Sondage présidentiel : le vote utile pourrait-il décider qui affrontera Marine Le Pen au second tour ?
Une enquête Odoxa place Jean-Luc Mélenchon devant les candidats du centre dans deux scénarios, mais l’écart avec Édouard Philippe n’est que d’un point. Les duels de second tour testés révèlent des rapports de force très différents.

L’enquête Odoxa testant deux candidatures du bloc central place Jean-Luc Mélenchon en deuxième position au premier tour, avec un écart d’un point sur Édouard Philippe dans l’un des scénarios. Au second tour, Marine Le Pen devancerait largement Mélenchon, tandis que le duel avec Philippe serait plus serré. Ces résultats restent une photographie incertaine, recueillie avant la primaire
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Faut-il choisir son candidat préféré ou celui qui semble capable d’atteindre le second tour ? Le sondage Odoxa publié le 14 octobre 2026 remet ce dilemme au centre de la présidentielle, sans permettre de trancher l’issue du scrutin.
Deux places au second tour, plusieurs stratégies électorales
La règle présidentielle pousse les candidats à mener deux batailles différentes. Il faut d’abord se qualifier, puis rassembler au-delà de son électorat. Comme le rappelle Service Public sur le fonctionnement de l’élection présidentielle, seuls les deux candidats arrivés en tête accèdent au second tour, si personne n’obtient la majorité absolue au premier.
Dans cette enquête, Marine Le Pen domine les deux configurations proposées aux personnes interrogées. Jean-Luc Mélenchon occupe chaque fois la deuxième place. Toutefois, son avance sur Édouard Philippe reste étroite dans l’hypothèse où le maire du Havre représente le bloc central.
Cette précision change la lecture politique. Le sondage ne teste pas tous les candidats possibles du centre. Il compare deux configurations : l’une avec Édouard Philippe, l’autre avec Gabriel Attal. Il décrit donc un duel potentiel Le Pen-Mélenchon dans ces scénarios, pas une qualification garantie quelles que soient les candidatures.
Marine Le Pen largement devant, Mélenchon et Philippe proches
Avec Édouard Philippe candidat, Marine Le Pen recueille 37 % des intentions de vote au premier tour. Jean-Luc Mélenchon atteint 18 %, contre 17 % pour le maire du Havre. Un seul point sépare donc les deux prétendants à la deuxième place.
Avec Gabriel Attal à la place d’Édouard Philippe, Marine Le Pen monte à 38 %. Jean-Luc Mélenchon obtient 18,5 %, tandis que l’ancien ministre de l’Éducation rassemble 11 %. Dans cette configuration, l’écart entre le candidat insoumis et celui du centre devient nettement plus important.
Les autres scores éclairent les rapports de force. Raphaël Glucksmann se situe autour de 10 %, et Marine Tondelier autour de 3 %. À droite, Bruno Retailleau recueille 6,5 % avec Édouard Philippe dans la course, contre 9 % avec Gabriel Attal.
Ces différences montrent que le choix du candidat central ne concerne pas seulement son propre camp. La configuration proposée modifie aussi le niveau mesuré pour la droite. En revanche, elle change peu celui de Jean-Luc Mélenchon ou de Marine Le Pen.
Attention également au calendrier : Odoxa a interrogé les participants du 24 septembre au 7 octobre. L’enquête précède donc la victoire de Raphaël Glucksmann à la primaire sociale-démocrate du dimanche 11 octobre. Elle ne mesure pas les éventuels effets de cette désignation sur les intentions de vote.
Se qualifier ne signifie pas pouvoir gagner
Le second tour raconte une autre histoire. Dans l’hypothèse d’un affrontement avec Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen recueille 68 % des intentions de vote, contre 32 % pour le leader insoumis. L’écart atteint ainsi 36 points.
Face à Édouard Philippe, la candidate d’extrême droite conserve l’avantage, mais beaucoup plus modestement : 53 %, contre 47 %. Le maire du Havre bénéficie donc, dans cette simulation, de reports de voix plus favorables. Ce terme désigne le choix des électeurs dont le candidat disparaît après le premier tour.
Pour LFI, ces résultats présentent deux dimensions opposées. La deuxième place donne à Jean-Luc Mélenchon un argument dans la concurrence à gauche. Mais le score de second tour souligne la difficulté, dans ce scénario, à réunir une majorité autour de lui.
Pour Édouard Philippe, le problème apparaît inversé. Sa simulation de second tour est plus favorable que celle du candidat insoumis. Pourtant, avec 17 % au premier tour, il reste derrière lui dans le classement mesuré. Une capacité à rassembler ne suffit pas si la qualification échappe au candidat.
Enfin, Marine Le Pen bénéficie des deux configurations. Elle dispose d’une forte avance au premier tour et arrive en tête des deux duels testés. Cela ne transforme toutefois pas une intention déclarée en bulletin effectivement déposé dans l’urne.
Le vote utile avantage certains candidats et fragilise les autres
Ces chiffres nourrissent des lectures stratégiques différentes, sans constituer des prises de position des candidats. L’entourage de Jean-Luc Mélenchon peut y trouver un argument en faveur d’un regroupement autour du mieux placé à gauche. Les soutiens d’Édouard Philippe peuvent, à l’inverse, insister sur sa meilleure performance face à Marine Le Pen.
Pour les électeurs de Raphaël Glucksmann ou de Marine Tondelier, le dilemme est concret. Soutenir leur préférence politique et chercher à influencer l’affiche du second tour ne conduisent pas nécessairement au même choix. Mais additionner les scores des candidats de gauche ne permet pas de calculer automatiquement le résultat d’une candidature commune.
Les candidats moins bien placés subissent ainsi davantage la pression du vote utile. Les favoris, eux, peuvent tirer parti de leur classement pour défendre leur candidature. C’est une conséquence stratégique possible de ces résultats, non une mesure des comportements futurs.
Le tableau disponible ne fournit pas de ventilation par revenu, âge ou territoire. Il ne permet donc pas d’attribuer ces évolutions aux habitants des grandes villes, des zones rurales ou à une catégorie sociale précise. L’impact différencié observable concerne ici les électorats politiques et les candidats, pas les groupes sociaux.
Une avance d’un point demande une lecture prudente
Odoxa a réalisé l’enquête en ligne auprès de 12 005 personnes, représentatives de la population française majeure selon la méthode des quotas. Cette méthode construit un échantillon dont les principales caractéristiques reproduisent celles de la population étudiée. La marge d’erreur annoncée va de 0,6 à 1,2 point.
L’écart d’un point entre Jean-Luc Mélenchon et Édouard Philippe doit donc se lire avec prudence. Les chercheurs du CEVIPOF ont consacré une note de recherche à la représentation de l’incertitude dans les intentions de vote lors de la présidentielle de 2022. Leur démarche rappelle l’importance de regarder les marges d’incertitude, plutôt que le seul classement.
Odoxa formule aussi une réserve sur le second tour : « L’incertitude est encore grande ». L’institut souligne qu’une part importante des personnes qui envisagent de voter demeure indécise. Même un grand échantillon ne supprime ni cette hésitation ni les changements possibles pendant la campagne.
La prochaine étape sera donc d’observer les enquêtes réalisées après le 11 octobre. Elles permettront de mesurer si la désignation de Raphaël Glucksmann modifie les équilibres à gauche. Il faudra également suivre l’écart Mélenchon-Philippe dans des configurations comparables : c’est lui qui rend, à ce stade, l’affiche du second tour particulièrement fragile.



