Au Sénat, l’arrivée de deux élus LFI peut-elle changer la voix des territoires face à la droite ?
L’élection de Marc Péré et Gabriel Amard offre à La France insoumise une première présence au Sénat. Sans groupe autonome, les deux élus devront s’appuyer sur des alliances pour défendre les priorités des territoires populaires.

Marc Péré et Gabriel Amard ont permis à La France insoumise d’entrer au Sénat après le renouvellement de 170 sièges en septembre 2023. Leur présence reste limitée à deux élus, loin du seuil de dix nécessaire pour former un groupe, mais elle donne au mouvement un relais sur les textes concernant les collectivités et les territoires populaires.
Un prompt optimisé est pré-rempli pour chaque moteur. Les résultats générés par l'IA peuvent différer du contenu original.
Que peut changer l’élection de deux sénateurs issus de La France insoumise dans une chambre dominée par la droite ? Peu de choses à court terme sur l’équilibre des forces, mais beaucoup pour l’implantation parlementaire du mouvement.
Une première entrée de LFI au Sénat
Les élections sénatoriales du 24 septembre 2023 ont permis à La France insoumise de revendiquer deux élus : Marc Péré, dans la Haute-Garonne, et Gabriel Amard, dans le Rhône.
Marc Péré, maire de L’Union et sénateur divers gauche, a été élu à la tête d’une liste réunissant La France insoumise, Europe Écologie Les Verts et Générations. Gabriel Amard a été élu dans le Rhône, notamment avec le soutien d’un ancrage local dans l’est lyonnais.
Le scrutin concernait 170 sièges de la série 1 du Sénat. Cette chambre est renouvelée par moitié tous les trois ans. Les sénateurs sont élus au suffrage indirect par un collège de grands électeurs, composé principalement d’élus municipaux, départementaux et régionaux.
Les résultats officiels et la répartition des sièges sont disponibles dans le dossier des élections sénatoriales de 2023 publié par le Sénat.
Deux élus, mais pas encore de groupe autonome
Cette arrivée ne permet pas à LFI de constituer immédiatement un groupe politique au Sénat. Le règlement impose un minimum de dix sénateurs pour former un groupe.
Gabriel Amard doit donc siéger seul pour représenter directement La France insoumise. Marc Péré, lui, est rattaché administrativement à LFI, mais il doit siéger au sein du groupe Écologiste – Solidarité et Territoires, conformément à l’accord conclu entre les deux formations.
Cette distinction est importante. Un rattachement administratif permet d’identifier l’appartenance politique d’un élu. L’inscription dans un groupe détermine, elle, son organisation concrète au Sénat : temps de parole, présence dans les commissions, moyens matériels et participation aux discussions internes.
Le groupe Écologiste – Solidarité et Territoires accueille des sénateurs écologistes, régionalistes et divers gauche. Il défend notamment une transition écologique et sociale ainsi qu’une plus grande autonomie des territoires. Sa déclaration politique officielle présente les grandes orientations de ses membres.
Un symbole politique avant un changement institutionnel
Pour Gabriel Amard, cette élection représente d’abord une implantation territoriale. Il l’a présentée comme « la victoire des villes populaires de l’est lyonnais » et comme un effet de la dynamique créée autour de la campagne présidentielle de Jean-Luc Mélenchon.
Le nouveau sénateur du Rhône a également insisté sur la rapidité de cette progression. Selon lui, LFI aurait mis moins de dix ans à entrer au Sénat, alors que le Rassemblement national aurait attendu plusieurs décennies avant d’y constituer un groupe.
Cette comparaison souligne toutefois une différence de situation. Deux élus ne disposent pas des mêmes moyens qu’un groupe parlementaire. Ils peuvent déposer des amendements, interroger le gouvernement et participer aux commissions, mais leur capacité à peser sur l’agenda dépend largement de leurs alliances.
Le Sénat reste dominé par Les Républicains et le centre. Le groupe Les Républicains conserve la première place dans l’hémicycle. La droite sénatoriale dispose ainsi d’un poids déterminant dans l’examen des textes, la composition des commissions et l’élection des instances de la chambre.
Ce que cela change pour les territoires
L’élection de Marc Péré et de Gabriel Amard donne à LFI deux relais directs dans une institution où le mouvement était jusqu’alors absent. Leur rôle sera particulièrement visible sur les textes concernant les communes, les intercommunalités, les services publics locaux et les finances des collectivités.
Le Sénat se présente comme la chambre représentant les collectivités territoriales. Les élus qui y siègent connaissent donc les contraintes quotidiennes des maires : budgets limités, hausse des coûts de l’énergie, difficulté à recruter et dépendance aux décisions de l’État.
Leur marge de manœuvre ne sera cependant pas la même. Gabriel Amard pourra porter une ligne politique directement rattachée à LFI. Marc Péré devra aussi composer avec les règles et les équilibres du groupe écologiste, qui rassemble plusieurs sensibilités de gauche.
Pour les grandes villes et les territoires populaires, cette présence peut permettre de faire remonter des demandes sur les transports, le logement, la pauvreté ou l’accès aux services publics. Pour les petites communes, l’enjeu sera différent : elles attendent surtout des moyens financiers et une simplification des normes.
Des ambitions à long terme
Gabriel Amard a présenté cette arrivée comme un point de départ. Son objectif affiché est de permettre à LFI de constituer un groupe autonome lors d’un prochain renouvellement sénatorial.
La prochaine échéance majeure est fixée à 2029. Elle concernera le renouvellement de 170 sénateurs, notamment en Île-de-France et dans le Nord. Ces territoires comptent de nombreux élus locaux issus de la gauche et pourraient offrir à LFI un terrain plus favorable.
La stratégie du mouvement dépendra toutefois de sa capacité à construire des alliances locales. Les sénatoriales ne sont pas une élection nationale directe. Elles se jouent département par département, souvent autour de listes soutenues par plusieurs partis.
Les écologistes peuvent bénéficier de cet accord en renforçant leur groupe et leur influence. LFI, de son côté, obtient une première présence au Palais du Luxembourg sans disposer encore de la force nécessaire pour agir seule. Les deux formations ont donc intérêt à préserver leur coopération, tout en maintenant leurs identités politiques.
Le prochain test : transformer l’élection en influence
À court terme, l’enjeu sera de voir comment ces deux sénateurs utiliseront leurs nouvelles fonctions. Leur influence se mesurera dans les commissions, les débats sur les collectivités et les négociations avec les autres groupes de gauche.
Leur arrivée ne bouleverse pas la majorité sénatoriale. Elle marque néanmoins une étape dans la stratégie parlementaire de LFI. Le mouvement dispose désormais d’un accès direct aux travaux d’une chambre longtemps restée en dehors de son champ institutionnel.
Le véritable test commencera lors des prochains textes examinés au Sénat. Il faudra alors observer si cette présence reste principalement symbolique ou si elle permet à LFI de nouer des alliances durables au-delà de son groupe politique.



