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POLITIQUE LOCALE Militants sous pression

À Toulon, les menaces contre une candidate LFI révèlent le coût du harcèlement politique pour la vie démocratique

Candidate LFI aux sénatoriales dans le Var, Lilia Mebarkia dénonce huit mois de menaces, de cyberharcèlement et de dégradations. Son témoignage relance le débat sur la protection des militants engagés.

Audition parlementaire montrant des personnes anonymes autour de micros et de dossiers dans une salle publique française
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En bref

Lilia Mebarkia, candidate LFI aux élections sénatoriales dans le Var, affirme subir depuis huit mois des menaces de viol, de mort et de séquestration, ainsi que des dégradations à son domicile. Plusieurs plaintes ont été déposées, tandis que la justice doit établir les liens entre ces faits et son engagement politique.

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Que se passe-t-il quand un engagement politique expose une personne jusque dans son immeuble, sa voiture et sa famille ? À Toulon, Lilia Mebarkia affirme subir depuis huit mois des menaces répétées, des dégradations et un cyberharcèlement lié, selon elle, à son militantisme à La France insoumise.

Une campagne électorale sur fond de menaces

Lilia Mebarkia figure sur la liste de La France insoumise pour les élections sénatoriales dans le Var. Le scrutin aura lieu le 27 septembre 2026. Contrairement aux élections législatives ou municipales, les sénateurs sont élus au suffrage indirect par un collège de grands électeurs composé notamment d’élus locaux. Dans le Var, la campagne se déroule donc auprès des représentants du territoire, mais ses tensions peuvent aussi atteindre les militants.

La candidate raconte avoir déposé plusieurs plaintes. Elles portent sur des menaces de viol, de mort et de séquestration, mais aussi sur des dégradations et un cambriolage. Les messages auraient été envoyés par plusieurs comptes sur les réseaux sociaux. Lilia Mebarkia estime toutefois qu’ils pourraient appartenir à une même personne.

Selon son témoignage, le harcèlement numérique s’est intensifié au fil des mois. Les messages lui auraient parfois donné des informations précises sur son domicile, son véhicule ou certains de ses déplacements. Ce type de détail change la nature de la menace : la victime ne sait plus si elle fait face à une provocation en ligne ou à une surveillance réelle.

Des intimidations qui commencent après une prise de parole

Les premiers faits remontent à février 2026, après une manifestation en soutien à la Palestine. Lilia Mebarkia y avait pris la parole au nom de son parti. Elle pense avoir été repérée à cette occasion.

Peu après, un voisin lui aurait demandé si elle militait à La France insoumise. Elle dit avoir remarqué qu’il portait une veste ornée d’une croix celtique, un symbole parfois utilisé par des mouvances d’extrême droite. Cette observation, à elle seule, ne permet pas d’établir l’identité d’un agresseur. Elle s’inscrit toutefois, selon la militante, dans une série d’événements rapprochés.

Début mars, la poussette médicale de son fils handicapé aurait été endommagée. Les quatre roues auraient été frappées à coups de couteau. Le lendemain, sa boîte aux lettres aurait été pliée. Quelques heures plus tard, un groupe aurait fait du bruit sous ses fenêtres vers 4 heures du matin.

Lilia Mebarkia indique avoir alors déposé une première plainte. Elle affirme avoir rencontré un accueil difficile au commissariat, avant d’obtenir une protection policière de plusieurs jours auprès d’un autre interlocuteur. Des militants de La France insoumise auraient également organisé des rondes dans son quartier.

La candidate a ensuite installé des caméras de vidéosurveillance et changé la serrure de sa porte. Ces mesures montrent une conséquence concrète du harcèlement : la personne visée doit modifier son quotidien, financer sa propre protection et mobiliser son entourage pour se sentir en sécurité.

