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ÉLECTIONS La gauche au pied du mur

Primaire à gauche : le duel Faure-Glucksmann révèle le choix décisif entre alliance avec LFI et autonomie politique

Le deuxième débat de la primaire de la gauche a confirmé le duel entre Olivier Faure et Raphaël Glucksmann. Gaza, LFI, économie et stratégie face au RN ont exposé deux visions concurrentes pour 2027.

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En bref

Le deuxième débat de la primaire sociale-démocrate a opposé Olivier Faure et Raphaël Glucksmann sur la place de La France insoumise, la situation à Gaza et la stratégie face au Rassemblement national. Les cinq candidats devront encore convaincre avant le vote des 9 et 10 octobre, puis désigner leur représentant pour la présidentielle de 2027.

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Pour les électeurs qui cherchent une alternative à Emmanuel Macron et à l’extrême droite, une question domine cette primaire : la gauche sociale-démocrate doit-elle se rapprocher de La France insoumise pour espérer gagner, ou s’en éloigner pour conserver une ligne politique claire ? Le deuxième débat entre les cinq candidats n’a pas tranché. Il a surtout durci les désaccords.

Une primaire censée départager des lignes politiques

Raphaël Glucksmann, Olivier Faure, Ségolène Royal, Jérôme Guedj et Emmanuel Maurel sont engagés dans une primaire organisée par plusieurs forces de la gauche sociale-démocrate. Le premier tour est prévu les 9 et 10 octobre 2026. Un second tour est programmé les 16 et 17 octobre si aucun candidat n’obtient la majorité.

Cette compétition ne porte donc pas seulement sur un nom. Elle doit aussi déterminer la stratégie de la gauche pour la présidentielle de 2027. Faut-il construire un rassemblement large, incluant La France insoumise ? Ou proposer une offre distincte, plus nettement européenne, républicaine et sociale-démocrate ?

Le premier débat, organisé une semaine plus tôt, avait déjà fait apparaître cette fracture. Le deuxième, diffusé jeudi 1er octobre sur France 2 et France Inter, l’a transformée en affrontement direct entre Olivier Faure et Raphaël Glucksmann.

Faure et Glucksmann s’affrontent sur LFI

Le sujet de La France insoumise s’est imposé au centre des échanges. Olivier Faure a dénoncé « l’éléphant dans la pièce » que représenterait Jean-Luc Mélenchon. Selon lui, les débats de la primaire donnent trop de place au dirigeant insoumis, alors qu’il ne participe pas au scrutin.

Le premier secrétaire du Parti socialiste a surtout défendu une logique de rassemblement. Son raisonnement est simple : pour gagner les élections législatives et empêcher le Rassemblement national d’accéder au pouvoir, les partis de gauche devront être capables de conclure des accords. Il a aussi évoqué l’hypothèse d’un second tour présidentiel opposant Jean-Luc Mélenchon à Marine Le Pen.

Raphaël Glucksmann refuse cette approche. Il estime qu’une stratégie fondée d’abord sur les alliances risque d’effacer le projet politique présenté aux électeurs. « Tu es habité par l’esprit de défaite », lui a-t-il lancé. L’eurodéputé de Place publique veut se présenter comme un candidat visant directement la victoire présidentielle, et non comme un simple point d’équilibre entre les forces de gauche.

« Moi je veux gagner cette élection pour être élu président de la République », a-t-il insisté. Olivier Faure lui a répondu qu’il partageait cet objectif. Raphaël Glucksmann a alors répliqué : « Je ne crois pas. »

Jérôme Guedj a également attaqué le dirigeant socialiste. Il lui a reproché de mettre « toute la gauche dans la panade » en cherchant à préserver un rapprochement avec LFI. L’image utilisée, celle d’une « danse du ventre » devant La France insoumise, résume la tension entre les deux stratégies.

Olivier Faure a défendu son bilan à la tête du PS. Il a rappelé avoir repris un parti très affaibli et s’est présenté comme le seul candidat capable de réunir l’ensemble des forces de gauche. En retour, il a ciblé Raphaël Glucksmann sur la présence d’anciens macronistes dans son entourage. Sa critique est politique : selon lui, on ne peut pas prétendre rompre avec la politique actuelle tout en s’appuyant sur certains de ceux qui l’ont menée.

