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ÉLECTIONS La bataille pour la deuxième place

Présidentielle 2027 : les candidatures au centre peuvent-elles changer le choix des électeurs face au RN ?

Dans les cinq scénarios testés, Marine Le Pen arrive en tête des intentions de vote, tandis que Jean-Luc Mélenchon occupe la deuxième place. Les résultats varient toutefois selon le nombre de candidats du centre et ne préjugent pas du scrutin.

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En bref

Une enquête menée auprès de 2 004 électeurs du 5 au 8 octobre place Marine Le Pen entre 35 % et 37 % des intentions de vote, devant Jean-Luc Mélenchon, crédité de 18 % à 19 %. Les scores d’Édouard Philippe et de Gabriel Attal varient selon les candidatures testées au centre. Ces résultats décrivent un rapport de force à un moment donné, pas une prévision du vote de 2027.

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Un vote pour son candidat préféré, ou un vote pour empêcher un duel redouté ? À l’approche de la présidentielle de 2027, cette question prend du poids dans un paysage électoral fragmenté.

Le sondage Toluna Harris Interactive publié le 12 octobre 2026 place Marine Le Pen nettement devant ses concurrents. Mais son enseignement dépasse cette avance : les candidatures concurrentes au centre modifient sensiblement la course à la deuxième place. Et les chiffres disponibles ne permettent pas de désigner le prochain président.

Deux places au second tour, plusieurs camps en concurrence

La règle présidentielle transforme les divisions politiques en enjeu décisif. Si personne n’obtient la majorité absolue au premier tour, seuls les deux candidats arrivés en tête peuvent poursuivre. Le fonctionnement du scrutin présidentiel à deux tours explique pourquoi des candidatures proches peuvent se concurrencer autant qu’elles affrontent leurs adversaires.

Dans les cinq configurations testées, Marine Le Pen recueille entre 35 % et 37 % des intentions de vote. Jean-Luc Mélenchon suit avec 18 % à 19 %. Il occupe donc, dans chaque hypothèse, la deuxième place ouvrant l’accès au second tour.

Ces résultats décrivent des choix déclarés face à des listes précises de candidats. Ils ne représentent ni des bulletins déjà déposés, ni un pourcentage de l’ensemble des Français. Les candidatures définitives, la participation et la campagne peuvent encore modifier ce rapport de force.

L’enquête repose sur 2 004 personnes inscrites sur les listes électorales, issues d’un échantillon représentatif de 2 348 adultes. Toluna Harris Interactive les a interrogées en ligne du 5 au 8 octobre 2026. L’institut utilise des quotas et des redressements selon le sexe, l’âge, la catégorie socioprofessionnelle et la région.

Au centre, les candidatures concurrentes changent la donne

Édouard Philippe obtient 13 % lorsque Gabriel Attal figure également parmi les candidats proposés. Lorsqu’il représente seul le bloc central, son score atteint 17 %. Il se rapproche alors de Jean-Luc Mélenchon, sans le dépasser dans cette enquête.

Gabriel Attal recueille, lui, 5 % en présence d’Édouard Philippe et 12 % lorsqu’il constitue l’unique candidature du centre. La comparaison donne un avantage à l’ancien premier ministre dans les configurations étudiées. Elle fournit aussi un argument aux partisans d’une candidature centrale unique.

Pour autant, retirer un candidat ne garantit pas que tous ses électeurs rejoindront un autre représentant du même camp. Les écarts entre scénarios ne constituent pas une réserve de voix automatiquement transférable. Les préférences personnelles et les désaccords politiques comptent également.

Bruno Retailleau recueille entre 7 % et 10 %. Son meilleur résultat apparaît lorsque Gabriel Attal porte seul les couleurs du centre. Cette variation illustre une autre concurrence : celle entre la droite et le bloc central pour attirer une partie des mêmes électeurs.

Raphaël Glucksmann se situe entre 10 % et 11 %. Le terrain du sondage précède sa désignation comme candidat social-démocrate à l’issue de la primaire PS-Place Publique. Ces chiffres ne mesurent donc pas l’effet éventuel de cette victoire sur sa candidature.

Les plus petits candidats face à la pression du vote utile

Les autres candidatures obtiennent des scores plus modestes : 2 % à 3 % pour Fabien Roussel, 3 % à 5 % pour Marine Tondelier. Éric Zemmour rassemble 4 % à 5 %, tandis que Nicolas Dupont-Aignan atteint 2 %.

La lecture stratégique de ces résultats favorise les candidats les mieux placés dans chaque espace politique. Jean-Luc Mélenchon peut apparaître comme le candidat de gauche le plus proche d’une qualification. Édouard Philippe bénéficie, au centre, de la comparaison avec Gabriel Attal.

Mais cette logique possède une contrepartie pour les électeurs. Choisir le candidat présenté comme le mieux placé peut conduire à renoncer à celui dont le programme correspond davantage à leurs attentes. Les formations moins bien classées affrontent ainsi une pression particulière : défendre leur offre politique tout en répondant à l’argument du vote utile.

Le précédent de 2022 rappelle l’importance de la deuxième place. Au premier tour du 10 avril, Marine Le Pen avait obtenu 23,15 % des suffrages, contre 21,95 % pour Jean-Luc Mélenchon. Les résultats officiels de la présidentielle de 2022 montrent qu’un écart de 1,2 point avait séparé leurs deux candidatures. Ce précédent éclaire l’enjeu, sans prédire 2027.

Marine Le Pen mieux évaluée que Jordan Bardella

L’enquête mesure également l’image des deux principales figures du RN. Parmi les personnes interrogées, 51 % estiment que Marine Le Pen ferait une bonne présidente de la République. Cela représente une hausse de six points par rapport à juillet. Jordan Bardella recueille 47 % sur cette question.

Concernant la capacité à tenir leurs engagements, Marine Le Pen atteint 54 %, également en hausse de six points. Jordan Bardella obtient 50 %. Enfin, 73 % jugent Marine Le Pen ambitieuse, contre 69 % pour Jordan Bardella. Ce dernier qualificatif ne constitue toutefois pas, à lui seul, une appréciation favorable.

Ces résultats interviennent après des révélations concernant des propos antisémites attribués à Jordan Bardella dans sa jeunesse. Ils donnent au RN un tableau électoral favorable. Ils ne suffisent cependant pas à démontrer que cette affaire n’a eu aucun effet.

Une enquête ne permet pas d’isoler toutes les causes d’une évolution d’opinion. La progression de Marine Le Pen et les écarts avec Jordan Bardella ne prouvent donc pas un lien causal avec ces révélations. Surtout, intentions de vote et jugements sur une personnalité répondent à des questions différentes.

Une avance mesurée, pas une victoire annoncée

La Commission des sondages apporte un garde-fou à toute lecture trop définitive. Dans son rapport sur le contrôle des sondages et leurs marges d’incertitude, elle rappelle l’utilité de ces marges pour relativiser les résultats. Des écarts limités demandent davantage de prudence qu’une avance importante.

Marine Le Pen dispose ici d’une nette avance au premier tour. En revanche, les chiffres présentés ne renseignent pas sur l’issue d’un second tour contre Jean-Luc Mélenchon. Ils ne permettent pas non plus de connaître les reports de voix des électeurs du centre, de la droite ou des autres candidatures de gauche.

Dans les prochaines semaines, deux éléments seront particulièrement instructifs : les choix de candidature au centre et les enquêtes réalisées après la primaire sociale-démocrate. Ils permettront d’observer si la sélection des candidats transforme les équilibres mesurés début octobre, notamment dans la course à la deuxième place.

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