Pourquoi un jeune de 20 ans irait-il spontanément vers Édouard Philippe, quand d’autres offres politiques lui parlent plus fort, plus vite, et souvent sur son téléphone ? C’est le trou qu’Horizons essaie de combler. Chez les 18-24 ans, l’ancien Premier ministre reste à la peine, alors que cette tranche d’âge compte parmi les plus difficiles à mobiliser dans les scrutins nationaux. En 2022, selon les données de l’Insee sur la participation des 18-29 ans, 23,7 % des jeunes inscrits se sont abstenus à tous les tours des élections nationales et seulement 17,3 % ont voté à chaque scrutin de l’année. Le Cevipof, de son côté, souligne que le scepticisme envers l’utilité du vote reste particulièrement marqué chez les jeunes.
Dans ce décor, les Jeunes Horizons veulent passer à l’offensive. Leur branche jeune prépare, pour la fin avril 2026, une opération de communication pensée comme un kit de débat et de terrain. Le mot d’ordre est clair : occuper les facs, les bars, les plages et les festivals. Le message politique est moins spectaculaire que stratégique. Il s’agit de faire exister le candidat avant même la campagne officielle, et de transformer des sympathisants diffus en relais visibles. Pour Horizons, l’enjeu est double : faire grimper la notoriété d’Édouard Philippe chez les moins de 35 ans, et montrer qu’un parti de centre droit peut encore fabriquer de l’adhésion chez les primo-votants.
Le retard est pourtant réel. Dans plusieurs sondages récents, Édouard Philippe obtient ses plus faibles intentions de vote chez les 18-24 ans, loin derrière Jean-Luc Mélenchon et face à un Rassemblement national qui s’installe aussi dans cette génération. Le constat n’est pas isolé. En 2024, le Cevipof observait déjà que le RN restait très solide chez les jeunes, avec une poussée marquée au second tour des législatives, tandis que la gauche radicale gardait un ancrage fort. Autrement dit, Philippe ne se bat pas seulement contre l’indifférence. Il se bat contre des préférences déjà installées.
Pourquoi TikTok devient un terrain politique
La bataille n’a rien d’anecdotique. Chez les jeunes, le numérique n’est plus un décor, c’est un lieu de socialisation politique. Une enquête de Sciences Po montre que 39 % des jeunes partagent à plusieurs reprises des contenus sur les réseaux sociaux, et que 40 % y expriment leurs opinions. Le Cevipof ajoute que TikTok touche davantage une population jeune : 39 % de ceux qui l’utilisent plusieurs fois par jour ont entre 18 et 24 ans, contre 10 % dans l’échantillon global. En clair, aller sur TikTok n’est pas seulement une question de modernité. C’est une façon de parler là où une partie des jeunes s’informe déjà. Les jeunes et leurs usages politiques en ligne le montrent bien.
Cette logique explique l’intérêt croissant des partis pour les formats courts, les vidéos verticales et les codes d’influence. En France, TikTok revendique près de 25 millions d’utilisateurs actifs mensuels, selon une synthèse relayée par Vie publique. Le réflexe est compréhensible : si l’on veut toucher une génération qui passe par le flux avant de passer par le tract, il faut investir l’écran. Mais l’outil ne fait pas tout. Le Cevipof observe aussi que l’usage des réseaux sociaux ne conduit ni à l’indifférence politique ni à la radicalité mécanique. Il n’y a donc pas de bouton magique. Une présence numérique peut donner de la visibilité. Elle ne remplace pas un contenu crédible.
C’est là que la campagne d’Édouard Philippe se joue vraiment. Chez les jeunes, le vote se construit moins sur des fidélités de longue durée que sur des causes et des intérêts concrets. Sciences Po rappelle que, lorsqu’il s’agit d’aborder les jeunes électeurs, les candidats parlent souvent de pouvoir d’achat, d’aides aux étudiants ou d’ouverture du RSA aux moins de 25 ans. Ce n’est pas un détail. Cela veut dire qu’un discours trop généraliste sur la “stabilité” ou la “gestion” risque de passer au-dessus des préoccupations quotidiennes. Le problème n’est donc pas seulement de séduire. Il faut aussi prouver qu’on a quelque chose à changer dans la vie réelle.
Le vrai test : transformer l’exposition en vote
Pour Horizons, le bénéfice est évident. Si la stratégie marche, elle peut élargir le vivier militant, installer le nom d’Édouard Philippe dans les discussions étudiantes, et préparer une campagne de terrain plus dense. Pour les jeunes sympathisants, l’intérêt peut être plus concret encore : voir leurs préoccupations traitées autrement que par slogans interposés. Mais la difficulté est tout aussi claire. Le Cevipof insiste sur une désillusion politique profonde : près de la moitié des personnes interrogées estiment que les élections ne changent pas réellement les choses, avec un scepticisme particulièrement fort chez les jeunes et les inactifs. Autrement dit, le défi n’est pas la visibilité. C’est la crédibilité.
Ce point change beaucoup de choses selon les acteurs. Pour Édouard Philippe, une percée chez les 18-24 ans élargirait sa base au-delà des cadres, des retraités modérés et des électeurs déjà acquis au centre droit. Pour le RN et LFI, au contraire, une montée en puissance d’Horizons chez les jeunes casserait un partage du terrain devenu confortable : à droite, le vote de colère ou de rupture ; à gauche, le vote d’adhésion aux causes sociales et écologiques. Pour les jeunes électeurs, enfin, l’enjeu est simple : voir les formations politiques parler davantage de logement, de travail, d’études et de budget, et moins seulement de posture. Là se joue la différence entre une campagne qui capte l’attention et une campagne qui transforme l’attention en bulletin.
La suite se jouera très vite. Il faudra surveiller, fin avril 2026, la présentation du “programme massif” promise par Édouard Philippe, mais aussi le contenu réel de la mobilisation jeune : vidéos courtes, prises de parole sur les campus, présence sur les lieux de sociabilité, et éventuelle montée en puissance du candidat lui-même sur TikTok. Si l’opération reste cantonnée à un habillage de campagne, l’écart avec les jeunes restera intact. Si elle débouche sur des propositions lisibles et répétées, Horizons pourra au moins espérer entrer dans la conversation. Pas encore gagner la bataille. Mais cesser de la regarder de loin.













