Après les violences, les électeurs attendent du RN des réponses concrètes sur la sécurité et le respect du droit de manifester
Après les violences du 17 octobre, Marine Le Pen et Jordan Bardella font de la sécurité un axe central de leur stratégie présidentielle. Leur discours se heurte à une exigence citoyenne : protéger les habitants sans restreindre le droit de manifester.

Après les violences du 17 octobre, Marine Le Pen et Jordan Bardella cherchent à présenter le Rassemblement national comme un parti capable de rétablir l’ordre. Le gouvernement mise sur des mesures locales, tandis que le débat porte aussi sur la protection des commerces, les coûts pour les communes et le respect de la liberté de manifester.
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Comment protéger les commerces et les habitants sans effacer les revendications de ceux qui manifestent pacifiquement ? Après les violences du 17 octobre 2026, cette question devient aussi une bataille politique, à l’approche de la présidentielle de 2027.
Le Rassemblement national entend y imposer sa réponse : incarner l’autorité face à un pouvoir qu’il décrit comme impuissant. Marine Le Pen et Jordan Bardella remettent ainsi en scène leur complémentarité. Mais cette stratégie laisse ouvertes deux questions : quelles mesures concrètes proposent-ils, et comment distinguent-ils les auteurs de violences des manifestants ?
Deux rôles pour une même ambition présidentielle
Dimanche 18 octobre, Marine Le Pen choisit une déclaration solennelle depuis son bureau. Jordan Bardella se rend, lui, dans un commissariat du centre de Paris. La première adopte une posture présidentielle. Le second se présente en responsable opérationnel, capable de prendre en charge la sécurité.
Cette répartition sert un objectif commun : montrer que le RN ne se contente plus de dénoncer, mais se prépare à gouverner. Elle permet aussi au parti de revenir sur un terrain politique favorable après une rentrée marquée par des accusations concernant des propos antisémites attribués à Bardella en 2013. Ces accusations ne constituent pas des faits judiciairement établis.
Sur le terrain, le président du RN dénonce des décennies de « désarmement de notre police », notamment juridique. Il avance ainsi une explication politique des violences : les forces de l’ordre manqueraient de moyens et de latitude. Cette affirmation exprime sa lecture de la situation ; elle ne démontre pas, à elle seule, les causes des débordements.
Le discours vise notamment les électeurs préoccupés par la sécurité, mais aussi les commerçants et les riverains touchés. Dès avant la mobilisation, Bardella avait opposé les participants annoncés à la « France du travail ». Le RN cherche donc également à définir qui représente, selon lui, la contestation légitime.
Une bataille pour définir les responsabilités
Marine Le Pen accuse l’extrême gauche et les discours des députés de Jean-Luc Mélenchon de favoriser le désordre. Cette accusation bénéficie politiquement au RN : elle lui permet de désigner simultanément un adversaire responsable des violences et un gouvernement incapable de les empêcher. Elle ne vaut cependant pas démonstration d’une responsabilité pénale dans les dégradations.
La distinction est essentielle. Condamner des pillages, contester une stratégie de manifestation et attribuer des infractions à leurs auteurs relèvent de trois démarches différentes. Les confondre réduit le débat à un affrontement entre ordre et contestation, sans examiner les responsabilités individuelles.
À gauche, le député écologiste et social Pouria Amirshahi conteste précisément l’attitude du président du RN. Le 18 octobre, il l’accuse de tirer avantage des événements : « Vous vous frottez les mains de cette situation ». Il appelle à l’union plutôt qu’à la confrontation politique. Cette critique porte sur l’exploitation des violences, pas sur leur justification.
Le désaccord concerne donc aussi la place des revendications sociales. Pour les responsables du mouvement, leur disparition derrière les images de casse représente un risque politique majeur. Pour le RN, au contraire, le déplacement du débat vers la sécurité permet de mettre ses priorités au premier plan.
Restaurer l’ordre ne se résume pas à durcir le discours
Face à cette offensive, l’exécutif privilégie une réponse territorialisée. Le 18 octobre, Emmanuel Macron demande aux préfets, représentants de l’État dans les territoires, d’agir avec les maires. Le lendemain, Sébastien Lecornu leur demande d’enclencher des couvre-feux partiels et localisés. Bardella y voit, pour sa part, un transfert de responsabilité.
Ces positions répondent à deux logiques. Le gouvernement défend l’adaptation des restrictions aux situations locales. Le RN réclame une autorité politique plus visible. Pour les habitants, leur efficacité se mesure autrement : protection des personnes, accès aux commerces et retour à une circulation normale.
Le cadre juridique impose également des limites. Le maintien de l’ordre doit protéger la sécurité tout en permettant l’exercice de la liberté de manifester. Les restrictions doivent rester nécessaires, adaptées et proportionnées. Le cadre juridique des restrictions au droit de manifester rappelle notamment la censure, en 2019, de certaines interdictions administratives individuelles.
Ce n’est pas une opposition abstraite entre policiers et manifestants. Des moyens adaptés doivent permettre de protéger les premiers et d’isoler les auteurs de violences, sans traiter tout rassemblement comme une menace. La formation et le contrôle des pratiques font aussi partie des enjeux identifiés par le Défenseur des droits.
Des conséquences très inégales selon les territoires
La sécurité concerne aussi la capacité à rouvrir et à reconstruire. Le précédent de 2023 donne un ordre de grandeur, sans préjuger du bilan de 2026. Un rapport du Sénat sur les émeutes de juin 2023 évaluait les dommages aux biens à près d’un milliard d’euros. Les collectivités territoriales en supportaient 27 %.
Ces coûts ne touchent pas tous les acteurs de la même manière. Pour une commune, réparer une école ou une mairie mobilise des ressources publiques. Pour un commerçant, les dégâts s’accompagnent d’une interruption d’activité. Les indemnisations ne couvrent d’ailleurs pas nécessairement toutes les pertes, comme l’a montré le précédent de 2023.
Les prochains jours permettront donc d’évaluer deux choses distinctes : l’efficacité des décisions préfectorales et la précision des alternatives proposées par le RN. Les périmètres des couvre-feux, leur durée et leurs effets sur les habitants constitueront les premiers éléments concrets de cette confrontation, au-delà des postures présidentielles.



