Pourquoi cette initiative compte
À moins de deux ans de la présidentielle, une question domine déjà à droite radicale : qui peut encore incarner une offre politique crédible en 2027 ? Sarah Knafo avance une réponse simple en apparence. Elle lance une consultation des Français pour faire remonter des idées, des priorités et, au bout du compte, bâtir un programme. La présidentielle est bien prévue en 2027, et la convocation des électeurs doit intervenir au moins dix semaines avant le premier tour, sauf cas exceptionnel.
Les faits
Députée européenne élue en 2024, Sarah Knafo siège au Parlement européen pour Reconquête, dans le groupe « L’Europe des nations souveraines », où elle est aussi vice-présidente de groupe. Elle a lancé « Le Programme pour la France », une plateforme participative pensée comme un mélange de consultation numérique et de terrain. Le dispositif doit recueillir des propositions via des rencontres, des échanges en ligne et des contributions directes. Le lancement s’accompagne d’une tournée de déplacements, avec une première étape annoncée à Strasbourg le 29 avril 2026.
Officiellement, elle affirme ne pas être candidate à l’élection présidentielle. Mais le décor est déjà posé comme celui d’une pré-campagne. Le site met en avant une logique de collecte d’idées, avec des rubriques de contribution, de vote et d’analyse. Il sert aussi à prolonger la présence politique de Reconquête après la séquence des municipales à Paris, où Sarah Knafo a d’abord recueilli 10,4 % des voix au premier tour avant de se retirer du second.
Ce que ça change concrètement
Politiquement, cette consultation a un double effet. Pour Sarah Knafo, elle lui permet d’occuper le terrain sans annoncer tout de suite une candidature. Pour Reconquête, elle offre un moyen de garder une existence autonome face au RN, qui domine plus largement l’espace de la droite radicale. En pratique, cette méthode peut aussi servir à trier les thèmes les plus porteurs avant 2027 : immigration, sécurité, dépenses publiques, pouvoir d’achat. Le bénéfice est clair pour une formation qui veut apparaître plus moderne, plus connectée et moins dépendante d’un chef unique. Le risque l’est tout autant : un dispositif participatif peut donner l’image d’une campagne déguisée si la décision finale semble déjà écrite.
Le profil de l’initiative compte aussi. Sarah Knafo n’agit pas depuis une position extérieure au jeu politique, mais depuis le Parlement européen, où elle dispose d’une visibilité institutionnelle et d’une assise militante. Cela lui permet de parler à la fois comme élue et comme potentielle cheffe de file. En face, les adversaires n’ont pas le même intérêt. Pour le RN, une montée en puissance de Knafo peut fragmenter un espace électoral déjà disputé. Pour la droite classique, elle remet sur la table la question des alliances, alors que les calculs locaux pèsent déjà lourd à l’approche des municipales de mars 2026.
Les divergences et les enjeux
Dans l’entourage de Reconquête, certains présentent cette séquence comme une stratégie de fond, conçue pour sortir des batailles d’ego. Chez les concurrents, la lecture est moins charitable. Un cadre du RN y voit surtout une façon de prendre la place d’Éric Zemmour, tout en gardant l’ombre du fondateur derrière elle. Cette tension dit quelque chose de plus large : à droite radicale, la personnalisation reste un atout, mais aussi une fragilité. Une figure neuve peut élargir l’audience. Elle peut aussi exposer plus vite les limites d’un parti encore peu implanté localement.
Le fond du problème est là. Une consultation citoyenne ne vaut pas seulement par le nombre de visiteurs affichés. Elle se juge à sa capacité à transformer des colères dispersées en arbitrages précis. Si les propositions remontées convergent vers les thèmes classiques de Reconquête, la plateforme servira surtout de caisse de résonance. Si elle fait émerger d’autres sujets, plus sociaux ou plus locaux, elle pourra élargir le périmètre du discours. Dans les deux cas, le dispositif parle d’abord à un électorat en quête d’alternative, de lisibilité et d’un cap clair.
Horizon
La suite se jouera sur deux tempos. À court terme, il faudra surveiller les étapes de la tournée annoncée et les thèmes qui remontent sur la plateforme. À plus long terme, la vraie question reste entière : Sarah Knafo utilisera-t-elle cette consultation comme un simple outil d’influence, ou comme le socle d’une candidature à la présidentielle de 2027 ? Pour l’instant, elle dit non. Mais sa séquence politique, elle, ressemble déjà à un lancement de campagne.












