Pénurie médicale : quel prix paient les patients quand le statut des PADHUE reste bloqué à l’autorisation d’exercice ?

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En Ariège, Emmanuel Macron a critiqué le parcours imposé aux PADHUE, ces médecins diplômés hors UE. Épreuves, consolidation sur deux ans et autorisation d’exercer : un système qui retarde l’accès plein et stable aux soins.

Quand un hôpital manque de médecins, qui tient la ligne de garde ?

Dans plusieurs établissements, la réponse tient parfois à des praticiens venus de l’étranger. Sans eux, des services tournent au ralenti, parfois même ferment des lits. C’est dans ce décor qu’Emmanuel Macron a remis sur la table un dossier très concret : celui des praticiens à diplôme hors Union européenne, les PADHUE, au cœur de la pénurie médicale et des retards administratifs.

Le président était lundi 27 avril dans l’Ariège. Lors d’un échange avec des soignants, il a dénoncé un système qu’il juge absurde : des médecins qui exercent déjà en France, souvent dans des conditions précaires, mais qui doivent encore franchir une procédure longue avant d’obtenir une autorisation pleine et entière.

Le cas des PADHUE, ou l’angle mort de la pénurie médicale

Les PADHUE sont des médecins diplômés hors de l’Union européenne. Pour exercer durablement en France, ils doivent passer par des épreuves de vérification des connaissances, puis par un parcours de consolidation des compétences de deux ans, avant l’autorisation d’exercice et l’inscription à l’Ordre. Autrement dit : ils peuvent déjà travailler à l’hôpital, mais leur statut reste plus fragile et leur rémunération peut être inférieure à celle des titulaires.

Ce n’est pas un sujet marginal. Selon l’Ordre des médecins, les anciens PADHUE inscrits à l’Ordre sont nombreux et très concentrés sur quelques pays de diplôme : l’Algérie arrive en tête avec 6 891 médecins, soit 38,8 % de l’ensemble. Viennent ensuite la Tunisie, la Syrie, le Maroc et le Liban.

Le même rapport montre aussi que ces praticiens sont très présents dans des territoires sous tension sanitaire. En Île-de-France, ils représentent une part importante des inscrits, mais on les retrouve aussi dans plusieurs départements ruraux ou périurbains où l’accès aux soins est plus difficile. Cela explique une partie de leur rôle : ils ne comblent pas seulement un manque, ils maintiennent des services ouverts.

Ce que dit le président, et ce que cela révèle

En s’emportant sur ce dossier, Emmanuel Macron a visé un problème administratif, mais aussi un symbole politique : l’État réclame des soignants partout, puis leur impose un parcours long et parfois décourageant pour les titulariser. Le bénéfice immédiat d’une réforme serait clair pour les hôpitaux publics, les patients et les équipes en sous-effectif. En revanche, le système actuel protège un cadre de sélection et de validation des compétences que les autorités jugent nécessaire pour garantir le niveau des soins.

Le chef de l’État a aussi glissé vers un autre terrain, plus explosif : l’Algérie. En parlant des « mabouls » qui veulent rompre avec Alger, il a renvoyé dos à dos la ligne de fermeté absolue et la logique d’apaisement. Derrière la formule, il y a un vieux débat français : faut-il durcir le ton pour obtenir des résultats, ou maintenir une relation de travail avec un pays avec lequel la France partage des enjeux migratoires, sécuritaires, économiques et humains très lourds ?

L’exécutif a déjà posé sa propre ligne. Dans un communiqué de l’Élysée daté du 15 avril 2025, la France disait vouloir défendre ses intérêts, en particulier sur la sécurité nationale et la coopération migratoire, tout en conservant l’ambition d’une relation avec l’Algérie fondée sur les liens humains et l’histoire commune. Un autre communiqué, après un échange téléphonique entre Emmanuel Macron et Abdelmadjid Tebboune, parlait d’une coopération sécuritaire et migratoire devant être réactivée sans délai.

Une ligne de fracture dans la majorité comme à droite

Le message présidentiel vise surtout les partisans du bras de fer. Cette ligne est défendue depuis des mois par une partie de la droite et de l’extrême droite, qui jugent la France trop conciliante avec Alger et réclament davantage de fermeté sur les visas, les expulsions ou les accords bilatéraux. À l’inverse, la ligne portée par Laurent Nuñez, aujourd’hui ministre de l’Intérieur, s’inscrit davantage dans une logique de résultats et de coopération.

Cette division dit aussi quelque chose de la mécanique politique du moment. D’un côté, les tenants du rapport de force parlent à un électorat qui veut des gestes rapides sur l’immigration et la sécurité. De l’autre, ceux qui défendent la négociation rappellent qu’un conflit durable avec Alger peut compliquer les retours de personnes en situation irrégulière, les échanges consulaires, la coopération judiciaire et même certains intérêts économiques.

Sur le fond, les deux débats se ressemblent. Dans les deux cas, l’État cherche une solution rapide à un problème structurel : d’un côté, l’accès aux soins ; de l’autre, la relation franco-algérienne. Dans les deux cas, la pression politique pousse à des réponses simples. Mais les dossiers, eux, sont tout sauf simples. Ils sont faits de procédures, de dépendances et de compromis difficiles à assumer publiquement.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

Le vrai test viendra dans les prochains jours et les prochaines semaines. Sur le volet sanitaire, il faudra voir si le gouvernement accélère la régularisation des PADHUE ou s’il se contente d’un coup de colère présidentiel. Sur le volet algérien, l’enjeu sera de savoir si la tonalité plus dure s’impose dans la majorité, ou si l’exécutif maintient la ligne d’une relation ferme, mais pragmatique. Entre les deux, il y a une question très concrète : qui aura le dernier mot, la politique du symbole ou la politique des résultats ?

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