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ÉLECTIONS Le grand écart budgétaire

Retraites, impôts, immigration : ce que le projet économique RN changerait pour le budget des ménages français

Le projet présidentiel de Marine Le Pen promettait de réduire les dépenses publiques tout en baissant certains impôts. Retraites, immigration et pouvoir d’achat concentraient les principales mesures et les débats sur leur financement.

Fiche de paie posée près d’une calculatrice et de dossiers sur un bureau de paie éclairé par la lumière du jour.
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En bref

Présenté pour l’élection présidentielle de 2022, le programme de Marine Le Pen associait départs anticipés à la retraite, baisses d’impôts et réduction des dépenses liées à l’immigration. Son équilibre dépendait d’économies estimées à plusieurs dizaines de milliards d’euros, dont la réalisation et le calendrier étaient contestés.

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Que resterait-il sur la fiche de paie, la retraite ou les services publics avec le projet économique de Marine Le Pen ? Présenté le 24 mars 2022, son plan promettait à la fois davantage de protection et une forte baisse des dépenses publiques.

Un programme construit autour d’une rupture budgétaire

La candidate du Rassemblement national voulait faire de la « renaissance de la France » le fil conducteur de son projet présidentiel. Elle décrivait une situation financière proche du point de rupture. « L’abîme est juste devant nous », affirmait-elle alors.

Son équipe annonçait une réduction de plus de 140 milliards d’euros des dépenses publiques à l’horizon 2032. Elle visait aussi l’équilibre primaire dès 2028. Le solde primaire correspond à la différence entre les recettes et les dépenses publiques, avant le paiement des intérêts de la dette.

Marine Le Pen refusait toutefois le terme d’austérité. Elle parlait d’une « cure de redressement », combinant économies, baisses d’impôts et réformes structurelles. Elle estimait qu’en l’absence de « rupture politique », la France risquait le défaut de paiement.

Cette alerte s’inscrivait dans un contexte tendu. En 2021, le déficit public français atteignait 6,5 % du produit intérieur brut et les dépenses publiques représentaient 59,2 % du PIB, selon les données reprises par l’analyse chiffrée de l’Institut Montaigne.

Retraites : partir plus tôt, mais sous conditions

Le projet RN prévoyait de revenir sur le recul de l’âge légal engagé par Emmanuel Macron. Marine Le Pen défendait un départ à 60 ans pour les personnes ayant commencé à travailler avant 20 ans et disposant de 40 années de cotisation.

Pour les autres assurés, l’âge de départ devait dépendre de l’âge d’entrée dans la vie professionnelle. Le principe affiché était simple : plus une personne commence tôt, plus elle pourrait partir tôt.

Cette mesure répondait particulièrement aux salariés ayant exercé des métiers physiques ou commencé leur carrière dans l’industrie, le bâtiment, le transport ou les services. Elle pouvait aussi concerner des travailleurs ayant connu des carrières longues et peu interrompues.

En contrepartie, le financement constituait le principal point de débat. Le RN comptait sur une hausse de l’emploi, une baisse du chômage des seniors et des économies liées à la réduction des allocations versées aux personnes proches de la retraite.

Le parti avançait notamment une économie indirecte d’environ 2 milliards d’euros sur l’assurance-chômage. Cette estimation reposait sur l’hypothèse que 108 000 seniors sans emploi pourraient liquider leur retraite plutôt que rester indemnisés.

Les experts interrogés pendant la campagne contestaient surtout la solidité de ces hypothèses. Une réforme qui permet à certains salariés de partir plus tôt augmente mécaniquement les dépenses de pension. Elle suppose donc des recettes supplémentaires ou des économies clairement identifiées.

Immigration et fraude au cœur des économies annoncées

Le plan financier reposait largement sur une réduction des dépenses attribuées à l’immigration. Marine Le Pen proposait de diminuer de 75 % l’immigration familiale et les flux liés à l’asile.

Elle voulait également limiter l’aide médicale de l’État et les prestations sociales versées aux étrangers vivant en France. Ces mesures nécessitaient pour partie une modification de la loi, voire une révision constitutionnelle selon les dispositifs retenus.

Le RN estimait pouvoir dégager environ 16 milliards d’euros grâce à cet ensemble. Le calcul incluait aussi la lutte contre la fraude sociale et une réorganisation de l’État.

