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ÉCONOMIE Le pouvoir d’achat sous tension

Pouvoir d’achat : le blocage des carburants peut-il vraiment protéger les ménages sans aggraver la dette publique ?

Clémence Guetté défend le blocage des carburants et l’annulation d’une partie de la dette détenue par la BCE. Elle détaille aussi les réserves de LFI sur la loi contre les violences sexistes et sexuelles.

Hall lumineux d’une institution publique française avec salle d’audition et dossiers administratifs flous
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En bref

Clémence Guetté présente les réponses de La France insoumise à la baisse du pouvoir d’achat : blocage des prix à la pompe et annulation partielle de la dette détenue par la BCE. Elle revient aussi sur les divisions de la gauche et demande des moyens concrets pour appliquer la loi contre les violences sexistes et sexuelles.

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Quand les prix montent et que le salaire ne suit plus, une question revient : que peut réellement faire le Parlement sur le carburant, les revenus et les dépenses contraintes ? Invitée à détailler la ligne de La France insoumise, Clémence Guetté a défendu un changement de politique économique, tout en exprimant des réserves sur la future loi consacrée aux violences sexistes et sexuelles.

Une économie ralentie, un pouvoir d’achat sous pression

Le débat intervient dans un contexte économique tendu. En 2025, le produit intérieur brut français a progressé de 0,8 %, après 1,5 % en 2024. Dans le même temps, le pouvoir d’achat du revenu disponible brut des ménages a reculé de 0,4 %. Rapporté au nombre d’unités de consommation, le repli atteint 0,7 %.

Ces moyennes nationales masquent des situations très différentes. Les ménages qui dépendent de leur voiture pour travailler ou accompagner leurs enfants sont plus exposés aux variations du prix à la pompe. Les locataires et les foyers modestes disposent, eux, de moins de marges pour absorber une hausse des dépenses alimentaires, de l’énergie ou des transports.

La consommation des ménages a pourtant continué de progresser en volume en 2025, de 0,4 %. Cette hausse reste limitée. Elle traduit moins une embellie générale qu’un ralentissement de la dépense, alors que de nombreux foyers arbitrent davantage leurs achats.

Les dernières données disponibles montrent aussi que les prix de l’énergie peuvent repartir rapidement. En juin 2026, les produits pétroliers étaient encore en hausse de 19,7 % sur un an, malgré un ralentissement par rapport au mois précédent. Le gazole progressait de 23,2 % et l’essence de 14,4 %.

Le blocage des prix des carburants, une réponse immédiate

Face à cette volatilité, Clémence Guetté défend le blocage des prix des carburants. Le principe est simple : empêcher une hausse excessive à la pompe afin de protéger les automobilistes et les professionnels qui ne peuvent pas réduire immédiatement leur consommation.

Cette mesure bénéficierait d’abord aux actifs périurbains et ruraux, aux travailleurs indépendants, aux artisans et aux transporteurs. Elle pourrait aussi limiter la transmission de la hausse du carburant vers les prix des marchandises et certains services.

Mais le dispositif aurait un coût. Pour maintenir un prix inférieur à celui du marché, l’État devrait compenser une partie de l’écart, agir sur la fiscalité ou imposer un mécanisme temporaire aux distributeurs. La question du financement devient donc centrale.

Une aide uniforme profiterait également aux ménages aisés, qui consomment davantage de carburant. À l’inverse, les personnes qui n’ont pas de voiture ne bénéficieraient pas directement du blocage. C’est pourquoi ses opposants privilégient plutôt des aides ciblées, des transports collectifs renforcés ou un soutien aux mobilités alternatives.

La contrainte écologique complique encore l’équation. Une baisse durable du prix de l’essence et du gazole peut soutenir le pouvoir d’achat à court terme, mais réduire l’incitation à changer de véhicule ou de mode de transport. Le débat oppose donc une urgence sociale immédiate à une transformation énergétique de long terme.

Annuler une partie de la dette détenue par la BCE

La députée a également défendu l’idée d’annuler une partie de la dette publique française détenue par la Banque centrale européenne. Cette proposition vise à dégager des marges de manœuvre pour financer des investissements publics, la transition écologique ou des mesures sociales.

