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ÉLECTIONS La droite face au vote utile

Pourquoi des électeurs de droite envisagent le RN quand leur vote traditionnel ne leur paraît plus assez efficace

À Moret-sur-Loing, des électeurs attachés à la droite traditionnelle envisagent un vote RN par souci d’efficacité et de rupture. Une enquête Cluster17 confirme le rapprochement entre ces deux électorats.

Électeurs français anonymes discutant de politique autour d’une table dans une salle municipale de Moret-sur-Loing
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En bref

À Moret-sur-Loing, certains électeurs de droite ne rejettent plus l’idée de soutenir le Rassemblement national. Leur choix repose surtout sur la recherche d’autorité et la crainte d’un vote LR inefficace, tandis qu’une étude Cluster17 mesure le rapprochement entre les deux électorats. Cette évolution pourrait peser sur la présidentielle.

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À Moret-sur-Loing, certains électeurs qui ont toujours voté à droite envisagent désormais un choix autrefois impensable : soutenir le Rassemblement national dès le premier tour de la présidentielle. Leur motivation tient moins à une adhésion complète au programme du RN qu’à une volonté de rupture.

Une frontière devenue plus facile à franchir

Dans cette commune de Seine-et-Marne, la droite traditionnelle conserve ses habitudes électorales. Pourtant, le réflexe de voter pour Les Républicains n’est plus automatique. Plusieurs habitants disent vouloir privilégier le candidat qui leur paraît capable d’imposer davantage d’ordre et d’autorité.

Cette évolution ne concerne pas seulement Moret-sur-Loing. Une étude Cluster17 commandée par Terra Nova, réalisée à la fin du mois de juillet, met en évidence une porosité croissante entre les électorats de droite libérale, conservatrice et celui du RN. Selon cette enquête, 59 % des personnes se reconnaissant dans ces sensibilités jugent acceptable une candidature de Marine Le Pen.

Le chiffre ne signifie pas que ces électeurs voteront tous pour elle. Il montre toutefois que la candidature de la dirigeante du RN suscite moins de rejet dans une partie de la droite qu’auparavant. La barrière morale et politique qui séparait les deux camps s’est donc affaiblie.

Cette tendance s’inscrit dans un contexte de recomposition. Depuis l’alliance conclue entre Éric Ciotti et le RN en juin 2024, l’hypothèse d’un rapprochement entre une partie de la droite et l’extrême droite est devenue plus concrète. Éric Ciotti dirige désormais l’Union des droites pour la République, tandis que Bruno Retailleau a pris la tête des Républicains en mai 2025, avec 74,3 % des voix des militants. L’élection de Bruno Retailleau à la présidence de LR a confirmé le poids des thèmes régaliens au sein du parti.

Le vote RN comme moyen de « renverser la table »

Sur le marché de Moret-sur-Loing, un couple de retraités résume ce déplacement. La femme assure n’avoir « jamais » voté pour le RN. Son conjoint, lui, estime qu’il faut désormais « quelqu’un qui renverse la table ».

Pour lui, le vote RN répond à une demande de rupture. Il évoque « trop de laxisme », l’absence de règles et le recul de l’autorité. Il ne souhaite pas voter à gauche. Le RN apparaît alors comme le moyen le plus direct de bousculer le système politique.

Cette logique bénéficie d’abord au Rassemblement national. Le parti peut capter des électeurs qui ne se définissent pas comme d’extrême droite, mais qui jugent les formations de gouvernement trop prudentes. Les sujets de l’immigration, de la sécurité et de l’autorité jouent ici un rôle central.

Elle fragilise, en retour, Les Républicains. Leur difficulté consiste à défendre une ligne ferme sur ces questions sans perdre leur identité de parti de gouvernement. Bruno Retailleau s’est imposé sur une ligne conservatrice, notamment sur l’immigration et la sécurité. Pourtant, certains électeurs le jugent encore trop discret ou trop proche du centre.

Dans le débat politique, une politique régalienne désigne les missions liées à l’autorité de l’État, comme la police, la justice, les frontières et la défense. Ces thèmes structurent désormais une grande partie de la concurrence entre LR et le RN.

