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ÉLECTIONS Le prix des années gagnées

Travailler jusqu’à 65 ans : ce que la réforme des retraites changerait pour les carrières longues et les métiers pénibles

Édouard Philippe propose de porter progressivement l’âge légal à 65 ans et la cotisation à 45 années. Son projet prévoit des départs anticipés, mais soulève des questions sur l’emploi des seniors et les inégalités de parcours.

Guichet d’une caisse de retraite avec dossiers et formulaires, image liée au débat sur l’âge de départ.
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En bref

Édouard Philippe propose de relever progressivement l’âge légal de départ à 65 ans et la durée de cotisation à 45 années. Les carrières longues, le handicap et certains métiers pénibles bénéficieraient de départs anticipés. Le projet prévoit aussi un complément de capitalisation, mais son impact dépendrait de l’emploi des seniors et des parcours professionnels.

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Faut-il travailler jusqu’à 65 ans pour garantir les retraites de demain ? Édouard Philippe répond oui, au moins pour une partie des actifs. Le candidat Horizons propose aussi de porter progressivement la durée de cotisation à 45 années.

Une nouvelle étape après la réforme de 2023

Le système français repose principalement sur la répartition. Les cotisations versées aujourd’hui financent les pensions actuelles. Son équilibre dépend donc du nombre d’actifs, du niveau des salaires et du nombre de retraités.

La réforme adoptée en 2023 a déjà relevé progressivement l’âge légal de départ. Celui-ci doit atteindre 64 ans pour les générations nées à partir de 1968. La durée nécessaire pour obtenir une retraite à taux plein doit, elle, atteindre 43 années, soit 172 trimestres.

Ces règles ont toutefois évolué depuis. La suspension partielle du calendrier a modifié le rythme prévu pour certaines générations. Les conditions exactes dépendent donc de l’année de naissance et des décisions prises par le législateur.

Les règles actuelles et leur calendrier sont détaillés dans les informations officielles consacrées à l’âge de départ et à la retraite à taux plein.

Ce que propose Édouard Philippe

Dans une vidéo publiée le mardi 29 septembre 2026, l’ancien Premier ministre propose de poursuivre la réforme de 2023. Son objectif serait d’atteindre progressivement un âge légal de départ fixé à 65 ans.

La transition se ferait en moins de dix ans. La durée de cotisation passerait également à 45 années. Il ne s’agirait donc pas seulement de repousser l’âge minimal de départ. Il faudrait aussi avoir validé davantage de trimestres pour éviter une décote.

Une décote réduit le montant de la pension lorsqu’un assuré part sans avoir atteint la durée d’assurance requise. Dans les faits, les deux paramètres pourraient donc se cumuler pour les personnes ayant connu des périodes de chômage, des interruptions de carrière ou une entrée tardive dans l’emploi.

Édouard Philippe défend cette orientation au nom de l’équilibre financier. « Pour retrouver l’équilibre de notre système par répartition, je propose de porter progressivement la durée de cotisation à quarante-cinq ans et l’âge de départ à 65 ans pour les Français qui le peuvent », explique-t-il.

Il affirme également vouloir agir avant une aggravation de la situation financière. Le Conseil d’orientation des retraites souligne que les projections dépendent fortement de la démographie, de l’emploi et de la croissance. Le débat porte donc autant sur les dépenses que sur les recettes.

Un départ anticipé pour certains assurés

Le projet ne prévoirait pas un départ à 65 ans pour tout le monde. Édouard Philippe estime qu’un Français sur trois pourrait partir entre 60 et 64 ans.

Cette exception concernerait notamment les personnes ayant commencé à travailler très jeunes. Elle viserait aussi les assurés exerçant un métier pénible ou dont la santé a été durablement dégradée par le travail.

Le candidat assure que l’âge de départ resterait fixé à 55 ans pour les personnes en situation de handicap. Il resterait à 60 ans pour certaines personnes atteintes d’une incapacité permanente et à 62 ans pour les personnes en invalidité.

Le dispositif des carrières longues serait également maintenu. Il permet à certains actifs ayant commencé à travailler tôt de partir avant l’âge légal, sous réserve de remplir des conditions précises de durée cotisée et de début d’activité.

