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ÉLECTIONS La droite cherche son rassemblement

Le soutien de Baroin peut-il aider Bruno Retailleau à convaincre au-delà des élus LR dans la course à l’Élysée ?

À Troyes, François Baroin apporte son soutien à Bruno Retailleau et lui promet son parrainage présidentiel. Mais l’appui d’élus LR suffira-t-il à convaincre les électeurs et à faire émerger une candidature face à Édouard Philippe et Gabriel Attal ?

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En bref

À Troyes, François Baroin soutient Bruno Retailleau, promet de le parrainer et défend sa capacité à créer la surprise à la présidentielle. Ce ralliement renforce son ancrage chez les élus de droite, mais ne préjuge ni du vote des citoyens ni de sa capacité à rassembler face à ses concurrents. La suite dépendra notamment de la clarté de son projet et de nouveaux soutiens.

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Le soutien d’un maire peut-il changer la trajectoire d’un candidat à l’Élysée ? Pour Bruno Retailleau, l’appui de François Baroin apporte un relais politique, mais ne résout pas la difficulté centrale : transformer l’implantation locale de la droite en votes à la présidentielle.

À Troyes, un soutien pour élargir la campagne

François Baroin a apporté son soutien à Bruno Retailleau le jeudi 8 octobre 2026. Le maire de Troyes accueillait le séminaire de rentrée du groupe Les Républicains au Sénat. Gérard Larcher, président de la chambre haute, et Mathieu Darnaud, chef des sénateurs LR, participaient également à cette rencontre.

L’ancien ministre de Jacques Chirac et de Nicolas Sarkozy a promis son parrainage au candidat désigné des Républicains. Il lui prête « un chemin » pour créer « la surprise » au premier tour, puis construire un rassemblement au second.

Ce soutien n’efface pas leurs différences. François Baroin a reconnu ne pas avoir « toujours été d’accord » avec Bruno Retailleau. Il a néanmoins salué son « courage », son « enracinement » et son « expérience ». Le message est clair : des désaccords internes ne doivent pas empêcher la droite de se réunir derrière son candidat.

Pour Retailleau, l’intérêt dépasse donc la seule signature d’un élu. Baroin lui apporte l’appui d’une figure de la droite issue des années Chirac et Sarkozy. Pour le maire de Troyes, cette prise de position permet aussi de défendre une candidature distincte des personnalités venues du camp présidentiel.

Les parrainages : une porte d’entrée, pas des voix

Le parrainage promis a une utilité concrète. Pour accéder au scrutin présidentiel, un candidat doit réunir au moins 500 présentations d’élus habilités. Elles doivent provenir d’au moins 30 départements ou territoires, sans qu’un seul fournisse plus d’un dixième des signatures requises. Ces règles figurent dans les observations du Conseil constitutionnel sur les parrainages présidentiels.

Mais une promesse de parrainage n’est ni une signature déjà validée ni un suffrage. Elle facilite la préparation d’une candidature. Elle ne dit pas comment voteront les habitants de Troyes, ni les électeurs qui apprécient leur maire sans partager ses préférences nationales.

Cette distinction compte particulièrement pour LR. À la présidentielle du 10 avril 2022, Valérie Pécresse avait obtenu 4,78 % des suffrages exprimés, selon les résultats officiels du premier tour de 2022. Ce précédent rappelle qu’un parti peut disposer d’élus expérimentés sans retrouver automatiquement une audience nationale.

Les responsables locaux offrent des points d’appui pour une campagne : ils connaissent leur territoire et peuvent porter un message politique. Toutefois, les citoyens choisissent un président sur d’autres critères aussi. Le soutien de Baroin ne renseigne, à lui seul, ni sur leur adhésion au programme de Retailleau ni sur leurs priorités.

Philippe et Attal, les concurrents directement visés

François Baroin a surtout cherché à tracer une frontière avec Édouard Philippe et Gabriel Attal. Il juge le parcours du « macronisme » comme une « impasse ». Il vise également ce qu’il appelle la « transgression » de Le Pen et de Mélenchon. Ces qualifications expriment son positionnement politique, pas un constat partagé par tous les électeurs.

À propos de Philippe et d’Attal, il a lancé : « Je ne vois pas comment on peut être la solution quand on est une partie du problème et qu’on l’incarne pleinement. » Son argument consiste à faire de leur participation au pouvoir un handicap, plutôt qu’un gage d’expérience.

La stratégie bénéficie à Retailleau : elle cherche à lui réserver l’espace d’une alternative à droite, hors du camp présidentiel. En revanche, les électeurs favorables à une continuité politique ou à un rassemblement central ne se reconnaîtront pas nécessairement dans cette séparation. L’enjeu consiste donc à convaincre au-delà des responsables déjà ralliés.

Bruno Retailleau a, pour sa part, contesté le poids donné aux intentions de vote. « Rien n’est écrit, rien n’est fait d’avance, rien n’est arrêté », a-t-il insisté. Il a comparé leur fiabilité à celle des prévisions météorologiques à un mois. Cette formule sert sa mobilisation ; elle ne constitue pas une évaluation méthodologique des enquêtes.

Le Sénat, un appui qui ne suffit pas pour gouverner

Mathieu Darnaud a assuré que le Sénat saurait « accompagner le projet de rupture » de Bruno Retailleau. Il s’est appuyé sur les élections sénatoriales du 27 septembre, estimant que LR avait limité ses pertes alors que certains le pensaient davantage affaibli.

Il faut cependant distinguer les deux scrutins. Les sénateurs sont élus au suffrage universel indirect, par un collège de grands électeurs. Les citoyens ne votent donc pas directement pour eux. Le mode d’élection des sénateurs mesure un rapport de force différent de celui d’une présidentielle.

Pour les élus LR, cette implantation constitue une ressource politique. Pour un futur gouvernement, elle pourrait faciliter le travail parlementaire. Mais elle ne remplacerait pas une majorité à l’Assemblée nationale. En cas de désaccord persistant sur une loi ordinaire, le gouvernement peut donner le dernier mot aux députés, comme l’explique la procédure législative présentée par l’Assemblée nationale.

La promesse de « renverser la table » reste ainsi une déclaration politique. Pour les citoyens, sa portée dépendra des mesures proposées, de leurs effets concrets et des majorités capables de les adopter.

Pas de « ticket » pour Matignon

François Baroin a écarté l’hypothèse d’un accord annoncé pour devenir Premier ministre. Il souhaite laisser Bruno Retailleau « libre de choisir » et situe ce choix entre les deux tours. Il s’agit d’un calendrier politique personnel, pas d’une obligation juridique : l’article 8 de la Constitution confie au président la nomination du Premier ministre.

Dans les prochaines semaines, deux éléments permettront d’apprécier la portée du soutien de Troyes : l’arrivée d’autres ralliements et la traduction du « projet de rupture » en propositions précises. C’est là que se mesurera la capacité de Retailleau à dépasser son réseau d’élus.

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