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ÉLECTIONS Le grand oral des éleveurs

Pourquoi les candidats viennent au Sommet de l’élevage, et ce que les agriculteurs attendent vraiment d’eux

À Cournon-d’Auvergne, les prétendants à l’Élysée viennent courtiser le monde agricole. Mais derrière les images de campagne, les éleveurs attendent des réponses concrètes sur leurs revenus, leurs contraintes et l’avenir des exploitations.

Une vache encadrée par des barrières dans un hall d’exposition, avec un éleveur à proximité et des allées animées au fond.
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En bref

Le Sommet de l’élevage réunit à Cournon-d’Auvergne plusieurs responsables politiques en quête de visibilité auprès du monde agricole. Les éleveurs y défendent des priorités concrètes, comme le revenu, la transmission des exploitations, la santé animale et l’adaptation aux contraintes économiques. La visite peut renforcer une candidature, mais aussi l’exposer aux critiques.

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À quelques mois de l’élection présidentielle, les éleveurs de Cournon-d’Auvergne vont-ils devenir le décor privilégié des candidats ? Du mardi 6 au vendredi 9 octobre 2026, le Sommet de l’élevage accueillera professionnels, responsables politiques et visiteurs autour des filières animales.

Pour les agriculteurs, ce rendez-vous ne se résume pourtant pas aux poignées de main. Revenus, maladies animales, prix d’achat, normes et renouvellement des générations pèsent directement sur l’avenir des exploitations.

Un salon professionnel devenu passage politique obligé

Installé à Cournon-d’Auvergne, dans le Puy-de-Dôme, le Sommet de l’élevage s’est imposé comme l’un des grands rendez-vous européens consacrés à l’élevage. Pour sa 35e édition, les organisateurs attendent 120 000 visiteurs et environ 1 800 exposants.

Le salon met en avant les bovins, les ovins, les équins et les outils utilisés dans les exploitations. Il sert aussi de lieu de discussion sur l’agriculture de demain. En 2026, le pastoralisme et les agricultrices figurent parmi les thèmes mis en avant dans la programmation officielle du Sommet de l’élevage 2026.

Dans ce décor, la présence des responsables politiques prend une dimension particulière. « Un candidat qui ne viendrait pas commettrait une erreur car c’est devenu un passage obligé », estime Flavien Neuvy, maire de Cébazat et président de l’Association des maires du Puy-de-Dôme.

Le département revendique une forte identité agricole. Le Sommet offre donc aux prétendants à l’Élysée une occasion de parler directement aux éleveurs. Il leur permet aussi de montrer qu’ils connaissent les territoires ruraux, au-delà des plateaux de télévision et des grands meetings.

Une succession de visites très surveillées

Plusieurs personnalités doivent se rendre dans les allées du salon. Marine Le Pen, Éric Zemmour et Nicolas Dupont-Aignan sont annoncés le mercredi 7 octobre. Nicolas Dupont-Aignan a confirmé sa venue à partir de 13 heures dans son agenda public.

François Ruffin et Xavier Bertrand sont également attendus. Fabien Roussel doit se déplacer le jeudi, tandis qu’Édouard Philippe est annoncé le vendredi. Gabriel Attal figure lui aussi parmi les responsables susceptibles de venir.

La présence d’Emmanuel Macron reste incertaine. Le président avait renoncé à venir lors de l’édition précédente, dans un contexte politique tendu. Son entourage devra mesurer l’intérêt d’un déplacement face au risque d’une réception difficile.

La ministre de l’Agriculture, attendue au lancement de la manifestation, a pour sa part reporté sa venue. La décision intervient alors qu’une mobilisation de lycéens, soutenue par des syndicats, était organisée au même moment.

Ces ajustements illustrent la fragilité du calendrier politique. Une visite agricole doit être préparée avec précision. Elle peut rapidement être éclipsée par une contestation sociale, une déclaration polémique ou une séquence filmée dans une allée.

Pour les candidats, le terrain agricole ne se résume pas aux selfies

Le président du Sommet, Jacques Chazalet, décrit une organisation désormais habituée à recevoir les délégations politiques. Les équipes sont accueillies, mais elles ne bénéficient pas d’un traitement entièrement personnalisé. Certaines cherchent toutefois à éviter leurs concurrents.