Gaza, une fracture sur les mots et sur la méthode

Le débat a aussi été marqué par les désaccords sur la situation à Gaza. Olivier Faure a défendu l’emploi du terme « génocide » pour qualifier les opérations militaires israéliennes. Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj refusent, eux, d’utiliser cette qualification.

Pour Raphaël Glucksmann, la précision des mots est indispensable. Il a reproché à Olivier Faure de transformer un terme juridique et politique en instrument de confrontation. « Ce que tu fais est obscène », lui a-t-il lancé.

Ségolène Royal a adopté une position plus nuancée que lors du premier débat. Elle a dit comprendre ceux qui ne veulent pas employer le mot « génocide », tout en rappelant que des ministres israéliens ont eux-mêmes tenu des propos appelant, selon elle, à la destruction des Palestiniens de Gaza.

Cette séquence révèle une difficulté plus large. Les candidats partagent des critiques sur la situation humanitaire et sur la politique du gouvernement israélien, mais ils ne s’accordent ni sur le vocabulaire, ni sur la responsabilité politique à mettre en avant. Olivier Faure réclame notamment une pression européenne accrue sur Israël. Raphaël Glucksmann et Jérôme Guedj veulent éviter que le débat français importe directement les clivages du conflit.

Économie, violences et front républicain

Raphaël Glucksmann a également été mis en difficulté sur sa proposition de baisse de la contribution sociale généralisée, ou CSG, pour certains salaires. La CSG est un prélèvement qui finance notamment la protection sociale. Ses adversaires ont contesté le ciblage de la mesure et sa capacité à produire un gain réel pour les ménages.

Sur les violences apparues en marge de mobilisations lycéennes, les cinq candidats ont condamné les dégradations et les agressions. Ils ont aussi dénoncé les violences commises par certains policiers. Tous ont refusé de réduire ces tensions à la seule responsabilité de La France insoumise, comme le font le gouvernement et la droite.

Les candidats se sont enfin accordés pour considérer Jordan Bardella comme « disqualifié », après des accusations d’antisémitisme relayées par le journal Mediapart. Ce consensus ne signifie pas qu’ils partagent la même stratégie face au Rassemblement national. Il montre plutôt que la question du barrage à l’extrême droite reste un point de rassemblement minimal, alors que les modalités de ce barrage divisent profondément la gauche.

Une primaire entre clarté idéologique et efficacité électorale

Le principal enjeu oppose désormais deux visions. Raphaël Glucksmann mise sur une gauche autonome, clairement séparée de LFI et capable de convaincre des électeurs progressistes éloignés de Jean-Luc Mélenchon. Cette stratégie peut rassurer les électeurs attachés à l’Europe, au soutien à l’Ukraine et à une ligne républicaine stricte.

Olivier Faure privilégie au contraire la capacité à additionner les forces. Cette orientation peut faciliter des accords électoraux dans les circonscriptions et limiter la dispersion des voix. Mais elle expose le PS à une critique récurrente : celle d’une dépendance politique à l’égard de La France insoumise.

Les petits partis et les candidats moins installés sont placés devant le même dilemme. Une alliance leur donne davantage de chances d’obtenir des élus. En revanche, elle peut les contraindre à défendre des positions qu’une partie de leur électorat rejette. Pour les électeurs, le choix de la primaire sera donc aussi un choix entre cohérence programmatique et efficacité électorale.

Le dernier débat avant le vote

Le troisième et dernier débat télévisé est prévu dimanche 4 octobre 2026 sur BFMTV. Il interviendra quelques jours avant le premier tour de la primaire, organisé les 9 et 10 octobre.

Les candidats devront alors préciser leurs propositions économiques, leur stratégie d’alliance et leur position sur les crises internationales. Surtout, ils devront répondre à une question devenue incontournable : veulent-ils construire une candidature de rupture avec La France insoumise, ou préparer dès maintenant les conditions d’un rassemblement électoral plus large ?

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