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ÉLECTIONS Un candidat commun, à quel prix ?

Une primaire peut-elle réunir la droite avant 2027, ou risque-t-elle d’accentuer la rivalité entre Lisnard et Retailleau ?

David Lisnard appelle à une primaire ouverte pour départager les candidats de droite et du centre. Un sondage le place à 6 %, devant Bruno Retailleau à 5 %, mais l’écart ne suffit pas à régler la question du rassemblement.

Cartes d’adhésion vierges et formulaires sans texte lisible sur le comptoir d’une permanence politique française.
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En bref

David Lisnard défend une primaire ouverte pour désigner un candidat commun à la droite et au centre, tandis que Bruno Retailleau demande que son utilité électorale soit démontrée. Un sondage le place à 6 %, contre 5 % pour Retailleau, mais les intentions de vote restent incertaines et ne garantissent ni rassemblement ni victoire en 2027.

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Comment choisir un candidat de droite sans voir les candidatures se neutraliser avant même le premier tour ? La progression de David Lisnard face à Bruno Retailleau remet cette question au centre des préparatifs de la présidentielle de 2027.

Une primaire pour départager, mais surtout pour rassembler

Le débat dépasse le duel entre deux personnalités. Il porte sur la méthode permettant de désigner un candidat commun à la droite et au centre. Une primaire, c’est un vote organisé avant l’élection pour départager plusieurs prétendants. Selon ses règles, elle peut accueillir les seuls adhérents ou un public plus large.

David Lisnard défend la seconde option. Sur le site de Nouvelle Énergie, son appel à une primaire ouverte présente cette consultation comme une réponse à la multiplication des candidatures. Le maire de Cannes entend ainsi faire trancher la concurrence par les électeurs, plutôt que par les seuls appareils politiques.

Bruno Retailleau ne ferme pas la porte. Son entourage rappelle toutefois une condition : démontrer que cette procédure améliorerait les chances de victoire à la présidentielle. La différence est importante. Pour Lisnard, la primaire constitue une solution à défendre. Pour le sénateur de Vendée, son utilité doit d’abord convaincre.

Un point d’écart qui change la discussion

Le nouvel élément tient aux intentions de vote. Dans la vague Ifop-Fiducial rendue publique mercredi, David Lisnard atteint 6 %, après une hausse de 2,5 points. Bruno Retailleau recueille 5 % dans la même hypothèse. L’avance est étroite, mais elle donne au candidat de Nouvelle Énergie un argument supplémentaire pour contester toute désignation considérée comme acquise.

Son mouvement revendique parallèlement près de 3 000 nouvelles cartes mercredi soir. Ce chiffre décrit une mobilisation annoncée par son propre camp. Il ne mesure ni un nombre de suffrages supplémentaires ni une implantation électorale nationale.

Les soutiens de Retailleau opposent à cette séquence un autre résultat : 9 % dans une enquête OpinionWay diffusée jeudi. Mais David Lisnard n’y figure pas parmi les candidats testés. Les deux résultats ne permettent donc pas de lire une remontée de quatre points du sénateur. Les personnes interrogées ne choisissent pas entre les mêmes offres.

La Commission des sondages rappelle les précautions nécessaires pour interpréter les enquêtes présidentielles : dates, questions, échantillon et marges d’erreur comptent. Un point d’écart ne suffit pas, à lui seul, à établir une hiérarchie durable. En revanche, il peut modifier immédiatement le rapport de force entre équipes.

Derrière les règles, des intérêts différents

Pourquoi cette procédure devient-elle aussi sensible ? Parce que chaque mode de sélection distribue différemment les chances de gagner. C’est le principal enjeu de ce bras de fer : choisir les règles revient aussi à déterminer les ressources politiques qui pèseront le plus.

Pour Lisnard, une consultation ouverte offrirait la possibilité de transformer sa progression dans les sondages en légitimité politique. Elle lui permettrait également de solliciter des sympathisants sans leur demander d’adhérer préalablement à un parti. Son intérêt rejoint ici son argument public : élargir le choix au-delà des structures partisanes.

Pour Retailleau et ses soutiens, accepter une primaire reviendrait à remettre en compétition une position déjà défendue dans leur camp. Leur réserve porte sur le bénéfice final : une sélection supplémentaire rassemble-t-elle vraiment, ou prolonge-t-elle la confrontation ? Cette interrogation ne disparaît pas avec la progression d’un concurrent.

Les militants et les électeurs ordinaires n’ont pas non plus les mêmes intérêts. Un vote réservé aux adhérents valorise l’engagement partisan. Un scrutin ouvert donne davantage de place aux sympathisants qui refusent l’adhésion. Aucun de ces publics ne représente, à lui seul, tous les électeurs susceptibles de voter à droite.

Organiser un vote ne règle pas toute la campagne

Une primaire suppose aussi des moyens concrets : un calendrier, des règles communes, un dispositif de vote et une autorité capable de régler les contestations. Les équipes devraient notamment s’accorder sur les conditions de candidature et sur les engagements des perdants. Sans cela, départager les prétendants ne garantirait pas leur rassemblement.

L’expérience récente invite à distinguer sélection interne et succès national. Le 4 décembre 2021, Valérie Pécresse avait remporté la primaire des Républicains réservée aux adhérents. Elle avait ensuite obtenu 4,78 % des suffrages au premier tour de la présidentielle de 2022. Ce précédent ne condamne pas les primaires. Il montre simplement qu’une investiture ne suffit pas à élargir un électorat.

La bataille a enfin un coût d’opportunité. Le temps consacré à négocier une procédure manque pour présenter un programme et convaincre au-delà du noyau militant. À l’inverse, renoncer à départager les candidatures peut entretenir la concurrence jusqu’au scrutin. Les deux stratégies comportent donc un risque, sans garantie automatique de rassemblement.

Le prochain test : des engagements plutôt que des intentions

Dans les prochaines semaines, le point décisif sera le passage des déclarations aux conditions précises. Qui accepterait de participer ? Avec quel corps électoral ? Et surtout, chacun s’engagerait-il à soutenir le vainqueur ? Les réponses permettront de distinguer une proposition d’organisation d’un simple argument de campagne.

Les prochaines enquêtes testant simultanément Lisnard et Retailleau permettront aussi d’observer si leur nouveau rapport de force se confirme. Mais la décision politique restera ailleurs : dans la capacité des concurrents à accepter une règle commune et ses conséquences, y compris en cas de défaite.

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