Pourquoi la bataille pour la deuxième place en 2027 peut peser autant que l’avance de Marine Le Pen dans les urnes
Un sondage place Marine Le Pen en tête des intentions de vote pour 2027, tandis qu’Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann et Jean-Luc Mélenchon se tiennent dans un mouchoir de poche. Les écarts restent à interpréter avec prudence, compte tenu de la marge d’erreur.

Une enquête d’intentions de vote place Marine Le Pen entre 31 % et 33,5 % au premier tour, devant trois candidats crédités de scores proches : Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann et Jean-Luc Mélenchon. Les scénarios de second tour la donnent gagnante, mais les marges d’erreur et l’éloignement du scrutin interdisent d’y voir une prévision certaine.
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Choisir le candidat le plus proche de ses idées ou celui qui semble capable d’atteindre le second tour ? À six mois de la présidentielle de 2027, le sondage Elabe publié le 17 octobre place ce dilemme au cœur de la compétition.
Marine Le Pen domine les intentions de vote. Mais derrière elle, Édouard Philippe, Raphaël Glucksmann et Jean-Luc Mélenchon affichent des niveaux très proches. L’enquête dessine donc une course ouverte pour la deuxième place, sans permettre de départager solidement ces trois prétendants.
Une deuxième place décisive, trois prétendants au coude-à-coude
La règle donne tout son poids à cette bataille : si personne ne dépasse la moitié des suffrages exprimés, seuls les deux premiers accèdent au second tour. Le fonctionnement de l’élection présidentielle à deux tours transforme ainsi une faible différence de voix en qualification ou en élimination.
Dans les six configurations testées, Marine Le Pen recueille entre 31 % et 33,5 % des intentions de vote. Elle recule de 1 à 1,5 point par rapport à l’enquête Elabe de fin août, mais conserve une avance importante sur ses concurrents.
Édouard Philippe obtient entre 15,5 % et 16,5 % lorsqu’il représente seul le bloc central. Raphaël Glucksmann atteint entre 15 % et 16,5 %. Jean-Luc Mélenchon rassemble entre 15 % et 16 %. Ces fourchettes correspondent à différentes listes de candidats : elles ne constituent pas les bornes d’une marge d’erreur.
Le choix du candidat central pèse fortement. Dans les scénarios où Gabriel Attal porte les couleurs de ce camp, il recueille entre 9,5 % et 10,5 %. L’avantage d’Édouard Philippe dans cette enquête nourrit donc son argument de candidature, sans établir que les électeurs se reporteraient automatiquement sur lui.
À gauche, deux progressions qui ne règlent pas la concurrence
Raphaël Glucksmann gagne entre 2,5 et 4 points depuis fin août. Cette progression intervient après sa désignation, le week-end précédent, comme candidat du camp social-démocrate, dès le premier tour de sa primaire. La succession des événements ne suffit toutefois pas à mesurer l’effet propre de cette désignation.
Jean-Luc Mélenchon progresse également, de 1 à 2 points. Le sondage ne dessine donc pas un remplacement de l’un par l’autre. Il montre deux candidatures de gauche capables, dans les hypothèses proposées, de rivaliser avec Édouard Philippe pour la qualification.
Cette proximité crée des intérêts concurrents. Chacun peut chercher à convaincre qu’il représente le choix le plus efficace pour accéder au second tour. Pour leurs électeurs, en revanche, la difficulté reste entière : les écarts mesurés ne permettent pas d’identifier un candidat nettement mieux placé.
Le précédent de 2022 éclaire cet enjeu. Les résultats officiels du premier tour de la présidentielle de 2022 donnaient 23,15 % à Marine Le Pen et 21,95 % à Jean-Luc Mélenchon. Un écart de 1,2 point avait alors séparé la deuxième place de la troisième. Ce rappel explique l’importance stratégique des petits écarts, pas leur valeur prédictive aujourd’hui.
Les autres candidats conservent un poids dans l’équation
À droite, Bruno Retailleau obtient entre 6,5 % et 9,5 %, contre 5,5 % à 6,5 % pour David Lisnard. Éric Zemmour recueille entre 3 % et 3,5 %. Dominique de Villepin et Nicolas Dupont-Aignan se situent chacun entre 2 % et 3 %.
À gauche, Marine Tondelier rassemble entre 2,5 % et 3,5 %, François Ruffin 3 %, Fabien Roussel entre 1 % et 2 %. Nathalie Arthaud atteint entre 0,5 % et 1 %. Natacha Polony, testée dans une seule configuration, obtient 1,5 %.
Ces candidatures défendent des offres politiques distinctes. Leur maintien permet aux électeurs d’exprimer plus précisément leurs préférences. Mais, dans une compétition serrée pour la deuxième place, cette diversité entre en tension avec la recherche d’un rassemblement électoral.
Il serait pourtant trompeur d’additionner leurs scores pour fabriquer une candidature commune théorique. L’enquête présentée ne mesure pas les reports qu’entraînerait chaque retrait. Un électeur peut changer de candidat, voter blanc ou s’abstenir : aucune réserve de voix n’appartient à un parti.
Au second tour, des rapports de force très différents
Marine Le Pen arrive en tête dans les trois duels testés. Face à Édouard Philippe, elle obtient 52,5 %, contre 47,5 %. Face à Raphaël Glucksmann, elle recueille 53,5 %, contre 46,5 %. L’écart se réduit dans ce dernier scénario : fin août, le rapport était de 57 % contre 43 %.
Le duel avec Jean-Luc Mélenchon produit un écart beaucoup plus large : 69 % pour Marine Le Pen, contre 31 %. L’enquête distingue ainsi deux questions souvent confondues : réussir à se qualifier et réunir ensuite une majorité face à son adversaire.
Pour le RN, ces résultats constituent un avantage dans les scénarios étudiés. Pour ses concurrents, ils posent la question des soutiens au-delà de leur camp. Toutefois, ces simulations ne décrivent ni une campagne de second tour déjà menée ni des décisions de vote définitives.
Ce que les chiffres permettent vraiment de conclure
Elabe a interrogé par Internet 1 701 adultes résidant en France métropolitaine, du 14 au 16 octobre 2026, dont 1 533 inscrits sur les listes électorales. Les intentions de vote concernent seulement les inscrits déclarant vouloir voter. La méthode des quotas équilibre notamment l’échantillon selon l’âge, le sexe, la profession et le territoire.
La marge d’erreur annoncée va de 1,2 à 2,8 points. La Commission des sondages impose de rappeler cette incertitude. Dans son rapport d’activité consacré à 2024, elle souligne aussi l’utilité de ces marges pour relativiser la portée des enquêtes. Un demi-point d’avance ne suffit donc pas à établir une hiérarchie solide.
Enfin, ce sondage décrit les électeurs qui envisagent de participer, pas l’ensemble des citoyens. Il ne permet pas, avec les données présentées, d’attribuer les évolutions à une catégorie sociale ou à un territoire. Dans les prochaines semaines, deux éléments seront déterminants à observer : la stabilisation des candidatures et la répétition, ou non, des mêmes tendances dans des enquêtes comparables.



