Primaire de la gauche hors LFI : les écologistes consultent leurs militants, mais le scénario divise déjà les alliés
Les Écologistes ouvrent une consultation interne début juillet sur une primaire de la gauche hors LFI. Mais le PS, Raphaël Glucksmann et plusieurs opposants internes fragilisent déjà le projet.

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Une question simple, mais une réponse compliquée
À gauche, la présidentielle de 2027 se joue déjà sur une chose très concrète : qui sera capable de se mettre d’accord sans se déchirer ? Pour Les Écologistes, la réponse n’est toujours pas claire. Le parti de Marine Tondelier veut consulter ses militants début juillet sur l’idée d’une primaire rassemblant la gauche hors LFI, alors même que le projet reste contesté de l’intérieur et qu’il avance dans un climat de défiance.
Cette bataille n’est pas seulement tactique. Elle dit quelque chose de plus profond : la gauche non mélenchoniste cherche une méthode pour exister face à Jean-Luc Mélenchon, mais aussi face à un Rassemblement national qui reste l’autre grand pôle de la présidentielle. Le problème, c’est que la méthode divise autant qu’elle rassemble.
Ce que veulent faire Les Écologistes
Le bureau politique des Écologistes a réaffirmé, le 9 juin, son souhait de « réaliser une primaire rassemblant la gauche et les écologistes ». En parallèle, il a prévu une consultation des militants « durant la première semaine de juillet » sur ce principe. Le parti ajoute toutefois une porte de sortie très nette : si cette option n’aboutit pas, il mènera sa campagne présidentielle autour de ses valeurs, de ses idées et de sa candidate Marine Tondelier.
Cette position n’est pas sortie de nulle part. Dès janvier, les Écologistes avaient déjà annoncé qu’une candidature commune de la gauche et des écologistes serait désignée le 11 octobre 2026, avec des règles précises de participation. Le texte parlait d’un scrutin « inclusif » et ouvert à la société civile. Autrement dit, l’ambition était de construire un mécanisme large, pas une simple entente entre appareils.
Marine Tondelier a donc pris le pari d’un processus collectif. Elle défend l’idée qu’une gauche éclatée n’offre aucune chance sérieuse à 2027. Dans ce cadre, la primaire doit servir d’arbitre. Elle doit surtout éviter que chaque famille parte seule au combat.
Pourquoi le projet patine
Le premier obstacle vient du Parti socialiste. Olivier Faure, réélu premier secrétaire en juin 2025 avec 51,15 % des voix, reste favorable à une primaire ou à une désignation commune. Mais il dirige un parti traversé par de fortes résistances internes. Et sur un point au moins, sa ligne est claire : il n’y aura « aucune possibilité d’accord national » avec LFI pour 2027.
Ce refus de LFI compte beaucoup. Il borne le périmètre de l’union possible. Il oblige les écologistes et les socialistes à imaginer un rassemblement sans Jean-Luc Mélenchon, donc sans la principale force de gauche dans les urnes de 2022. En pratique, cela réduit le champ des candidats potentiels, mais pas celui des susceptibilités.
Le deuxième blocage vient de Raphaël Glucksmann. Le dirigeant de Place publique, l’un des mieux placés dans les sondages à gauche, refuse toujours la primaire. Fin avril, il a réaffirmé que sa décision était « totalement irrévocable ». Début juin, son entourage disait encore qu’il n’était pas favorable à une « double primaire », d’abord interne aux sociaux-démocrates puis ouverte à toute la gauche hors LFI.
Ce que cela change, concrètement
Pour Marine Tondelier, l’enjeu est double. Si la primaire aboutit, elle peut revendiquer le rôle de rassembleuse et transformer sa ligne en victoire politique. Si elle échoue, elle devra expliquer pourquoi elle a investi autant d’énergie dans un mécanisme que plusieurs acteurs clés refusent déjà. C’est aussi pour cela que des opposants internes lui demandent d’anticiper un échec possible. Ils ne veulent pas que le parti s’enferme trop tôt dans une stratégie incertaine.
Pour le Parti socialiste, la primaire est un pari d’équilibriste. Elle peut l’aider à redevenir le centre de gravité de la gauche non mélenchoniste. Mais elle peut aussi accentuer ses fractures. Les socialistes qui refusent de remettre leur sort entre les mains d’un vote commun craignent de voir leur candidat émerger affaibli, ou d’être entraînés dans une mécanique qui ne réglerait pas la question de fond : quel cap politique, et avec qui ?
Pour Place publique, le calcul est différent. Raphaël Glucksmann semble miser sur une ligne autonome : une gauche crédible, mais sans primaire, et surtout sans accord avec LFI. Sa stratégie bénéficie à ceux qui veulent une offre plus lisible pour l’électorat modéré. Mais elle fragilise mécaniquement toute logique de désignation commune. Dans les faits, elle pousse les autres à choisir entre rassemblement et clarification.
Pour les électeurs de gauche, le vrai sujet est là. Une primaire peut produire de la clarté, à condition que les principaux prétendants acceptent d’y entrer. Sinon, elle risque de devenir un outil de plus dans une guerre d’appareil. Et pendant que les partis hésitent, l’extrême droite garde l’avantage d’une campagne déjà structurée.
Les lignes de fracture à surveiller
La première fracture est interne aux Écologistes. Le parti porte officiellement la primaire, mais plusieurs opposants jugent la stratégie trop fragile. Ils demandent une clarification rapide. Leur objectif est simple : ne pas laisser Marine Tondelier engager toute la machine du parti dans une voie qui pourrait se refermer brutalement à l’automne.
La deuxième fracture passe au PS. Olivier Faure pousse vers l’union, mais une partie de son camp redoute un mécanisme qui ne garantirait ni l’autorité du vainqueur ni la cohérence du projet. Les semaines qui viennent diront si le PS veut un candidat commun, ou une stratégie de construction plus classique, en plusieurs temps.
La troisième fracture concerne Raphaël Glucksmann. Tant qu’il maintient son refus, la primaire perd son principal point d’attraction au centre gauche. S’il confirme cette ligne, l’espace d’une candidature commune se rétrécira encore. S’il change d’avis, le rapport de force à gauche pourrait être bouleversé d’un coup.
Le prochain rendez-vous est donc politique avant d’être technique. Début juillet, les militants écologistes devront se prononcer. Puis viendront les arbitrages des autres familles de gauche. C’est à ce moment-là que l’on saura si la primaire de 2027 devient un instrument de rassemblement, ou le symptôme d’une gauche qui cherche encore sa formule.