Les candidats viennent d’abord chercher des images. Une poignée de main, une discussion avec un éleveur ou une photographie devant une vache peuvent nourrir les réseaux sociaux pendant plusieurs jours.

Mais cette visibilité ne suffit pas toujours à convaincre. Jacques Chazalet souhaiterait que les responsables politiques organisent davantage de réunions de travail avec les agriculteurs. Il leur recommande aussi de visiter les exploitations, afin de mieux comprendre les contraintes quotidiennes.

Ces contraintes sont concrètes. Une exploitation d’élevage doit financer ses bâtiments, nourrir ses animaux, gérer les aléas climatiques et respecter des règles sanitaires strictes. Elle dépend aussi des prix fixés par l’aval de la filière, notamment les abattoirs, les coopératives et la grande distribution.

Les difficultés ne sont pas identiques pour tous. Une grande exploitation peut parfois investir plus facilement dans la mécanisation ou la mise aux normes. Une petite structure familiale dispose de moins de marges financières et dépend davantage du travail de quelques personnes.

Dans les zones éloignées des centres urbains, les éleveurs doivent aussi composer avec le manque de services, l’accès aux soins vétérinaires et les difficultés de recrutement. Le renouvellement des générations devient alors un enjeu économique, mais aussi territorial.

Une vitrine qui peut se transformer en piège

Le Sommet de l’élevage donne une forte exposition médiatique. Il peut donc renforcer l’image d’un candidat, mais aussi produire l’effet inverse. Les images d’un responsable hué ou pris à partie circulent rapidement sur les téléphones et les réseaux sociaux.

François Hollande en avait fait l’expérience en 2013, avec un accueil marqué par des sifflets. Quatre ans plus tôt, Bruno Le Maire, alors récemment nommé ministre de l’Agriculture, avait vu son entrée bloquée par plusieurs centaines d’agriculteurs en colère.

Pour Flavien Neuvy, le risque est clair : « Si vous êtes hué, pris à partie par la foule, les vidéos filmées au téléphone portable sont partagées sur les réseaux sociaux et ça peut vite tourner au bad buzz. »

La politique de la chaise vide peut donc sembler plus prudente. Elle prive toutefois les candidats d’un contact direct avec un secteur qui pèse dans de nombreux territoires ruraux.

À l’inverse, certains responsables bénéficient d’une relation plus naturelle avec le monde agricole. Jacques Chazalet cite notamment Jacques Chirac, dont les origines corréziennes facilitaient le dialogue avec les éleveurs. Cette proximité ne se décrète pas au moment d’une campagne.

Une gauche moins visible, mais pas absente des débats

Les rangs de la gauche devraient être moins fournis. La primaire socialiste mobilise plusieurs responsables. François Hollande, désormais député de Corrèze, pourrait néanmoins créer la surprise.

Jean-Luc Mélenchon devrait une nouvelle fois ne pas participer au salon. Le dirigeant de La France insoumise critique régulièrement ce type de manifestation, qu’il considère comme une vitrine réductrice de l’agriculture.

Son absence peut aussi s’expliquer par un calcul électoral. Les visiteurs du Sommet ne représentent pas nécessairement le cœur de son électorat. Pourtant, ne pas venir laisse le terrain à d’autres forces politiques, notamment à droite et à l’extrême droite.

Cette présence inégale pose une question plus large. Les candidats parlent-ils réellement à l’ensemble du monde agricole, ou ciblent-ils surtout les exploitations et les territoires les plus visibles ? Les salariés agricoles, les petits producteurs et les filières les plus fragiles risquent de rester en retrait de la scène.

Les prochaines étapes à suivre

Le Sommet ouvrira ses portes le mardi 6 octobre à 8 h 30. Les déplacements des responsables politiques s’échelonneront jusqu’au vendredi 9 octobre, date de clôture du salon.

Il faudra surtout observer le contenu des échanges. Les candidats parleront-ils du revenu agricole, de la transmission des exploitations, de la souveraineté alimentaire et de la santé animale ? Ou privilégieront-ils les images rapides et les annonces générales ?

La réponse se dessinera dans les allées de Cournon-d’Auvergne. Pour les éleveurs, l’enjeu ne sera pas seulement de savoir qui viendra. Il sera aussi de voir qui acceptera de rester assez longtemps pour écouter.

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