Entre fidélité à LR et peur de l’inefficacité

Le couple interrogé ne rejette pas totalement sa famille politique. La retraitée se dit attachée à une droite traditionnelle, conservatrice et marquée par le catholicisme. Elle considère Bruno Retailleau comme son candidat naturel.

Mais cette fidélité se heurte à une question stratégique : le candidat LR peut-il réellement atteindre le second tour ? La peur d’un vote inutile pousse certains électeurs à choisir directement le RN. Ils ne disent pas nécessairement préférer Marine Le Pen sur tous les sujets. Ils estiment plutôt que son parti disposerait de davantage de chances électorales.

Ce raisonnement correspond à la notion de vote utile. Un électeur choisit alors le candidat qu’il pense le mieux placé, même si celui-ci ne correspond pas parfaitement à ses convictions. Dans cette configuration, la faiblesse supposée de LR devient un avantage pour le RN.

La situation est différente pour Isabelle, une autre électrice rencontrée sur le marché. Elle affirme qu’elle votera Bruno Retailleau dès le premier tour. À ses yeux, il représente une droite classique et porte une attention particulière à la situation économique du pays.

Son choix pourrait néanmoins changer au second tour. Face à Jean-Luc Mélenchon, elle préférerait Marine Le Pen. Cette position révèle un autre mécanisme : certains électeurs de droite ne basculent pas vers le RN par adhésion initiale, mais en fonction de l’adversaire qui se trouve en face.

Le rôle central de l’immigration et de l’autorité

Pour Marguerite, le choix reste ouvert entre Bruno Retailleau et le RN. Elle attend notamment une promesse claire sur le rétablissement de l’ordre. Marine Le Pen ne lui inspire plus la même inquiétude qu’auparavant. « Ça ne peut pas être pire de toute façon », estime-t-elle.

Cette banalisation du vote RN ne signifie pas que les désaccords ont disparu. Le programme économique de Marine Le Pen ne convainc pas nécessairement ces électeurs. Leur intérêt se concentre surtout sur l’immigration, la sécurité, les règles collectives et l’autorité publique.

La droite républicaine tente de répondre à ces attentes. Bruno Retailleau défend une politique ferme sur l’immigration et s’est opposé à plusieurs mécanismes de régularisation. Ses positions ont aussi suscité des critiques de la part d’associations et de responsables politiques qui redoutent une politique plus clivante. Le débat sur la régularisation des travailleurs étrangers illustre cette tension entre fermeté affichée et besoins économiques concrets.

Car les effets d’un durcissement ne seraient pas identiques pour tous. Les grandes entreprises disposent souvent de services juridiques et administratifs pour gérer les procédures. Les petites entreprises, notamment dans la restauration, le bâtiment ou les services à la personne, dépendent davantage d’une main-d’œuvre disponible. Les salariés étrangers, eux, seraient directement concernés par les restrictions d’accès au séjour ou au travail.

Une recomposition encore inachevée

Le RN tire profit de cette circulation des électeurs. Il peut se présenter comme le débouché naturel d’une droite qui juge les Républicains trop faibles. De leur côté, les dirigeants LR cherchent à empêcher cette fuite en durcissant leur discours sur les thèmes régaliens, tout en refusant officiellement une alliance avec le RN.

Cette stratégie comporte un risque. En reprenant certains thèmes du RN, LR peut espérer retenir ses électeurs. Mais il peut aussi renforcer l’idée que le RN est devenu la formation la plus crédible sur ces sujets. La concurrence peut alors profiter au parti qui a imposé le cadre du débat.

Le choix des électeurs dépendra également de l’offre présidentielle. Une candidature LR jugée crédible pourrait maintenir une partie de la droite dans son camp. À l’inverse, une campagne marquée par les divisions ou par un faible niveau d’intentions de vote pourrait accélérer les départs vers le RN.

Dans les prochaines semaines, il faudra donc surveiller trois éléments : la capacité de Bruno Retailleau à installer une candidature nationale, l’évolution des relations entre LR et les formations de droite alliées au RN, et la place prise par l’immigration et la sécurité dans la campagne présidentielle. À Moret-sur-Loing comme ailleurs, le vote RN pourrait se décider moins par une conversion idéologique que par la conviction qu’il représente désormais le choix le plus efficace.

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