Salaires des enseignants : le projet de Retailleau promet plus de revenus, mais mise aussi sur une école plus sélective
Bruno Retailleau propose jusqu’à 300 euros nets de hausse mensuelle pour les professeurs en milieu de carrière. Son projet prévoit aussi de revoir la formation, les notes, les vacances et la carte scolaire.

Bruno Retailleau veut augmenter les rémunérations des professeurs de 135 euros nets en début de carrière et jusqu’à 300 euros au milieu du parcours. Il associe cette mesure à une réforme de la formation, au retour des notes chiffrées, à des vacances raccourcies et à davantage de liberté pour les établissements. L’impact budgétaire et les effets sur les inégalités restent à préciser.
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Que gagnerait concrètement un professeur avec le projet de Bruno Retailleau ? Le candidat Les Républicains promet jusqu’à 300 euros nets supplémentaires par mois. Mais son plan ne porte pas seulement sur les salaires : il veut aussi transformer la formation, les programmes et l’autorité à l’école.
Une promesse salariale ciblée
Bruno Retailleau a présenté son programme pour l’Éducation nationale lundi 31 août, à Boulogne-Billancourt, dans les Hauts-de-Seine. Devant des parents d’élèves, il s’est engagé à « revaloriser nettement » les enseignants s’il était élu président de la République.
Le dispositif annoncé distingue deux moments de carrière. Les professeurs en début de parcours recevraient 135 euros nets supplémentaires par mois. Ceux qui se situent au milieu de leur carrière bénéficieraient d’une hausse de 300 euros nets mensuels.
Le coût total de la mesure est évalué à près de 2 milliards d’euros. Le président des Républicains assure qu’elle serait financée « à l’euro près », sans nouvel impôt.
Pour y parvenir, il compte sur la baisse du nombre d’élèves. La démographie scolaire recule depuis plusieurs années. Le ministère de l’Éducation nationale estime lui aussi que cette évolution peut dégager des marges de manœuvre, notamment par redéploiement de moyens.
Cette logique ne signifie pas automatiquement une économie disponible. Une classe supprimée dans une commune rurale ne produit pas le même effet qu’une baisse d’effectifs dans une grande métropole. Les besoins restent aussi élevés dans certains territoires, en particulier lorsque les difficultés sociales et le manque d’enseignants se cumulent.
Rendre le métier plus attractif
La revalorisation répond à un problème concret : l’Éducation nationale peine à attirer et à conserver suffisamment de candidats. Les salaires ne sont pas la seule cause des difficultés. La charge de travail, les conditions d’exercice, les mutations et le manque de remplaçants pèsent également sur l’attractivité du métier.
Depuis 2023, l’État a déjà engagé une hausse sans condition d’au moins 125 euros nets par mois pour les enseignants, avec une moyenne annoncée de 158 euros nets. Le ministère a également indiqué que la rémunération nette moyenne avait progressé de 13,4 % entre la rentrée 2020 et janvier 2024, soit 308 euros nets mensuels supplémentaires en moyenne.
Bruno Retailleau propose donc d’aller plus loin. Il veut faire du professorat « un métier que l’on choisit ». Son projet prévoit le retour d’une École normale du professorat dans chaque académie. Ces établissements formeraient les futurs enseignants et pourraient accueillir des ingénieurs ou des artisans souhaitant se reconvertir dans la transmission.
Le principe rappelle les anciennes écoles normales, qui formaient les instituteurs avant leur remplacement progressif par les instituts universitaires de formation des maîtres, puis les Inspé. Le gouvernement a récemment travaillé sur de nouvelles structures de formation et sur un concours placé à la fin de la licence. Le projet de Bruno Retailleau s’inscrit donc dans un débat déjà ouvert, mais avec une orientation plus directement liée à l’État et au métier.
Pour les enseignants, une hausse fixe améliorerait immédiatement le revenu. Toutefois, son effet dépendrait du statut, du corps d’appartenance, du temps partiel et des primes. Les professeurs des écoles, les enseignants de collège et de lycée ne disposent pas des mêmes grilles ni des mêmes indemnités.
Une école recentrée sur les savoirs
Le candidat LR associe la revalorisation à une « révolution culturelle » de l’école. Il affirme vouloir restaurer une « école de l’excellence, du mérite et de la mobilité pour tous ».
Son projet donne la priorité aux fondamentaux : lire, écrire, compter et penser. Il critique la formule de l’élève « au centre », qu’il juge responsable d’un recul de la transmission des connaissances. Il souhaite, au contraire, remettre le savoir au cœur de la classe.
