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ÉLECTIONS La gauche face à ses propres mots

Primaire socialiste : la polémique entre Ségolène Royal et Raphaël Glucksmann menace-t-elle le débat à gauche ?

Accusée d’avoir subi une attaque sexiste, Ségolène Royal a confronté Raphaël Glucksmann lors du dernier débat. Le candidat invoque un échange privé et reconnaît des propos inélégants.

Réunion politique vue par-dessus l’épaule, avec ordinateur portable allumé, micro de table et dossiers dans une salle feutrée.
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En bref

Une vidéo tournée lors d’une réunion politique relance les tensions entre Ségolène Royal et Raphaël Glucksmann. Royal dénonce une attaque à connotation sexuelle, tandis que Glucksmann invoque le caractère privé des échanges et reconnaît que certains propos n’avaient pas leur place dans le débat public. La polémique intervient juste avant le vote de la primaire.

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Une phrase prononcée dans une réunion politique peut-elle rester « privée » lorsqu’elle concerne une candidate et circule ensuite publiquement ? C’est la question posée par la polémique qui oppose Ségolène Royal à Raphaël Glucksmann, à quelques jours du vote de la primaire socialiste.

Une formule qui dépasse le simple désaccord politique

Lors du dernier débat télévisé de la primaire, dimanche 4 octobre, Ségolène Royal a directement interpellé Raphaël Glucksmann. Elle lui reproche d’avoir affirmé, dans une vidéo filmée lors d’une réunion politique, qu’elle avait fait « la danse du ventre » auprès d’Emmanuel Macron.

Pour l’ancienne ministre, cette expression ne relève pas seulement de la critique politique. Elle suggère, selon elle, qu’elle aurait cherché à obtenir des responsabilités en jouant de son image ou de son corps. « Je n’accepte pas qu’une fois de plus on puisse dégrader une femme », a-t-elle déclaré sur le plateau.

Ségolène Royal a parlé d’une « agression à connotation sexuelle ». Elle a également expliqué que les attaques de ce type la renvoyaient aux campagnes présidentielles qu’elle a déjà menées. « J’ai l’habitude des agressions verbales pendant les campagnes, mais venant de vous, ça m’a particulièrement choquée », a-t-elle ajouté.

Raphaël Glucksmann invoque le cadre privé

Raphaël Glucksmann a contesté l’interprétation sexiste de ses propos. Il a soutenu que la vidéo avait été enregistrée dans un cadre privé et qu’elle n’avait pas vocation à devenir publique.

La discussion s’était tenue le 17 septembre devant des cadres socialistes réunis autour du courant de Boris Vallaud. Un lien Zoom permettait également à des participants de suivre les échanges à distance. La séquence a ensuite été diffusée sur les réseaux sociaux.

Le candidat de Place publique a assuré que l’expression « danse du ventre » signifiait, dans son esprit, multiplier les gestes ou les démarches pour obtenir un poste. Il a aussi affirmé qu’il n’y avait « aucune connotation sexiste » dans cette formule.

Face à Ségolène Royal, il a toutefois déclaré : « Je suis vraiment désolé si ces propos ont été perçus comme étant sexistes. Je suis opposé à toute forme de sexisme de manière radicale. » Cette formulation reconnaît l’effet produit, sans admettre l’intention dénoncée par son adversaire.

La notion de cadre privé ne règle donc pas le débat. Une réunion militante n’est pas un meeting public, mais elle reste un moment politique. Les personnes présentes peuvent être des élus, des responsables de parti ou des soutiens engagés dans une campagne. La frontière entre conversation interne et communication publique devient encore plus fragile lorsqu’une caméra ou un téléphone enregistre les échanges.

Une querelle révélatrice des tensions de la primaire

Cette polémique intervient dans une compétition déjà tendue. Les cinq candidats de la primaire socialiste cherchent à incarner une ligne capable de rassembler la gauche sociale-démocrate en vue de l’élection présidentielle de 2027.

