Le budget RN promet 140 milliards d’économies : les baisses d’impôts tiendront-elles face aux coupes annoncées ?
Le projet du Rassemblement national vise 140 milliards d’euros d’économies et un déficit sous 3 % en 2030. Ses hypothèses de croissance, les recettes fiscales attendues et plusieurs mesures contestées soulèvent des doutes sur sa faisabilité.

Le Rassemblement national prévoit 140 milliards d’euros de baisses de dépenses d’ici à 2032, tout en proposant des réductions de TVA et d’impôts. Des économistes mettent en doute ses prévisions de croissance et le rendement de certaines taxes. Des économies liées à l’Union européenne exigeraient l’accord des États membres, tandis que des mesures sur les prestations sociales pourraient se heurter
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Peut-on réduire fortement les dépenses publiques tout en allégeant les factures des ménages ? Le projet budgétaire de Marine Le Pen promet les deux, mais son financement concentre les critiques.
140 milliards d’économies : une promesse pour le prochain quinquennat
Présenté le mardi 6 octobre 2026 avec Jordan Bardella, le plan du Rassemblement national vise 140 milliards d’euros de baisses de dépenses publiques à l’horizon 2032. Marine Le Pen défend un « effort radical » pour ramener le déficit sous 3 % du produit intérieur brut en 2030. Le PIB mesure la richesse produite dans le pays pendant une année.
Le déficit désigne l’écart annuel entre les dépenses publiques et les recettes. Il ne faut pas le confondre avec la dette, qui résulte notamment de l’accumulation des déficits. Réduire le premier ne signifie donc pas effacer immédiatement la seconde.
Le RN veut convaincre plusieurs publics : les électeurs préoccupés par leur pouvoir d’achat, les entreprises et les investisseurs qui prêtent à l’État. Sa promesse consiste à réduire certains prélèvements tout en rétablissant les comptes publics.
Mais une trajectoire budgétaire ne repose pas seulement sur des montants affichés. Elle dépend aussi du calendrier des mesures, de leur solidité juridique et de leurs effets économiques. C’est sur ces trois terrains que les critiques se concentrent.
Les ménages et les entreprises, bénéficiaires affichés du plan
Marine Le Pen refuse de présenter son projet comme un plan d’austérité. Elle propose notamment de supprimer la TVA sur 100 produits de première nécessité. Elle souhaite aussi réduire cette taxe sur le gaz et l’électricité.
Ces mesures visent les dépenses quotidiennes. Leur bénéfice concret dépendrait toutefois de la baisse effectivement répercutée dans les prix. Une réduction de taxe n’équivaut pas, à elle seule, à une diminution garantie de même ampleur sur chaque facture.
Pour les entreprises, le RN prévoit une baisse des impôts de production, prélevés indépendamment des bénéfices. L’objectif annoncé est de soutenir l’industrie et la compétitivité. Les entreprises concernées gagneraient ainsi des marges financières, que le parti espère voir transformer en activité et en investissements.
En contrepartie, ces allègements réduiraient les recettes publiques. Le RN mise notamment sur une taxe sur les rachats d’actions, ces opérations par lesquelles une entreprise rachète ses propres titres. Il attend 11,4 milliards d’euros de cette mesure dès 2027.
L’économiste Nathalie Janson, professeure associée à Neoma, conteste ce rendement attendu. Elle souligne que les entreprises adaptent leurs comportements à la fiscalité. Autrement dit, taxer une opération peut aussi en réduire la fréquence : la recette ne découle pas mécaniquement du volume observé auparavant.
Contribution européenne : une économie qui exige une négociation
Un autre levier concerne le budget européen. Le RN entend économiser 11,1 milliards d’euros dès 2027 sur la contribution française, puis jusqu’à 20 milliards les années suivantes. Le montant de contribution cité pour 2027 atteint 31,2 milliards d’euros.
Mais Paris ne décide pas seul des règles de financement de l’Union. Les ressources propres et le cadre financier pluriannuel, qui fixe les plafonds de dépenses sur plusieurs années, relèvent de décisions à l’unanimité. Le Conseil de l’Union européenne détaille les domaines soumis à cette règle.
Le ministre de l’Économie, Roland Lescure, oppose donc une contrainte politique au chiffrage : il faudrait convaincre les 26 autres États membres. Nathalie Janson juge également hasardeux de considérer leur accord comme acquis.
Les conséquences ne seraient pas identiques pour tous. Une contribution française réduite améliorerait les comptes nationaux, selon le mécanisme envisagé par le RN. Mais Lescure rappelle que les agriculteurs, les entreprises subventionnées et les laboratoires français bénéficient aussi des financements européens. L’enjeu dépasse donc une simple ligne de dépense.
Prestations sociales : le verrou constitutionnel
Le RN attend également 15 milliards d’euros d’économies en 2027 de ses mesures sur l’immigration et la « priorité nationale ». Le montant atteindrait 29 milliards en année pleine. Le parti souhaite notamment réserver des prestations de solidarité aux étrangers ayant travaillé cinq ans en France.
Cette orientation favorise les personnes auxquelles le RN entend réserver les prestations. En revanche, elle restreindrait les droits de certains étrangers, y compris en situation régulière. Sa traduction législative devrait respecter les garanties constitutionnelles de protection sociale.
Un précédent précis existe. Le 11 avril 2024, le Conseil constitutionnel a rejeté une proposition conditionnant certaines prestations à cinq années de résidence ou trente mois d’activité professionnelle. Il a jugé ces exigences disproportionnées pour les étrangers non européens en situation régulière. La décision sur l’accès des étrangers aux prestations sociales constitue donc un obstacle juridique concret, sans préjuger du contrôle d’un futur texte.
Nathalie Janson soulève aussi une question économique : le plan n’évalue pas les effets d’une baisse de l’immigration sur le marché du travail. Les économies affichées ne suffisent donc pas à décrire l’ensemble des conséquences.
La croissance, point décisif du financement
Le RN prévoit une croissance de 1,8 % en 2028, 1,7 % en 2029 et 1,8 % en 2030. Il défend l’idée d’un « choc de compétitivité et de consommation », alimenté par les baisses d’impôts et les mesures de pouvoir d’achat.
L’économiste Mathieu Plane conteste la cohérence de cet ensemble. Il souligne que le parti envisage 66 milliards d’euros de coupes en six mois en 2027. Selon lui, une contraction aussi rapide des dépenses aurait nécessairement des effets sur l’activité.
Le désaccord porte donc sur le solde de deux mouvements : les allègements soutiendraient la demande, tandis que les coupes la freineraient. Les ménages aidés fiscalement et les acteurs dépendant des financements supprimés n’en subiraient pas les mêmes conséquences.
Le RN mise enfin sur une confiance retrouvée des investisseurs pour réduire les taux d’intérêt et la charge de la dette. Mathieu Plane juge cette hypothèse trop favorable. Édouard Philippe critique la solidité du plan, tandis que Jean-Luc Mélenchon dénonce le risque de récession. Le RN revendique, lui, une rupture avec les politiques précédentes.
La prochaine étape à surveiller sera le passage des objectifs aux modalités : quelles dépenses supprimer, avec quels textes et selon quel calendrier ? Les négociations européennes compteront aussi. Le Conseil vise un accord sur le budget 2028-2034 avant la fin de 2026, pour préparer les financements à partir de janvier 2028. Ce calendrier pourrait encadrer les marges de négociation d’un futur gouvernement.



