L’ordre des Médecins appelle Stéphanie Rist à ouvrir la prescription du Botox aux médecins formés

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L’Ordre des médecins exige que la prescription du botox soit ouverte à tous les médecins formés, pas seulement à quelques spécialistes. Ce verrou réglementaire alimente directement les circuits illégaux — et les drames qui s’accumulent. Stéphanie Rist dispose des leviers pour trancher. La décision ne peut plus attendre.

Longtemps absente des radars de l’action publique, la médecine esthétique rattrape aujourd’hui l’État. Non pas comme une tendance sociétale marginale, mais comme un sujet structurant, à la fois sanitaire, économique et réglementaire. La séquence actuelle est révélatrice : ce ne sont plus les pouvoirs publics qui impulsent, mais les professionnels qui proposent. Dans L’Hémicycle, Jean-François Delahaye appelle à ouvrir la prescription de la toxine botulique aux médecins formés. Derrière cette prise de position, une réalité : le secteur a avancé plus vite que le cadre qui est censé le réguler.

Un décalage croissant entre pratiques et régulation

La dynamique du marché est connue, mais ses implications politiques restent sous-estimées. En quelques années, la médecine esthétique est sortie de son statut de pratique de niche pour devenir un usage de masse. 40 % des Français déclarent y avoir déjà eu recours ou l’envisager, et plus d’une femme sur deux chez les 18-35 ans.

Ce basculement n’est pas neutre. Il traduit une transformation profonde du rapport au corps, amplifiée par les réseaux sociaux, mais surtout une banalisation d’actes médicaux dans l’espace public. Or cette banalisation s’est opérée sans cadre clair. Résultat : un entre-deux réglementaire dans lequel se développent des pratiques illégales difficilement contrôlables.

Les « fake injectors » ne sont pas un phénomène périphérique. Ils s’inscrivent dans une logique économique opportuniste, profitant d’un marché en expansion et d’un déficit de régulation. Produits importés hors circuit, prestations à bas coût, promesses immédiates : une offre parallèle s’est structurée, attirant une clientèle souvent peu informée des risques.

Les signaux d’alerte se multiplient. Un décès, des hospitalisations lourdes, des complications en hausse. Ce qui relevait hier d’un problème professionnel devient un enjeu de sécurité sanitaire.

Catherine Bergeret-Galley : repérer les « fake injectors » avant qu’il ne soit trop tard

Sur le terrain, les chirurgiens plasticiens tirent la sonnette d’alarme depuis plusieurs années. Catherine Bergeret-Galley, présidente du Syndicat national de chirurgie plastique reconstructrice et esthétique (SNCPRE), met en garde sur BFM contre les comptes affichant « des publicités dithyrambiques sur les réseaux sociaux, avec une personne qui exhibe un diplôme, qui a un surnom mais pas de nom, pas d’adresse fixe, pas de numéro de téléphone fixe, et que l’on ne trouve pas sur Google Maps ». La chirurgienne plasticienne pousse plus loin l’enquête : « De temps en temps, elles ont des centres, mais si on appelle le conseil départemental de l’ordre des médecins, on se rend compte qu’il n’y a aucun docteur dans ces centres. »

Le constat clinique est tout aussi accablant. « On a vu des patientes avec des complications énormes ! », alerte-t-elle. Une réalité confirmée par les chiffres de l’Ordre des médecins : 213 signalements concernant des actes médicaux et chirurgicaux illégaux à visée esthétique en 2025 – un record – et déjà 28 sur les premiers mois de 2026. Une trajectoire en hausse continue qui confirme que la France fait face à un véritable phénomène de masse, dont les pouvoirs publics ne mesurent pas encore pleinement l’ampleur.

Une parole médicale qui se politise : Jean-François Delahaye en première ligne

Dans ce contexte, la prise de parole de Jean-François Delahaye marque un tournant. En plaidant pour l’extension du droit de prescription de la toxine botulique aux médecins formés, il ne se contente pas d’exprimer une revendication sectorielle. Il met en lumière une incohérence réglementaire qui alimente indirectement les dérives.

