Quand les sanctions américaines visent le pétrole cubain, les coupures d’électricité et les pénuries touchent la population

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À Cuba, la crise énergétique s’aggrave quand l’approvisionnement en pétrole se réduit. Coupures de courant, hausse des prix et difficultés scolaires illustrent l’impact de la pression américaine sur la vie quotidienne et l’économie.

Quand l’électricité manque, c’est toute la vie quotidienne qui s’arrête

À Cuba, une coupure de courant ne se résume pas à une gêne passagère. Elle bloque les cours, ralentit les transports, complique l’accès à l’eau et pèse sur les revenus de ceux qui vivent déjà au jour le jour.

La question centrale est simple : comment un pays peut-il tenir quand son carburant devient rare, son réseau vieillit et ses marges de manœuvre extérieures se rétrécissent ? C’est aujourd’hui le cœur de la crise cubaine.

Depuis plusieurs années, l’île traverse une situation de plus en plus dure. Mais le choc s’est aggravé avec le resserrement des sanctions américaines, la chute des livraisons de pétrole en provenance de ses partenaires et la fragilité chronique de son système énergétique. Le résultat est visible partout : blackouts, inflation, pénuries et fuite vers le dollar.

Un embargo ancien, mais une pression plus serrée

Les sanctions américaines contre Cuba ne sont pas nouvelles. Elles s’inscrivent dans un cadre juridique ancien, que Washington présente comme un ensemble de restrictions économiques et financières administrées par l’Office of Foreign Assets Control. OFAC rappelle que le programme Cuba repose sur plusieurs bases légales et réglementaires, avec des interdictions larges et quelques licences limitées pour certaines activités.

Sur le plan diplomatique, l’hostilité est quasi constante. En octobre 2025, l’Assemblée générale de l’ONU a de nouveau appelé à la levée de l’embargo, pour la 33e année consécutive. La résolution a été adoptée par 165 voix contre 7, avec 12 abstentions. Le texte souligne aussi que les mesures appliquées depuis 2017 ont renforcé leur mise en œuvre.

Washington, lui, maintient sa ligne. En 2025, le Trésor américain a encore ajusté le régime de sanctions pour mieux cibler les flux financiers et l’appareil d’État cubain. Autrement dit, le filet reste large, et les marges de contournement restent étroites.

Le cœur du problème : le pétrole

Cuba dépend massivement des importations de pétrole pour faire tourner sa centrale électrique, alimenter les transports et soutenir l’économie. Quand ces livraisons baissent, tout vacille. C’est ce qui se passe depuis le début de l’année 2026.

Au printemps, l’ancien axe Caracas-La Havane s’est encore fragilisé. L’Associated Press a rapporté que le Venezuela avait suspendu ses livraisons après l’opération militaire américaine de janvier 2026 contre Nicolás Maduro. Dans le même temps, le Mexique est devenu le principal fournisseur de brut et de produits raffinés à Cuba. Pemex a indiqué avoir expédié près de 20 000 barils par jour entre janvier et fin septembre 2025.

Mais cette béquille est incertaine. Trump a publiquement dit avoir demandé à la présidente mexicaine Claudia Sheinbaum d’interrompre ces envois. Elle a répondu vouloir “résoudre diplomatiquement” la question pour des raisons humanitaires. Dans le même temps, Cuba a annoncé de nouveaux envois d’aide alimentaire venus du Mexique.

Les coupures de courant qui en résultent sont massives. Trump lui-même a admis qu’un tanker russe pourrait livrer du pétrole à Cuba, en disant qu’il n’avait “aucun problème” avec cette livraison, au motif que l’île devait “survivre”. Ce simple échange dit beaucoup : le système cubain tient désormais grâce à des dérogations, des urgences et des solutions de dépannage.

Ce que ça change pour les Cubains, concrètement

Pour les ménages, la crise est d’abord une crise de temps. Il faut attendre l’électricité pour cuisiner, recharger un téléphone, conserver des aliments ou travailler. Quand la panne dure, les journées s’organisent autour de l’électricité, et non l’inverse.

Pour les salariés, la baisse du pouvoir d’achat s’ajoute au reste. L’AP a rapporté en avril 2026 que le peso cubain avait atteint un plus bas historique face au dollar sur le marché informel, à 500 pesos pour 1 dollar. Le salaire moyen de l’État y vaut environ 14 dollars, tandis qu’un carton d’œufs coûte 3 000 pesos.

Pour les commerçants et les petites entreprises, la crise crée une double peine. D’un côté, il faut acheter du carburant, du matériel ou des produits importés dans une économie de plus en plus dollarisée. De l’autre, les coupures et le manque de devises rongent les marges. Ceux qui ont accès à des dollars tiennent mieux. Les autres décrochent.

Pour l’État, enfin, le problème est politique autant qu’économique. Plus les blackouts durent, plus la promesse d’un service public stable s’effondre. Et plus la colère sociale monte, au risque d’alimenter la défiance envers les autorités.

Deux lectures s’affrontent : embargo ou mauvaise gestion ?

Le gouvernement cubain met en avant l’embargo américain, qu’il décrit comme un étranglement économique. Cette lecture n’est pas marginale : elle est reprise par une large partie de la communauté internationale, et par plusieurs responsables onusiens. En novembre 2025, une rapporteuse spéciale de l’ONU a dénoncé l’impact des sanctions sur l’éducation, la santé et la sécurité alimentaire.

En face, les critiques du régime rappellent une autre réalité : le réseau électrique est vétuste, les centrales sont anciennes, la productivité est faible et les réformes structurelles avancent lentement. Autrement dit, les sanctions aggravent la crise, mais elles n’expliquent pas tout. L’île reste vulnérable parce qu’elle dépend d’un modèle énergétique et économique très rigide. Cette dépendance est aussi le produit de choix internes.

La vérité politique se situe entre les deux. Les sanctions américaines réduisent l’accès aux devises, compliquent les achats de carburant et renchérissent les transactions. Mais un pays mieux diversifié, avec un réseau modernisé et une économie moins fermée, encaisserait mieux le choc. Les sanctions frappent donc plus durement un système déjà fragile.

Cette asymétrie explique aussi qui gagne et qui perd. Les ménages sans réserve en dollars paient le prix fort. Les entreprises proches de circuits d’importation ou de la dollarisation passent un peu mieux. L’État, lui, conserve le contrôle politique, mais perd de la capacité à fournir des services de base.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

La prochaine question est celle des approvisionnements. Chaque cargaison de pétrole, chaque décision de Mexico, de Caracas, de Moscou ou de Washington peut faire varier la situation d’une semaine à l’autre.

Il faudra aussi suivre la réponse internationale. L’ONU continue de condamner l’embargo, mais ces votes restent non contraignants. En pratique, c’est la logistique, les devises et les rapports de force diplomatiques qui diront si Cuba gagne un peu d’air ou s’enfonce davantage dans les coupures et les pénuries.

Enfin, un point sera décisif : la capacité du pouvoir cubain à transformer l’urgence en stratégie. Sans investissement massif, sans diversification réelle et sans carburant en quantité suffisante, les blackouts risquent de rester le visage quotidien de la crise cubaine.

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