Le désaccord entre Ségolène Royal et Raphaël Glucksmann dépasse donc leur échange personnel. Il renvoie à deux rapports différents à la politique. Royal met en avant son expérience gouvernementale, son parcours électoral et le poids des attaques subies par les femmes en campagne. Glucksmann cherche, de son côté, à apparaître comme un candidat de renouvellement, capable de critiquer les anciennes pratiques du Parti socialiste.

La formule utilisée contre Ségolène Royal peut ainsi être comprise par ses soutiens comme une attaque contre une pratique politique jugée trop proche du pouvoir. Mais elle peut aussi être perçue comme une remarque genrée, car elle associe une femme à une attitude de séduction supposée pour expliquer son parcours.

C’est précisément cette différence de lecture qui alimente la controverse. L’intention revendiquée par l’auteur ne suffit pas à effacer la portée d’une expression. Dans le débat public, les mots sont reçus par des adversaires, des militants et des électeurs qui ne partagent pas nécessairement le contexte initial.

La défense de Glucksmann fragilisée par d’autres propos

La séquence ne se limite pas à la phrase visant Ségolène Royal. Dans une autre partie de la même vidéo, Raphaël Glucksmann s’en prend également à Marine Le Pen et à Jean-Luc Mélenchon, avec une expression très vulgaire : « on leur pisse dessus ».

Sur ce point, il a reconnu que ces mots étaient les siens. « Une fois que c’est sorti, j’assume ces propos. Je ne vais pas faire une [Jordan] Bardella. C’était ma voix sur les propos, c’est indéniable », a-t-il déclaré. Il a toutefois admis qu’il ne fallait pas employer ce type de langage dans le débat public.

Cette double séquence complique sa défense. D’un côté, le candidat demande que ses propos soient replacés dans une discussion interne. De l’autre, il reconnaît lui-même que certaines formules ne correspondent pas au niveau de langage attendu d’un responsable politique. Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste, a d’ailleurs estimé que le plus simple était de présenter des excuses.

Le débat porte aussi sur l’égalité de traitement entre les responsables politiques. Les propos tenus hors caméra peuvent-ils être excusés au nom de la spontanéité, alors que les élus et candidats demandent régulièrement aux citoyens de respecter les règles du débat démocratique ? La question se pose avec d’autant plus de force lorsque la scène se déroule devant des militants et des responsables de parti, plutôt que dans un échange strictement familial ou amical.

Un coût politique différent pour chaque candidat

Pour Ségolène Royal, la polémique permet de replacer au centre la question du sexisme en politique. Elle cherche aussi à rappeler que son parcours ne peut pas être résumé à ses relations supposées avec Emmanuel Macron ou à la manière dont elle aurait négocié des responsabilités.

Pour Raphaël Glucksmann, l’enjeu est inverse. Il doit défendre sa capacité à incarner une gauche exigeante sur les principes, sans donner l’impression d’appliquer une règle différente à ses adversaires et à lui-même. Ses soutiens peuvent voir dans cette affaire une polémique secondaire face aux enjeux de la présidentielle. Mais ses opposants y trouvent un exemple de décalage entre le discours public du candidat et ses échanges en réunion.

Les militants socialistes, eux, doivent arbitrer entre plusieurs lignes politiques. Ils ne votent pas seulement pour une personnalité. Ils choisissent aussi un style de campagne, une méthode de rassemblement et une stratégie vis-à-vis du reste de la gauche. Dans ce contexte, chaque phrase peut peser sur l’image d’un candidat, surtout lorsqu’elle nourrit une controverse sur le respect et le sexisme.

Le vote de la primaire en ligne de mire

Les électeurs de la primaire doivent voter les vendredi 9 et samedi 10 octobre. Le dernier débat aura donc servi de confrontation finale avant ce scrutin interne.

Dans les prochains jours, il faudra observer si la polémique reste concentrée sur les réseaux sociaux ou si elle modifie les rapports de force entre les candidats. La question sera également de savoir si Raphaël Glucksmann renouvelle ses excuses, et si Ségolène Royal poursuit cette offensive jusqu’au vote.

Au-delà de leur duel, la primaire devra répondre à une question plus large : quelle gauche veut-elle présenter aux électeurs en 2027, et avec quel niveau d’exigence dans sa manière de débattre ?

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