Cette orientation aurait des effets sur les pratiques quotidiennes. Bruno Retailleau veut rétablir les notes chiffrées et donner « le dernier mot » aux professeurs lors des conseils de classe. L’objectif affiché consiste à fournir aux familles une évaluation plus lisible du niveau des élèves.
La mesure peut séduire les parents qui demandent des repères précis. Elle pose cependant une question d’organisation : comment harmoniser les critères entre établissements et entre enseignants ? Une note ne mesure pas toujours les mêmes compétences selon la classe ou le contexte scolaire. Les bulletins actuels combinent d’ailleurs résultats chiffrés et appréciations afin de tenir compte des progrès de l’élève.
Le programme prévoit aussi une réduction de la durée des vacances scolaires, pour la ramener « à la moyenne européenne ». Cette proposition toucherait directement les familles, les collectivités et les professionnels du tourisme. Elle modifierait également les rythmes de travail des élèves et des personnels, alors que les calendriers scolaires relèvent d’un équilibre entre apprentissages, repos et contraintes locales.
Plus de liberté pour les établissements
Bruno Retailleau veut enfin élargir la liberté des cartes scolaires dans le public et dans le privé. La carte scolaire détermine normalement l’établissement public auquel un élève est rattaché selon son domicile. La rendre plus souple permettrait aux familles de choisir davantage leur établissement.
Les partisans de cette mesure y voient un moyen de renforcer l’autonomie et la responsabilité des écoles. Les familles pourraient rechercher un projet pédagogique adapté. Les établissements, eux, disposeraient de davantage de latitude pour organiser leur fonctionnement.
Le risque est différent selon le territoire et le niveau d’information des parents. Dans les zones où plusieurs établissements sont accessibles, les ménages les mieux informés ou les plus mobiles pourraient choisir les structures les plus demandées. À l’inverse, les familles sans voiture ou avec des horaires contraints conserveraient souvent moins de possibilités.
La liberté de choix peut donc améliorer l’adéquation entre une famille et un établissement. Elle peut aussi accentuer la concentration des élèves en difficulté si aucune règle de mixité sociale ne l’accompagne. C’est l’un des points de tension entre les défenseurs de l’autonomie scolaire et ceux qui placent la réduction des inégalités territoriales au premier plan.
Une bataille à droite et des critiques attendues
Le projet de Bruno Retailleau arrive dans une compétition plus large autour de l’école, notamment à droite et au centre. Édouard Philippe propose de son côté une augmentation moyenne de 20 % de la rémunération des enseignants sur cinq ans. Il défend également une réforme de la carrière et une plus grande autonomie des établissements.
Les deux projets partagent un objectif : améliorer l’attractivité du métier. Ils divergent toutefois dans leur présentation. Bruno Retailleau avance des montants mensuels précis selon l’ancienneté. Édouard Philippe raisonne en pourcentage moyen sur la durée d’un quinquennat.
Les syndicats enseignants et les organisations de gauche devraient contester plusieurs aspects du plan LR. Ils peuvent soutenir une hausse des salaires, tout en demandant des garanties sur les effectifs, les conditions de travail et les moyens consacrés aux élèves les plus fragiles. Ils pourraient aussi critiquer une réforme qui ferait davantage reposer la politique scolaire sur la sélection, les notes et l’autonomie locale.
La question du financement restera centrale. La baisse démographique peut réduire certains besoins, mais elle ne permet pas mécaniquement de financer une hausse durable des rémunérations. Le coût dépendrait aussi du nombre de bénéficiaires, du calendrier d’application et de l’évolution du point d’indice de la fonction publique.
Les prochaines étapes à surveiller
Le débat va désormais porter sur le chiffrage détaillé. Il faudra connaître le calendrier de versement, les enseignants concernés et les économies précisément retenues pour financer la mesure.
Les discussions devraient également se concentrer sur les écoles normales du professorat, la liberté de choix des établissements et la durée des vacances. Ces propositions touchent à la fois le statut des enseignants, l’organisation des familles et la répartition des élèves entre établissements.
Enfin, la comparaison avec les programmes d’Édouard Philippe et de Gabriel Attal permettra de mesurer les différences réelles entre les candidats. Pour les professeurs comme pour les parents, l’enjeu sera de distinguer les annonces générales des mesures effectivement applicables.



