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ÉLECTIONS La gauche face au choix des alliances

Après sa victoire, Glucksmann peut-il rassembler la gauche malgré le désaccord sur les alliances électorales ?

Raphaël Glucksmann remporte la primaire sociale-démocrate, mais Marine Tondelier conteste sa stratégie d’alliance. Pour les écologistes, le choix des partenaires pèsera sur leur place dans la présidentielle et les législatives.

Un ordinateur portable affiche une interface de vote neutre dans une salle municipale avec des chaises empilées en arrière-plan.
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En bref

Raphaël Glucksmann a remporté la primaire sociale-démocrate et défend une gauche autonome de La France insoumise. Marine Tondelier estime qu’une victoire passe par une alliance plus large, incluant les écologistes. Le désaccord engage la stratégie présidentielle et la préparation des législatives, où la formation d’une majorité pèsera aussi sur la capacité à gouverner.

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Un électeur de gauche devra-t-il choisir entre plusieurs candidats, ou pourra-t-il compter sur un rassemblement pour la présidentielle de 2027 ? La victoire de Raphaël Glucksmann à la primaire sociale-démocrate désigne un candidat, mais ne règle pas la question des alliances.

Une victoire nette, dans un périmètre limité

Le dimanche 11 octobre 2026, Raphaël Glucksmann a remporté dès le premier tour la primaire organisée autour du Parti socialiste et de Place publique. Cette consultation sert à choisir leur candidat à la présidentielle. Elle ne désigne donc pas, à elle seule, le représentant de toutes les forces de gauche.

L’eurodéputé obtient 79 613 voix, soit 66,13 % des suffrages exprimés. Olivier Faure, premier secrétaire du PS, arrive deuxième avec 14,48 %. Suivent Ségolène Royal, à 7,62 %, Emmanuel Maurel, à 5,92 %, et Jérôme Guedj, à 5,83 %. Le scrutin en ligne s’est terminé dimanche à 18 heures.

Ce résultat donne à Glucksmann une légitimité claire auprès des participants. Il renforce aussi les partisans d’une gauche sociale-démocrate autonome, qui entend mener sa campagne sans dépendre de Jean-Luc Mélenchon. Mais gagner une consultation de ce camp ne signifie pas avoir convaincu tous les électeurs de gauche. C’est la limite politique de cette victoire.

Marine Tondelier conteste la stratégie d’alliance

Marine Tondelier a réagi sur X en critiquant non pas le résultat du vote, mais la ligne du vainqueur. La dirigeante écologiste déplore que celui-ci soit « celui qui fait le choix du repli en refusant toute perspective d’alliance large de toute la gauche et des écologistes ».

Elle ajoute : « Je reste convaincue que le chemin de la victoire passe par le refus du clanisme et du concept des gauches irréconciliables ». Autrement dit, elle refuse de considérer les désaccords entre partis comme un obstacle définitif à leur rassemblement.

Son intervention défend une stratégie qui préserve une place pour toutes les composantes de gauche. Elle concerne directement les écologistes, partagés entre candidature autonome, rapprochement avec Jean-Luc Mélenchon et alliance avec Raphaël Glucksmann. Pour eux, le choix du partenaire engage aussi leur capacité à peser sur un programme commun.

Il faut toutefois distinguer deux questions. Refuser un gouvernement avec La France insoumise ne revient pas automatiquement à exclure les écologistes. Glucksmann a explicitement fermé la porte aux ministres insoumis. En revanche, Yannick Jadot a rejoint sa campagne. La critique de Tondelier porte donc sur l’absence d’une alliance englobant toute la gauche, plutôt que sur un refus de tout partenaire écologiste.

Deux façons de concevoir le rassemblement

Le désaccord existait avant la primaire. Le 16 septembre, Glucksmann avait réaffirmé que LFI n’aurait pas sa place dans son gouvernement. Cette ligne offre à ses soutiens une frontière politique identifiable. Elle bénéficie aux responsables qui veulent reconstruire une gauche distincte de celle de Mélenchon, sans négocier chaque choix avec les insoumis.

Face à lui, Olivier Faure défendait la nécessité de rassembler largement et de construire une majorité parlementaire. Son argument s’appuyait sur les alliances de 2022 et 2024. La Nupes, puis le Nouveau Front populaire, avaient réuni socialistes, insoumis, écologistes et communistes. Ces précédents expliquent pourquoi la rupture ne concerne pas seulement des relations entre dirigeants. Elle touche aussi des élus qui ont bénéficié de candidatures communes.

La contrepartie existe dans les deux stratégies. Une alliance large demande des compromis entre partenaires qui ne partagent pas toutes leurs orientations. Une candidature plus autonome clarifie le choix proposé, mais doit ensuite trouver les soutiens nécessaires pour gagner et gouverner. Le débat porte donc autant sur la cohérence politique que sur la construction d’une majorité.

Glucksmann présente pourtant sa victoire comme le début d’un rassemblement, et non comme son aboutissement. Dans sa réaction, il affirme vouloir convaincre davantage et faire obstacle à l’extrême droite. Son discours met en avant l’écologie, la démocratie et la justice sociale. Reste à définir quels partenaires peuvent rejoindre cette démarche.

Les partis ne disposent pas des mêmes leviers

Pour Place publique, la primaire ouvre l’accès au soutien du PS dans la campagne présidentielle. Pour les socialistes, elle place leur organisation derrière un candidat extérieur à leur parti. Pour les écologistes, elle pose une autre question : rejoindre ce pôle, chercher un accord plus large ou défendre leur propre candidature. Les gains d’une alliance ne se répartissent donc pas mécaniquement entre partenaires.

La dépendance pratique apparaît aussi chez les soutiens de Glucksmann. Dès le 27 août, Boris Vallaud, président du groupe socialiste à l’Assemblée, avait accompagné son soutien d’une exigence : préparer les législatives et construire un espace commun avec d’autres forces. Il rappelait que le candidat ne pourrait ni gagner ni gouverner seul.

L’enjeu dépasse ainsi le nom figurant sur le bulletin présidentiel. Les responsables nationaux cherchent une ligne et un leadership. Les députés doivent aussi penser aux accords dans les circonscriptions. Quant aux citoyens, ils attendent de savoir quelle majorité pourrait appliquer les engagements annoncés. Une investiture ne répond pas, à elle seule, à cette dernière question.

Convaincre au-delà des participants à la primaire

Une enquête Toluna Harris Interactive sur les débats de la primaire, publiée le 9 octobre, éclaire ce défi. Parmi les personnes se situant à gauche, 33 % souhaitaient une victoire de Glucksmann. Mais 30 % ne souhaitaient la victoire d’aucun des cinq prétendants.

Ces proportions ne sont pas des intentions de vote présidentielles. Elles ne décrivent pas non plus les seuls participants à la primaire. L’enquête repose sur des échantillons représentatifs des adultes français, interrogés après les débats. Elle rappelle néanmoins qu’une partie de l’électorat de gauche reste à convaincre, au-delà du cercle mobilisé pour cette consultation.

Dans les prochaines semaines, le point décisif sera donc le périmètre des rapprochements : quels écologistes rejoindront Glucksmann, quelle stratégie leur parti retiendra et quels engagements accompagneront ces soutiens. La préparation des législatives constituera un autre test concret. C’est là que l’appel au rassemblement devra devenir un accord sur les partenaires, les candidatures et le programme.

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