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ÉLECTIONS Le choix, avant le rassemblement

Primaire sociale-démocrate : Glucksmann gagne largement, mais devra encore convaincre une gauche divisée sur LFI

Avec 66,13 % des voix, Raphaël Glucksmann remporte la primaire sociale-démocrate dès le premier tour. Mais les désaccords sur une alliance avec La France insoumise et la faible ampleur du scrutin compliquent le rassemblement à gauche.

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En bref

Raphaël Glucksmann a remporté la primaire organisée par le PS, Place publique et la Gauche républicaine et socialiste avec 66,13 % des suffrages. Cette victoire lui confie la candidature soutenue par ces formations, mais ne règle pas les désaccords sur une alliance avec LFI. Le nombre limité de votants rappelle aussi que la primaire ne représente pas toute la gauche.

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Quel candidat représentera les électeurs de gauche qui ne se reconnaissent pas dans La France insoumise ? La primaire sociale-démocrate apporte une réponse nette, sans régler la question du rassemblement.

Une victoire nette, dans un périmètre limité

Raphaël Glucksmann a remporté, dimanche 11 octobre 2026, la primaire organisée par le Parti socialiste, Place publique et La Gauche républicaine et socialiste. Avec 66,13 % des suffrages, l’eurodéputé obtient la désignation dès le premier tour, selon les résultats annoncés par Patrick Mennucci, président de la commission d’organisation.

Olivier Faure arrive loin derrière, avec 14,48 %. Ségolène Royal recueille 7,62 %, Emmanuel Maurel 5,92 % et Jérôme Guedj 5,83 %. Ce résultat donne au vainqueur un mandat interne particulièrement solide. Il ne mesure toutefois ni son audience dans l’ensemble du pays, ni sa capacité à réunir toutes les sensibilités de gauche.

Une primaire sert à choisir un candidat avant l’élection nationale. Ici, seuls les adhérents et sympathisants inscrits des trois formations organisatrices participaient au choix. Les électeurs d’autres courants de gauche ne se trouvent donc pas automatiquement représentés par cette désignation.

Glucksmann disposait déjà d’un point d’appui électoral. Aux européennes du 9 juin 2024, la liste qu’il conduisait avait obtenu 13,83 % des suffrages et 13 sièges. Elle devançait LFI, à 9,89 %. Les résultats officiels des élections européennes de 2024 montrent cependant un autre rapport de force : le Rassemblement national atteignait 31,37 %. Une avance à gauche ne constitue pas, à elle seule, une majorité nationale.

Une mobilisation réelle, mais loin des anciennes primaires

Environ 140 000 personnes s’étaient inscrites, contre quelque 90 000 attendues au départ. Il faut distinguer ces inscriptions des bulletins effectivement déposés. Le résultat traduit une mobilisation supérieure aux prévisions, dans un électorat volontaire et limité.

La comparaison historique demande aussi une précision. La primaire qui avait désigné François Hollande s’était tenue en 2011, avant la présidentielle de 2012. Elle avait réuni entre 2,6 et 2,8 millions de votants selon les tours. Celle de 2017, remportée par Benoît Hamon, en avait rassemblé entre 1,6 et 2 millions. Le scrutin actuel reste donc d’une tout autre dimension.

Les modalités de participation comptent également. Les personnes non affiliées pouvaient s’inscrire moyennant 15 euros. Avant le scrutin, Olivier Faure défendait un tarif de 2 euros, tandis que Glucksmann soutenait les règles retenues. Ce désaccord touchait directement l’accessibilité financière du vote, notamment pour les sympathisants aux revenus modestes. Rien ne permet cependant de chiffrer son effet sur la participation.

Enfin, le vote exclusivement électronique a exposé l’organisation à une dépendance technique. Une cyberattaque a ralenti les connexions dès l’ouverture, vendredi 9 octobre. Les organisateurs ont prolongé le scrutin jusqu’au dimanche, à 18 heures. Cet incident souligne un enjeu concret : permettre à chaque inscrit de voter malgré les perturbations de la plateforme.

L’alliance avec LFI reste le principal désaccord

La victoire de Glucksmann tranche une compétition entre personnes. Elle donne aussi davantage de poids à une stratégie : construire une gauche sociale-démocrate distincte de LFI. Pendant les débats, l’eurodéputé a exclu une alliance avec les Insoumis, aussi bien à la présidentielle qu’aux législatives. Jérôme Guedj défendait également cette rupture.

Cette orientation bénéficie politiquement à Place publique et aux socialistes qui souhaitent affirmer leur autonomie. Elle propose aussi un cadre aux électeurs de gauche réticents à soutenir Jean-Luc Mélenchon. En revanche, elle retire aux partisans de l’union la possibilité d’un accord général avec LFI, si cette ligne demeure inchangée. C’est la conséquence stratégique du choix annoncé, non une prévision de son résultat électoral.

Olivier Faure, Ségolène Royal et Emmanuel Maurel ont refusé de fermer la porte à un rapprochement aux législatives. Faure présente le rassemblement comme une réponse au risque de victoire de l’extrême droite. Royal considère, elle, que la confrontation permanente avec LFI remet paradoxalement cette formation au centre du débat.

Les précédents éclairent ce désaccord. Le PS avait participé à la Nupes en 2022, puis au Nouveau Front populaire en 2024. Faure défend la logique de rassemblement à l’Assemblée. À l’inverse, Glucksmann veut rompre avec cette dépendance politique. Les deux positions répondent ainsi à des objectifs différents : coordonner les forces existantes ou reconstruire une offre autonome.

Les divergences dépassent les accords électoraux. Lors du premier débat, Royal a défendu des négociations avec la Russie. Glucksmann a insisté sur l’aide aux Ukrainiens et contesté la volonté du Kremlin de négocier avec les Européens. Le futur rassemblement devra donc composer avec des désaccords de fond, pas seulement avec des rivalités personnelles.

Rassembler les partis, puis convaincre au-delà

Pour le PS, le résultat pose une question particulière : comment soutenir un candidat issu d’une formation alliée sans perdre sa propre visibilité ? Pendant la campagne, Faure avait dénoncé un risque d’« effacement » socialiste. Glucksmann bénéficiait pourtant de soutiens importants dans le parti, notamment parmi ses responsables parlementaires. Le clivage traverse donc aussi le PS lui-même.

La dépendance fonctionne dans les deux sens. Place publique obtient la candidature, mais le rassemblement exige la coopération des autres formations. Pour les dirigeants, l’enjeu concerne la ligne politique et leur place dans la campagne. Pour les sympathisants, il concerne surtout la cohérence du choix proposé après plusieurs débats conflictuels. Cette lecture découle du périmètre de la primaire et des positions défendues pendant celle-ci.

Dans les prochains jours, les prises de position des candidats battus constitueront le premier test. Il faudra surtout surveiller leur participation effective à la campagne et la clarification des relations avec LFI. Glucksmann a remporté la désignation. La construction d’un soutien commun reste, elle, à observer.

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