En 2027, 150 citoyens veulent imposer des choix climatiques concrets aux candidats à la présidentielle française
Avec « Un commun accord », Jean-Marc Jancovici réunit 150 citoyens tirés au sort pendant six mois. Leur objectif : faire émerger des compromis climatiques concrets et pousser les candidats de 2027 à les intégrer dans leurs programmes.

Jean-Marc Jancovici lance « Un commun accord », une assemblée de 150 Français tirés au sort. Pendant six mois, ils débattront de mesures climatiques confrontées aux contraintes sociales, économiques et territoriales. Leurs conclusions devront ensuite convaincre les candidats et dépasser le stade des engagements symboliques.
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Comment faire de l’écologie un sujet incontournable de la présidentielle de 2027, sans se limiter aux promesses générales ? Jean-Marc Jancovici mise sur une méthode précise : réunir 150 citoyens, les faire débattre pendant six mois et publier des propositions capables de résister aux désaccords.
Une assemblée citoyenne pour peser sur la campagne
L’initiative s’appelle « Un commun accord ». Elle réunira 150 Français tirés au sort, avec l’objectif de représenter la diversité de la population. Les participants se retrouveront durant six week-ends, entre septembre 2026 et février 2027.
La première rencontre est prévue le 19 septembre 2026, au Conservatoire national des arts et métiers, à Paris. Les échanges doivent porter sur des choix climatiques concrets, avec l’appui d’experts et un dispositif permettant au reste de la population de suivre les travaux.
Le projet est présenté comme une initiative citoyenne et apartisane. Il est toutefois directement porté par Jean-Marc Jancovici, ingénieur et spécialiste des questions d’énergie et de climat. Cette personnalité lui donne une visibilité importante, mais elle pose aussi une question : les conclusions seront-elles perçues comme un travail collectif ou comme le programme d’un expert engagé ?
L’organisation et l’animation de l’assemblée, ainsi que le site consacré au projet, représentent un budget estimé à 3 millions d’euros. Ce coût implique une autre exigence : rendre la méthode, les financements et les règles de décision suffisamment transparents pour que les participants comme le public puissent juger le résultat.
Le pari des choix difficiles
Le principe n’est pas de chercher une solution idéale. Il consiste plutôt à mettre les citoyens face aux contradictions qui structurent la transition écologique.
L’agriculture en fournit un exemple parlant. Les consommateurs souhaitent une alimentation saine, produite en France et accessible. Dans le même temps, les agriculteurs doivent recevoir une rémunération correcte. Ces objectifs peuvent entrer en tension avec les coûts de production, les revenus des ménages et les règles du commerce européen.
Une mesure favorable à l’environnement peut donc augmenter les prix. Une aide publique peut soutenir les producteurs, mais elle pèse sur le budget de l’État. Une norme plus stricte peut accélérer la transition des exploitations, tout en fragilisant les plus petites si elles n’ont pas les moyens d’investir.
Ce type de débat concerne aussi les transports, le logement et l’énergie. Les ménages ruraux dépendent davantage de leur voiture. Les habitants des villes sont plus exposés aux restrictions de circulation. Les propriétaires peuvent financer une rénovation, contrairement aux locataires qui dépendent de la décision d’un bailleur.
La question sociale sera donc centrale. Une politique climatique ne produit pas les mêmes effets selon le revenu, le lieu de résidence ou l’activité professionnelle. Un consensus qui ignorerait ces écarts risquerait de rester théorique.
Une méthode déjà expérimentée en France
La France connaît déjà ce type de dispositif. La Convention citoyenne pour le climat, réunie à partir d’octobre 2019, avait également rassemblé 150 citoyens tirés au sort. Après neuf mois de travaux, elle avait adopté 149 propositions destinées à réduire les émissions de gaz à effet de serre de 40 % d’ici 2030, par rapport à 1990, dans un esprit de justice sociale.
Le gouvernement avait alors annoncé reprendre 146 de ces 149 propositions. Le suivi officiel de la Convention citoyenne pour le climat recensait, en octobre 2023, 100 propositions mises en œuvre totalement ou partiellement, 46 en cours et 3 écartées.
