À la tour Eiffel, une visite religieuse déclenche un débat sur l’égalité au travail et le rôle de la mairie de Paris
Après la mise à l’écart de salariées lors d’une visite privée, la tour Eiffel a connu une grève. La mairie de Paris lance deux enquêtes pour établir les responsabilités et éviter qu’une telle situation se reproduise.

Une visite privée de la tour Eiffel par une délégation hindoue a conduit à l’écartement temporaire de salariées, selon les représentants du personnel. Après une grève, la mairie de Paris et la société d’exploitation enquêtent sur les consignes données, leur application et les garanties à instaurer pour protéger l’égalité professionnelle.
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Que se passe-t-il quand une consigne privée modifie la place de salariées dans un monument public ? À la tour Eiffel, la mise à l’écart de membres du personnel féminin a provoqué une grève, puis l’ouverture de deux enquêtes.
Une visite privée devenue une crise publique
Le samedi 5 septembre 2026, une délégation liée à l’organisation hindoue BAPS a visité la tour Eiffel. Le groupe se trouvait en France pour les cérémonies entourant l’ouverture d’un temple à Bussy-Saint-Georges, en Seine-et-Marne.
La BAPS, ou Bochasanwasi Akshar Purushottam Swaminarayan Sanstha, est une organisation religieuse internationale issue de la tradition swaminarayenne. Elle organise également des activités culturelles, éducatives et caritatives.
Pour cette visite, la délégation aurait demandé que les interactions avec les femmes soient limitées. La Société d’exploitation de la tour Eiffel, la SETE, a reconnu que cette demande avait été formulée.
Selon les représentants du personnel, des salariées ont alors reçu pour consigne de quitter certaines zones ou de ne pas apparaître sur le parcours du groupe. Le terme d’« invisibilisation » a été employé par des syndicats pour décrire cette situation.
La SETE a admis que ces conditions n’auraient pas dû être acceptées. Elle a aussi indiqué qu’elles ne correspondaient ni à ses valeurs ni au principe d’égalité entre les femmes et les hommes.
La colère des salariés et la réponse de la mairie
Le lundi 7 septembre, le personnel de la tour Eiffel s’est mis en grève. Le monument a été fermé pendant plusieurs heures. Les salariés dénonçaient des consignes qu’ils jugeaient incompatibles avec leurs droits et avec les règles de fonctionnement de l’entreprise.
Le mouvement ne contestait pas le principe d’accueillir une délégation religieuse. La question portait sur les conditions imposées à l’organisation de la visite et sur la manière dont elles auraient été appliquées aux employés.
Le mardi 8 septembre, le maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a rencontré les représentants syndicaux de la SETE. Il leur a apporté son soutien et a qualifié la décision d’« absurde, inique et inacceptable ».
Deux enquêtes ont été annoncées. La première sera conduite en interne par la SETE, avec l’intervention d’une personne extérieure à l’entreprise. Elle doit établir précisément les faits et les consignes transmises.
La seconde sera menée par la Ville de Paris. Elle cherchera à reconstituer la chaîne de décision. Autrement dit, il faudra déterminer qui a demandé quoi, qui a validé la demande et comment elle a été traduite sur le terrain.
La tour Eiffel est exploitée par une société délégataire de la Ville. Cette organisation crée une séparation entre la gestion quotidienne du monument et la responsabilité politique de la municipalité. Les enquêtes devront donc examiner les deux niveaux.
Une consigne, plusieurs niveaux de responsabilité
Ariel Weil, maire de Paris Centre et président de la SETE, a évoqué une possible interprétation excessive des instructions. Selon lui, des directives auraient été données par la délégation. Le management de terrain les aurait ensuite appliquées « avec zèle ».
Cette explication ne règle toutefois pas la question principale. Une consigne ambiguë peut produire des effets très concrets. Dans ce cas, elle aurait placé des salariées dans une position différente de celle de leurs collègues masculins.
Les enquêtes devront donc distinguer la demande initiale, la réponse de la direction et l’exécution par les équipes. Cette distinction est importante. Elle permet de savoir si la décision résulte d’une pression extérieure, d’un défaut de contrôle ou d’un choix assumé par la hiérarchie.
Elle devra aussi préciser la réalité de la mise à l’écart. Les salariées ont-elles été retirées de leur poste ? Ont-elles seulement été déplacées pendant quelques minutes ? La consigne concernait-elle toutes les femmes ou certaines fonctions ? Ces éléments détermineront la portée exacte de l’affaire.
Dans un lieu accueillant des millions de visiteurs, les équipes doivent régulièrement adapter l’organisation. Elles peuvent gérer des visites officielles, des contraintes de sécurité ou des demandes protocolaires. Cependant, ces adaptations ne peuvent pas automatiquement modifier les droits des salariés.
La version de BAPS contestée par les syndicats
L’organisation BAPS a présenté des excuses aux personnes qui auraient été blessées ou gênées par la situation. Elle affirme toutefois que la coordination avec la tour Eiffel visait à limiter les perturbations et ne constituait pas une demande fondée sur le genre.
Le groupe assure également que personne n’a été empêché d’accéder au monument. Cette version nuance les accusations portées contre la délégation. Elle ne répond pas entièrement, en revanche, aux témoignages sur les consignes adressées aux salariées.
Le désaccord porte donc sur deux questions différentes. La première concerne l’intention de la délégation. La seconde concerne les conséquences concrètes de l’organisation de la visite. Même sans volonté explicite d’écarter des femmes, une règle appliquée sur le terrain peut produire une discrimination.
Les syndicats, eux, demandent que les responsabilités soient établies. Pour les salariés, l’enjeu dépasse cette seule visite. Ils veulent éviter qu’une demande religieuse, culturelle ou protocolaire puisse conduire à mettre des collègues féminines à l’écart.
La controverse intervient alors que BAPS inaugure un important temple à Bussy-Saint-Georges. Le site, présenté comme un lieu de culte et de dialogue culturel, accueille plusieurs jours de festivités. La municipalité locale décrit ce projet comme un événement international pour le territoire.
Cette dimension explique aussi l’attention politique portée à l’affaire. Les élus souhaitent préserver les relations avec les organisations religieuses et les visiteurs étrangers. En même temps, ils doivent garantir que les principes d’égalité s’appliquent dans les équipements placés sous leur responsabilité.
Ce qu’il faut attendre des prochaines semaines
Le premier enjeu sera la publication des conclusions de la SETE. Elles devront établir les consignes exactes, leur origine et les conditions de leur application.
L’enquête de la Ville devra ensuite examiner le rôle de la délégation de service public. Elle pourra aussi déboucher sur de nouvelles règles pour les visites privées et les événements protocolaires.
La réouverture de la tour Eiffel, mardi 8 septembre au matin, met fin à la fermeture liée à la grève. Elle ne clôt pas le conflit. Les salariés attendent désormais des garanties concrètes pour que l’organisation d’une visite ne conduise plus à traiter différemment les femmes et les hommes.
Le point à surveiller sera donc moins la reprise de l’activité que le contenu des deux rapports. Ils devront dire si cette affaire relève d’un dérapage local, d’une mauvaise transmission des consignes ou d’un problème plus profond dans la gestion des demandes particulières.



