« L’écologie est devenue beaucoup plus clivante qu’aux élections municipales de 2020 », observe Simon Persico, politiste et directeur de Sciences Po Grenoble. Pour cet universitaire, interrogé dans un entretien au Monde, les scrutins prévus les 15 et 22 mars offrent peu de gains supplémentaires aux formations écologistes, qui ont déjà profondément transformé le paysage municipal lors de la vague de 2020.
Contexte : la « vague verte » de 2020
Aux élections municipales de 2020, les Verts ont enregistré un changement notable dans plusieurs grandes villes françaises. Ils ont remporté six places de villes de plus de 100 000 habitants : Lyon, Bordeaux, Strasbourg, Tours, Besançon et Annecy. Grenoble, gagnée dès 2014 par Éric Piolle, a confirmé sa couleur verte en 2020.
Cette percée, qualifiée d’exceptionnelle à l’échelle européenne pour un parti écologiste, s’explique en grande partie par des listes d’union de la gauche à périmètres variables. Dans plusieurs métropoles, les candidatures écologistes ont triomphé face à des maires sortants de droite. Par ailleurs, les écologistes se sont intégrés — ou réintégrés — aux majorités municipales dans une dizaine de villes de plus de 100 000 habitants, parmi lesquelles Paris, Marseille, Montpellier, Rouen, Rennes, Brest (Finistère), Nancy et Nantes.
Analyse de Simon Persico : un électorat moins permissif?
Selon Simon Persico, la dynamique de 2020 ne garantit pas aux écologistes des progrès supplémentaires lors des scrutins des 15 et 22 mars. Son observation met l’accent sur une évolution du clivage politique autour de l’écologie : ce thème, qui avait su rassembler une part suffisante de l’électorat municipal en 2020, apparaît désormais plus polarisant.
Le politiste rappelle que la formation d’alliances et la capacité à convaincre au-delà d’un socle militant ont joué un rôle central en 2020. Or, dans le contexte actuel évoqué par Persico, ces facteurs semblent moins favorables aux Verts, qui peuvent trouver moins d’ouvertures pour élargir leur base électorale.
Le rôle du bilan municipal et des coalitions locales
La lecture que fait Simon Persico conjugue analyse électorale et évaluation des expériences de gouvernance locales. Les victoires de 2020 ont donné aux écologistes des responsabilités exécutives dans des grandes villes. Dès lors, leur capacité à transformer ces gains électoraux en réalisations visibles auprès des habitants devient un élément déterminant.
Il est implicite dans l’analyse que le succès futur dépendra de l’articulation entre promesses de campagne et action municipale. La note qu’il a cosignée avec le politiste Florent Gougou, intitulée « Vers un écologisme municipal ? Promesses de campagne et action politique des mairies vertes en France » (Fondation de l’écologie politique, 2023), porte précisément sur cette question : comment les engagements des listes vertes se traduisent-ils en politiques locales ?
La traduction des promesses en résultats concrets influence le jugement des électeurs, notamment sur des sujets sensibles comme l’aménagement urbain, la mobilité, et les politiques économiques locales. Lorsque l’électorat perçoit des tensions entre discours et réalisation, l’avantage des listes écologistes peut se réduire.
Un horizon local plus complexe
Le cas des grandes villes reconquises ou intégrées par les Verts en 2020 illustre la diversité des situations locales : dans certaines municipalités, les écologistes gouvernent en coalition ; dans d’autres, ils ont une majorité plus nette. Cette diversité complexifie les perspectives électorales : il n’existe pas un modèle unique de « mairie verte » et les résultats électoraux tiennent autant à l’appréciation locale des politiques menées qu’à la capacité à construire des alliances électorales.
En résumé, la perspective dressée par Simon Persico est prudente. Si 2020 a marqué une avancée notable pour les écologistes en France, les scrutins des 15 et 22 mars, tels que présentés dans son entretien, offrent aujourd’hui peu de marge de progression nette pour ces formations. La nature plus clivante du débat écologique, l’évaluation des bilans municipaux et la géographie variable des alliances locales expliquent en grande partie cette analyse.