Le mécanisme ne consisterait pas à effacer toute la dette de la France. Il porterait sur les titres acquis par l’Eurosystème dans le cadre de ses programmes monétaires. Pour ses défenseurs, ces titres constituent une dette particulière : la banque centrale appartient indirectement aux États de la zone euro et reverse une partie de ses résultats aux administrations publiques.

Les critiques soulignent cependant plusieurs obstacles. Les traités européens interdisent le financement direct des États par la banque centrale. Une annulation pourrait aussi fragiliser la crédibilité de la politique monétaire et inquiéter les investisseurs. Dans ce cas, l’État pourrait devoir emprunter à des taux plus élevés, ce qui réduirait le bénéfice recherché.

La question ne se limite donc pas à un choix comptable. Elle touche à l’indépendance de la Banque centrale européenne, aux règles communes de la zone euro et à la confiance des marchés. Pour les ménages, l’enjeu est indirect mais concret : le coût de la dette influence les budgets publics, les impôts et le financement des services collectifs.

Une gauche divisée sur la stratégie présidentielle

Clémence Guetté a aussi été interrogée sur la candidature de Fabien Roussel et sur les divisions de la gauche. Le Parti communiste français entend défendre sa propre ligne, tandis que La France insoumise pousse l’hypothèse d’un programme de rupture avec les politiques économiques menées depuis plusieurs années.

La primaire socialiste ajoute une difficulté. Ses partisans y voient un moyen de départager les candidats et de donner une légitimité populaire à une candidature commune. Ses détracteurs redoutent qu’elle enferme le débat dans le seul périmètre socialiste ou qu’elle transforme les désaccords de fond en rivalités de personnes.

Ces divergences bénéficient aux formations qui peuvent présenter une ligne plus lisible. En revanche, elles compliquent la constitution d’une offre commune pour les électeurs de gauche. Les sujets de désaccord ne portent pas seulement sur les personnes. Ils concernent aussi l’Europe, la dette, la stratégie économique et le rapport aux institutions.

La loi intégrale contre les violences sexuelles au centre des réserves

Le dernier volet de l’entretien concerne la proposition de loi visant à lutter de manière intégrale contre les violences sexistes et sexuelles faites aux femmes et aux enfants. Le texte entend agir sur plusieurs fronts : prévention, accompagnement des victimes, formation des professionnels, justice et protection des mineurs.

Une commission spéciale de l’Assemblée nationale a été constituée en juillet 2026 pour préparer son examen. Le Conseil économique, social et environnemental a également travaillé sur cette proposition, signe que le texte dépasse le seul cadre pénal.

La France insoumise ne rejette pas l’objectif de renforcer la lutte contre ces violences. Ses réserves portent sur le contenu du texte et sur les moyens prévus. Pour le groupe, une nouvelle loi ne suffira pas si les tribunaux, les associations, les services sociaux et les structures d’accueil ne disposent pas de ressources supplémentaires.

Cette critique rejoint une difficulté concrète. Une victime peut avoir besoin d’un hébergement immédiat, d’un accompagnement psychologique, d’une aide juridique et d’une réponse policière rapide. Sans professionnels disponibles, les obligations inscrites dans la loi risquent de rester théoriques.

Les défenseurs du texte répondent qu’un cadre global est justement nécessaire pour coordonner ces acteurs. Ils estiment qu’une approche dispersée laisse subsister des angles morts, notamment dans la prévention, la prise en charge des enfants et la formation des intervenants.

Les prochaines étapes à surveiller

Le débat devra maintenant se déplacer vers le contenu précis de la proposition de loi, son financement et le calendrier de son examen en séance publique. Les amendements permettront de mesurer jusqu’où le texte ira sur la prévention, la protection des victimes et les obligations imposées aux institutions.

Sur le pouvoir d’achat, les prochaines décisions budgétaires seront également déterminantes. Elles diront si la réponse passe par un blocage des prix, des aides ciblées, une baisse de fiscalité ou une combinaison de ces dispositifs. Dans tous les cas, le financement restera le point de passage obligé.

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