Ce bilan montre la force et la limite de l’exercice. Une assemblée citoyenne peut produire des mesures détaillées et déplacer le débat public. Elle ne dispose cependant pas, à elle seule, du pouvoir de voter une loi, de fixer un budget ou de modifier une réglementation.
Entre une proposition citoyenne et son application, plusieurs étapes interviennent. Le gouvernement doit arbitrer. Le Parlement peut modifier le texte. Le Conseil constitutionnel peut être saisi. Les collectivités et les administrations doivent ensuite appliquer les décisions sur le terrain.
Le précédent du pacte écologique de 2007
Jean-Marc Jancovici connaît déjà les limites de la pression citoyenne sur une campagne présidentielle. En 2007, il participait au conseil scientifique réuni autour de Nicolas Hulot pour préparer le « pacte écologique ».
Cette initiative avait placé l’environnement au centre de la campagne. Dix candidats avaient signé le pacte présenté par Nicolas Hulot. Le document comprenait dix objectifs et cinq propositions concrètes, dont la création d’un poste de vice-Premier ministre chargé du développement durable et la mise en place d’une taxe carbone progressive.
Le pacte avait contribué à faire de l’écologie un passage obligé pour les candidats. Mais une signature ne garantit pas une politique publique. C’est la principale leçon retenue par les acteurs de cette période : les responsables politiques peuvent prendre des engagements, puis revenir aux priorités habituelles lorsque la campagne est terminée.
Le projet actuel cherche donc à aller plus loin. Il ne demande pas seulement aux candidats de signer un texte préparé par des experts. Il veut produire des arbitrages issus de citoyens confrontés aux contraintes économiques, sociales et territoriales.
Un poids politique difficile à mesurer
La réussite de l’initiative dépendra d’abord de sa légitimité. Le tirage au sort peut diversifier les profils et éviter que le débat soit dominé par les militants déjà mobilisés. Il ne suffit toutefois pas à garantir une représentation parfaite de la société.
Les conditions de participation peuvent écarter certaines personnes. Six week-ends de travail demandent du temps. La garde des enfants, les horaires professionnels ou les difficultés de déplacement peuvent peser davantage sur les ménages modestes et les travailleurs précaires.
Le contenu des débats sera également déterminant. Le choix des experts, la présentation des données et la manière de formuler les questions peuvent orienter les discussions. La transparence des auditions et des règles de vote sera donc aussi importante que le nombre de participants.
Les candidats à la présidentielle pourraient y trouver des mesures déjà discutées et hiérarchisées. Les associations écologistes y verront un moyen de maintenir la pression. Les entreprises et les secteurs concernés, eux, surveilleront les propositions susceptibles d’augmenter leurs coûts ou de modifier leurs pratiques.
Les oppositions politiques peuvent aussi contester le principe. Certaines estimeront que la décision doit revenir au suffrage universel et au Parlement. D’autres rappelleront que les citoyens ont déjà formulé des propositions ambitieuses en 2020, sans que toutes soient appliquées. La question n’est donc pas seulement de savoir si les Français peuvent parvenir à un accord, mais aussi de savoir qui s’engagera ensuite à le respecter.
Jean-Marc Jancovici ne promet d’ailleurs pas le succès. Interrogé sur ce qui lui permet de penser que le projet aboutira, il répond : « Rien ! ». Cette réponse souligne l’incertitude du pari. Une assemblée peut produire un compromis solide. Elle peut aussi révéler des désaccords impossibles à dépasser.
Les échéances à surveiller
Le premier rendez-vous sera l’installation des 150 participants, le 19 septembre 2026. Il faudra ensuite observer la méthode retenue, les thèmes abordés et la place accordée aux contributions extérieures.
Les conclusions devraient intervenir avant l’entrée dans la phase décisive de la présidentielle de 2027. Leur influence dépendra alors de leur précision, de leur coût et de la capacité des organisateurs à convaincre au-delà des cercles déjà sensibles au climat.
Le véritable test sera politique. Les candidats pourront-ils reprendre des mesures parfois impopulaires, mais jugées nécessaires par les citoyens réunis ? Ou le débat reviendra-t-il rapidement aux promesses les plus consensuelles ?