Cette stratégie bénéficiait d’abord aux électeurs qui souhaitent concentrer les prestations sur les citoyens français et réduire les dépenses liées aux migrations. Elle rencontrait toutefois l’opposition des associations de défense des étrangers, des professionnels de santé et d’une partie des syndicats.

Ces acteurs soulignaient un risque concret : restreindre l’accès aux soins peut déplacer les coûts plutôt que les supprimer. Une personne privée de suivi médical peut être prise en charge plus tard, dans une situation plus grave et souvent plus coûteuse pour l’hôpital.

Baisser les impôts tout en renforçant le pouvoir d’achat

Le programme prévoyait plusieurs allègements fiscaux. La candidate promettait notamment de réduire la TVA sur les produits énergétiques et de soutenir le pouvoir d’achat des ménages.

Elle défendait aussi une exonération d’impôt sur le revenu pour les moins de 30 ans. L’objectif était de faciliter l’entrée dans la vie active et de donner davantage de marge aux jeunes travailleurs.

Le projet comportait également une revalorisation des pensions, une indexation sur l’inflation et plusieurs mesures en faveur des veuves, des veufs et des personnes handicapées.

Ces annonces visaient des publics différents. Les ménages modestes pouvaient bénéficier d’une baisse des taxes sur l’énergie. Les retraités recherchaient surtout une protection contre la hausse des prix. Les jeunes actifs étaient ciblés par les mesures fiscales.

Mais chaque baisse d’impôt réduit les recettes de l’État. Pour maintenir l’équilibre, le programme devait donc produire rapidement des économies importantes. C’est là que se situait sa principale difficulté budgétaire.

Un financement jugé ambitieux et contesté

Le RN affirmait que son projet pouvait s’équilibrer grâce à 68 milliards d’euros de recettes et d’économies nouvelles. Le parti misait sur quatre leviers : l’immigration, la fraude, le train de vie de l’État et la renégociation de certaines règles européennes.

La réduction des agences publiques et la simplification administrative devaient compléter ce dispositif. Ces économies pouvaient sembler importantes sur le papier. Elles supposaient cependant des suppressions de missions, des réorganisations et parfois des décisions difficiles pour les agents publics.

Les collectivités locales pouvaient aussi être touchées. Une baisse des dotations de l’État aurait pesé davantage sur les petites communes, qui disposent de moins de ressources fiscales et de moins de capacité d’investissement.

À l’inverse, les grandes entreprises et les ménages les plus aisés pouvaient profiter de certaines baisses d’impôts. Le programme cherchait ainsi à combiner protection sociale et baisse de la pression fiscale, sans augmenter fortement les prélèvements sur les revenus les plus élevés.

L’évaluation de la Fondation IFRAP concluait à un programme mêlant dépenses supplémentaires et baisses d’impôts. L’Institut Montaigne estimait de son côté que les économies annoncées ne suffiraient pas à atteindre rapidement l’équilibre promis.

Le point de tension : les hypothèses de croissance

Une partie du financement dépendait des effets attendus de la politique économique. Davantage de pouvoir d’achat devait soutenir la consommation. Une baisse de certaines charges devait favoriser l’emploi. Une hausse de l’activité devait ensuite accroître les recettes fiscales.

Ce mécanisme peut fonctionner, mais il dépend de la conjoncture. Si la croissance est faible, les recettes progressent moins vite. Les économies annoncées deviennent alors plus difficiles à atteindre, tandis que les dépenses nouvelles restent immédiates.

Le projet devait aussi s’inscrire dans le cadre européen. La France ne pouvait pas modifier seule les règles de l’euro ou les engagements budgétaires communs. Toute stratégie fondée sur une remise en cause de ces règles aurait donc ouvert un conflit politique et juridique avec ses partenaires.

Ce qu’il fallait surveiller après l’annonce

Le principal test devait être la traduction du programme en textes précis. Les mesures sur les retraites, les prestations sociales et l’immigration nécessitaient des projets de loi détaillés, des études d’impact et des votes au Parlement.

Il fallait également vérifier le calendrier des économies. Une réduction annoncée à l’horizon 2032 ne produit pas forcément des résultats dès le début d’un quinquennat.

Enfin, la crédibilité du plan dépendait de trois éléments : le coût réel des retraites, le rendement des économies liées à l’immigration et la réaction des institutions européennes ainsi que des marchés financiers.

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