Cette protection pourrait bénéficier aux ouvriers et aux salariés entrés tôt sur le marché du travail. Elle ne réglerait toutefois pas toutes les situations. Les carrières longues sont souvent interrompues par le chômage, la maladie ou des périodes d’emploi précaire.

Des effets différents selon les parcours

Le report de l’âge légal pèserait d’abord sur les actifs capables de rester en emploi jusqu’à 65 ans. Les cadres et les salariés disposant d’un travail moins physique pourraient plus facilement prolonger leur activité.

La situation serait différente pour les salariés des métiers manuels, de la construction, du soin, du nettoyage ou de la logistique. Dans ces secteurs, l’usure professionnelle peut rendre difficile le maintien dans l’emploi après 60 ans.

Le calendrier des départs ne dépend pas seulement de la santé. Il dépend aussi de la capacité des entreprises à conserver les salariés âgés. Or le taux d’emploi des seniors, les conditions de reclassement et l’accès à la formation pèseraient directement sur les conséquences de la réforme.

Un autre enjeu concerne les personnes ayant connu des carrières incomplètes. Les femmes sont davantage exposées aux interruptions liées aux congés parentaux ou au temps partiel. Les travailleurs indépendants et les salariés précaires peuvent aussi accumuler moins de droits malgré une longue présence dans l’activité.

Pour eux, atteindre 45 années de cotisation pourrait être plus difficile que d’atteindre un âge donné. Une personne arrivée tardivement sur le marché du travail pourrait devoir choisir entre un départ tardif et une pension réduite.

La capitalisation comme complément

Édouard Philippe veut conserver la répartition comme socle. Il propose cependant de la compléter par un volet de capitalisation.

La capitalisation consiste à épargner pendant la vie professionnelle pour financer une partie de sa propre retraite. Elle peut passer par des fonds collectifs ou des produits individuels. Elle ne remplace pas directement les cotisations qui financent les pensions actuelles.

Cette solution pourrait offrir un complément aux ménages capables d’épargner régulièrement. Elle profiterait davantage aux salariés disposant de revenus stables et d’une capacité d’épargne suffisante.

À l’inverse, les travailleurs aux revenus modestes ou aux carrières hachées risqueraient d’accumuler moins de capital. Le débat porte donc sur la diversification du financement, mais aussi sur la répartition des risques entre les ménages, les entreprises et la puissance publique.

Une proposition déjà contestée

La proposition est soutenue par ceux qui considèrent le recul de l’âge comme le levier le plus direct pour augmenter les recettes et limiter les dépenses. Elle rejoint une partie des positions défendues à droite, même si les modalités varient selon les candidats.

Bruno Retailleau propose notamment un âge minimal de départ à 63 ans, un taux plein à 65 ans et un développement de la capitalisation pour les jeunes. Le débat présidentiel devrait donc opposer plusieurs rythmes et plusieurs niveaux d’effort.

Les syndicats contestent, eux, l’idée que l’âge soit la seule réponse à la question financière. La CFDT s’est opposée au recul de l’âge légal à 64 ans et défend d’autres leviers, comme l’emploi des seniors, la prise en compte de la pénibilité et l’amélioration des droits liés aux carrières des femmes.

Le COR rappelle que plusieurs leviers peuvent être mobilisés : réduire les dépenses, augmenter les cotisations ou repousser l’âge de départ. Aucun choix n’est neutre pour les assurés.

Les prochaines étapes à surveiller

Cette annonce constitue pour l’instant un projet politique. Elle devrait être précisée par des mesures sur le calendrier, les carrières longues, la pénibilité, les pensions minimales et le financement par capitalisation.

Le prochain point décisif sera la présentation des propositions détaillées des candidats à l’élection présidentielle de 2027. Il faudra ensuite observer les réactions des syndicats, des organisations patronales et des parlementaires.

Le débat portera enfin sur le financement global. Repousser l’âge de départ ne suffit pas à garantir l’équilibre si l’emploi des seniors ne progresse pas. La question centrale sera donc double : combien de temps faudra-t-il cotiser, et dans quelles conditions pourra-t-on réellement travailler jusqu’à 65 ans ?

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