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PRéSIDENTIELLE

Présidentielle 2027 : comment Édouard Philippe tente de réinventer la campagne en connectant 9500 Français depuis son salon

Depuis son domicile du Havre, le candidat Horizons a relié 953 salons et près de 9 500 participants en visioconférence. Un format inédit qui interroge sur la capacité de la campagne numérique à bousculer les codes de la présidentielle.

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Peut-on lancer une campagne présidentielle en chaussons, depuis son canapé, devant un écran d’ordinateur ? Édouard Philippe a tenté le pari jeudi soir, en connectant simultanément 953 salons répartis dans toute la France. Près de 9 500 personnes y ont participé. Plus qu’une salle de meeting classique, sans quitter leur domicile.

L’ancien Premier ministre, candidat déclaré depuis septembre 2024 pour la présidentielle de 2027, a organisé ce qu’il appelle « la plus grande réunion d’appartement de France ». Le principe est simple : un militant invite chez lui une dizaine de voisins, amis ou curieux. Tous se connectent en visio. Philippe prend la parole depuis son domicile havrais, répond aux questions, échange. Le format existait déjà dans ses campagnes municipales, à l’échelle d’un quartier. Cette fois, il a été dupliqué à l’échelle nationale.

Un format pensé pour les indécis

L’opération a démarré à 20 heures, en pleine canicule, dans une ambiance que certains observateurs n’ont pas tardé à qualifier d’« apéro-zoom ». Derrière la décontraction affichée, la mécanique était rodée : chaque hôte avait reçu un kit d’organisation, un lien de connexion et des consignes de modération. L’objectif, selon l’entourage du candidat, était de « toucher des gens qui ne sont pas encore décidés de leur vote » et qui ne mettraient jamais les pieds dans un meeting traditionnel.

Le chiffre de 9 500 participants dépasse la jauge de la plupart des salles de rassemblement politique en France. Reste que la comparaison a ses limites. Un meeting crée une dynamique collective, une énergie de foule, des images pour les chaînes d’information. Une visioconférence, aussi massive soit-elle, produit un tout autre effet. Les images du candidat seul face à son écran, dans un salon ordinaire, tranchent avec les codes habituels de la campagne présidentielle.

Une montée en puissance calculée

Cette « réunion d’appartement géante » s’inscrit dans un calendrier précis. Le 10 mai, lors du Conseil national d’Horizons à Reims, Philippe avait esquissé les contours de sa campagne. Une direction collégiale a été formée autour de Christophe Béchu, secrétaire général du parti et maire d’Angers, et de Gilles Boyer, proche de longue date du candidat. Le premier grand meeting est programmé le 5 juillet à Paris. La visio du 25 juin servait donc de rampe de lancement, dix jours avant le rendez-vous physique.

Philippe revendique aujourd’hui environ 40 000 adhérents à Horizons, avec un objectif de 50 000 d’ici au meeting parisien. Son parti promet déjà de rééditer l’exercice en septembre, peut-être avec un invité. Le format connecté est assumé comme un outil durable de la stratégie présidentielle, pas comme un gadget ponctuel.

Dans les sondages, une avance fragile

Sur le terrain des intentions de vote, le candidat Horizons conserve une longueur d’avance sur ses rivaux du centre et de la droite. Le dernier baromètre Ifop-Fiducial, publié le 25 juin, le crédite de 19 à 20 % au premier tour, contre 36 à 37 % pour Jordan Bardella. Gabriel Attal, ancien Premier ministre et candidat de Renaissance depuis mars 2026, se situe entre 8,5 et 14,5 % selon les configurations. Bruno Retailleau, désigné par les adhérents LR en avril, plafonne sous les 10 %.

Selon un sondage Ifop pour Marianne, environ 45 % des Français préféreraient un second tour opposant Philippe à Bardella. C’est le duel le plus souhaité, devant celui qui mettrait face à face Attal et le président du RN.

Mais la tendance n’est pas univoque. Le baromètre Odoxa de mai relevait un recul de Philippe et une progression de Jean-Luc Mélenchon, dont l’écart avec le candidat Horizons s’est réduit à un point dans certaines configurations. L’argument « seul Philippe peut battre le RN au second tour » tient encore dans les sondages de second tour, où il l’emporte de justesse (51,5 % contre 48,5 % selon Elabe en mars). Mais la marge se resserre.

« Réunions Tupperware » et angles morts

Le format n’a pas échappé aux critiques. Sur les réseaux sociaux et les plateaux, l’expression « réunion Tupperware » a circulé pour moquer l’initiative. La journaliste Hélène Roué, sur le plateau de CNews, a souligné le décalage entre l’exercice et l’actualité brûlante du moment, notamment la mort du jeune Louis qui monopolisait le débat public. Une manière de rappeler que le timing d’une opération de communication ne se maîtrise pas toujours.

Philippe fait également face à une actualité judiciaire. Deux juges d’instruction ont été désignés pour enquêter sur la gestion de la Cité numérique du Havre, un dossier suivi par le Parquet national financier. Le candidat n’a pas été mis en examen à ce stade, mais l’existence de l’enquête alimente les attaques de ses concurrents, à droite comme à gauche.

Trois candidatures, un seul second tour

Le vrai sujet de cette séquence dépasse la visio du 25 juin. Il concerne la dispersion du centre et de la droite. Philippe, Attal et Retailleau avancent chacun avec leur stratégie, leur appareil et leur électorat cible. Philippe assume une droite libérale et gestionnaire. Attal tente de capter l’héritage macroniste. Retailleau pousse sur l’autorité et le régalien. Trois offres pour un espace électoral que les sondages situent entre 30 et 40 % au total, largement insuffisant pour placer deux candidats au second tour.

Philippe a exclu toute participation à une primaire. Attal et lui ont conclu un « pacte de gentlemen » : le moins bien placé se retirerait si les sondages dessinaient un second tour RN-LFI. Mais ce pacte reste flou dans ses modalités et son calendrier. Et Retailleau, lui, n’y est pas partie.

Le prochain test de vérité interviendra le 5 juillet. La jauge de la salle parisienne, la composition du public et les ralliements annoncés ce soir-là donneront une première mesure de la capacité de Philippe à transformer ses 9 500 connexions en dynamique de campagne réelle. En attendant, la cour d’appel doit encore rendre son verdict sur l’inéligibilité de Marine Le Pen, une décision qui pourrait rebattre l’ensemble des cartes avant l’été.

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