ne garantit pas les moyens de l’appliquer.

Réseaux sociaux : agir sur l’accès ou sur la conception ?

Olivier Milleron applique un raisonnement comparable aux plateformes numériques. Selon lui, le problème vient moins de l’écran que des mécanismes destinés à retenir l’attention. Il défend donc un encadrement des algorithmes, ces systèmes qui sélectionnent et ordonnent les contenus présentés aux utilisateurs.

Cette position déplace la contrainte. Une restriction d’accès repose largement sur le contrôle de l’âge et le comportement des adolescents. Une réglementation de la conception vise directement les entreprises et leurs outils de recommandation. Pour les familles, la différence porte sur la responsabilité quotidienne ; pour les plateformes, sur leur liberté d’organiser leurs services.

Ces deux approches ne répondent toutefois pas exactement à la même question. La première cherche à tenir les plus jeunes à distance. La seconde entend modifier l’environnement numérique lui-même. Les présenter comme parfaitement interchangeables masquerait les choix de mise en œuvre et de contrôle.

Médicaments : le désaccord porte aussi sur les prix

Pour les traitements, Milleron met en cause la recherche de rentabilité et la fragilité des chaînes de production mondialisées. Il demande que la puissance publique reprenne la main lorsque les entreprises ne garantissent plus l’approvisionnement.

Les industriels contestent une explication centrée sur leurs seuls arbitrages financiers. Le Leem, qui représente les entreprises du médicament, invoque notamment des capacités industrielles insuffisantes face à l’augmentation de la demande mondiale. Dans ses propositions contre les pénuries de médicaments, il réclame aussi des prix et des conditions d’achat mieux adaptés aux réalités économiques.

Cette demande bénéficierait aux fabricants concernés. Elle soulève cependant une contrepartie pour l’Assurance maladie : payer davantage doit-il s’accompagner d’engagements vérifiables sur les volumes livrés et la continuité de production ? Le débat oppose donc moins industrie et absence d’industrie que différentes façons d’en financer et d’en contrôler les obligations.

Pour les patients, l’enjeu reste la disponibilité réelle du traitement. Le ministère de la Santé inscrit d’ailleurs la sécurisation des approvisionnements dans sa feuille de route contre les pénuries pour 2024-2027, avec une priorité accordée aux médicaments essentiels.

Financer les soins : distinguer frais de gestion et profits

Milleron défend également une couverture élargie par la Sécurité sociale, plutôt qu’un transfert vers les complémentaires. Les comptes des complémentaires santé analysés par la Drees éclairent cette discussion : en 2024, ces organismes ont collecté 46,5 milliards d’euros de cotisations et versé 36,8 milliards de prestations.

Ils ont ainsi reversé 79 % des cotisations sous forme de prestations. Leurs charges de gestion représentaient 18,8 % des cotisations. Attention toutefois : ces charges ne constituent pas intégralement des bénéfices. Le résultat technique de l’activité santé atteignait 1,6 % des cotisations hors taxes.

Ces chiffres alimentent la discussion sur les coûts du double financement. Ils ne suffisent pas, seuls, à chiffrer une réforme. Étendre la couverture publique implique aussi de préciser les recettes nécessaires, les garanties couvertes et la répartition de l’effort entre contribuables et assurés.

Des inégalités mesurables, des décisions à suivre

Les écarts apparaissent dès la naissance. Selon le bilan démographique 2025 de l’Insee, la mortalité infantile atteint 4 décès pour 1 000 naissances vivantes, soit environ 2 550 enfants. Elle recule légèrement par rapport aux 4,1 pour 1 000 de 2024 : la trajectoire n’est donc pas une hausse annuelle ininterrompue.

La fracture sociale reste néanmoins nette. Sur 2004-2022, l’Insee mesure une mortalité infantile de 2,2 pour 1 000 chez les enfants de mères cadres, contre 3,5 chez ceux d’ouvrières. Son analyse des inégalités de mortalité infantile souligne notamment les différences de santé maternelle et de recours à la prévention.

La prochaine échéance structurante est l’examen du financement de la Sécurité sociale pour 2027. Les arbitrages à surveiller concernent les dépenses demandées aux patients, les moyens de prévention et les engagements exigés des fournisseurs. C’est dans ces dispositions concrètes que se mesure le partage des responsabilités.

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