Aujourd’hui, tous les médecins peuvent prescrire cette molécule à visée thérapeutique, mais seuls certains spécialistes peuvent l’utiliser en esthétique. Ce décalage, peu lisible pour les patients, crée un effet pervers : il restreint l’offre médicale légitime et laisse le champ libre à des pratiques non encadrées.

La position de l’Ordre est donc stratégique. Elle repose sur un principe simple : sécuriser l’accès en reconnaissant les compétences, plutôt que maintenir des restrictions qui déplacent la demande vers des circuits parallèles.

Médecine esthétique : la régulation ne peut plus attendre

Ce constat est partagé par Anne Grand-Vincent, coprésidente du Cercle des Bonnes Pratiques en Médecine Esthétique, qui a récemment pris la parole dans l’émission « Décideurs engagés : On se dit tout » sur L’Hémicycle TV.

Son diagnostic est frontal : la médecine esthétique est une pratique médicale sans reconnaissance juridique. Ce vide crée une confusion majeure pour les patients et fragilise l’ensemble du système.

Elle insiste sur un point clé : les injections sont des actes médicaux, qui doivent être réalisés par des médecins formés et identifiables. Pourtant, dans les faits, une part importante du marché échappe à cette exigence. Elle décrit un environnement où la demande explose, où l’offre illégale se développe rapidement, et où les mécanismes de contrôle restent insuffisants.

Son appel est pragmatique. Plutôt que de maintenir un cadre inadapté, il faut réintroduire de la cohérence. Permettre aux médecins formés d’exercer, clarifier les règles, renforcer la lisibilité pour les patients. À défaut, la régulation restera théorique et les pratiques à risque continueront de prospérer.

Une filière qui s’organise sans attendre

L’un des éléments marquants de la période actuelle est la capacité des acteurs à se structurer. Le Cercle des Bonnes Pratiques en Médecine Esthétique joue ici un rôle central. En réunissant Ordre, syndicats, associations et experts, il a permis de dépasser les logiques de fragmentation pour construire une position commune.

Cette convergence débouche sur des propositions concrètes : formation universitaire via le DIUME, reconnaissance progressive des compétences, création d’un label pour identifier les praticiens qualifiés, outils d’information pour les patients. Autant d’éléments qui constituent déjà les briques d’une future régulation.

Cette structuration est stratégique. Elle permet au secteur de passer d’une posture défensive à une capacité de proposition. En d’autres termes, la profession ne subit plus le débat, elle l’organise.

Stéphanie Rist et Jean Lessi : un moment de bascule pour l’action publique ?

Le paradoxe est désormais clair. Alors que les professionnels convergent, que les solutions existent et que les signaux sanitaires s’accumulent, la réponse publique reste en retrait. Non par absence de prise de conscience, mais en raison d’une temporalité administrative inadaptée à la vitesse du phénomène.

Deux acteurs institutionnels sont aujourd’hui en première ligne pour faire bouger les lignes. Au ministère de la Santé, Stéphanie Rist, elle-même médecin de formation, dispose de tous les leviers pour traduire ce consensus professionnel en cadre réglementaire. Côté autorités sanitaires, Jean Lessi, directeur général de la Haute Autorité de Santé, est attendu sur la production de recommandations de bonnes pratiques susceptibles de structurer durablement l’exercice. Les deux institutions, complémentaires, détiennent ensemble les clés d’une réponse coordonnée : encadrement par la rue de Ségur, doctrine scientifique par la HAS.

La question n’est plus de savoir s’il faut réguler, mais à quelle vitesse et avec quel niveau d’ambition. D’autant que le contexte européen montre que des réponses sont possibles. L’Allemagne et la Belgique ont déjà posé des cadres nationaux.

La France dispose aujourd’hui d’une fenêtre politique. Les attentes des patients sont fortes, les propositions sont prêtes, les acteurs sont alignés. Reste à transformer cette convergence en décision.

La médecine esthétique ne relève plus d’un débat corporatiste. Elle interroge la capacité de l’État – à travers le tandem que forment le ministère de la Santé et la HAS – à encadrer des pratiques en mutation rapide, à protéger les citoyens sans freiner l’accès aux soins, et à réagir avant que les dérives ne deviennent irréversibles.

Sur ce sujet, le temps du constat est passé. Celui de la décision commence.

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