Quand le cyberharcèlement déborde sur la vie privée

Les premiers messages en ligne auraient commencé début juillet. Lilia Mebarkia dit avoir bloqué entre dix et quinze comptes. Elle décrit des menaces de viol, de séquestration et de meurtre. Elle affirme aussi que certains messages visaient son engagement politique, La France insoumise, Jean-Luc Mélenchon et ses publications sur les réseaux sociaux.

La militante attribue ces comptes à une personne se revendiquant de l’extrême droite et se présentant comme favorable à Jordan Bardella et Marine Le Pen. Cette affirmation relève de son témoignage. Seule l’enquête pourra déterminer qui se trouve derrière les comptes, s’ils appartiennent à une même personne et quelles infractions peuvent être retenues.

À son retour de vacances, début août, elle aurait retrouvé son appartement dégradé et cambriolé. De l’électroménager et des aspirateurs auraient notamment été volés. Elle décrit un logement dans un état très dégradé, avec des dommages concentrés sur le sol et un mur.

Une nouvelle plainte a été déposée. Pour la candidate, l’enjeu est désormais de relier les différents épisodes. Des menaces en ligne, une poussette dégradée, des nuisances nocturnes et un cambriolage peuvent être traités séparément. Mais s’ils sont liés, leur portée judiciaire et leur gravité changent.

Un problème qui dépasse le seul cas de Toulon

Les violences visant des responsables politiques et des élus ne se limitent pas aux agressions physiques. Le gouvernement indique que 24 % des attaques recensées contre des élus ont été commises sur internet. Les menaces numériques peuvent toucher directement la personne, mais aussi ses proches et son domicile.

Le bilan officiel des atteintes aux élus fait état de 2 501 faits en 2024, après 2 759 en 2023. Cette baisse ne signifie pas que la pression a disparu. Elle masque des situations très différentes selon les territoires et les victimes. Un élu disposant de moyens municipaux, d’un service juridique ou d’un accès rapide aux autorités n’est pas exposé dans les mêmes conditions qu’un militant isolé ou qu’une candidate sans mandat exécutif.

La réponse publique repose notamment sur la protection policière, le suivi des plaintes et l’accompagnement des victimes. La loi du 21 mars 2024 a renforcé la protection des maires et des élus locaux. Mais Lilia Mebarkia n’est pas maire ni sénatrice. Son cas pose donc une question plus large : comment protéger les candidats, les militants et les collaborateurs engagés dans la vie démocratique, avant même leur éventuelle élection ?

Le numérique ajoute une difficulté. Un harceleur peut multiplier les comptes, changer de plateforme et agir à toute heure. La victime doit conserver les messages, les captures d’écran, les dates et les identifiants. Elle doit aussi prouver le lien entre des faits qui ne se déroulent pas au même endroit. Dans ce contexte, le dépôt de plainte constitue une étape essentielle, mais il ne garantit pas une réponse immédiate.

À Toulon, des militants dénoncent un climat politique tendu

Lilia Mebarkia n’est pas la seule militante de La France insoumise à évoquer des intimidations dans le secteur toulonnais. Un autre militant, présenté sous un prénom modifié, affirme que son domicile a été pris pour cible à plusieurs reprises en début d’année.

Il raconte avoir été insulté par plusieurs personnes, puis menacé devant sa porte. Des dégradations auraient également touché le hall de son immeuble. Des autocollants portant des références nazies auraient été apposés sur les boîtes aux lettres. Une plainte aurait été déposée. Le procès des personnes soupçonnées doit se tenir à la mi-septembre 2026, selon les éléments communiqués.

Ces récits sont portés par des militants directement concernés. Ils documentent une réalité particulière, mais ne suffisent pas à établir l’existence d’une stratégie coordonnée à l’échelle locale. Les enquêteurs devront distinguer les faits, identifier les auteurs éventuels et déterminer les mobiles.

De son côté, La France insoumise voit dans ces menaces le produit d’un climat de stigmatisation politique. Ses responsables estiment que la présentation du parti comme une formation dangereuse ou violente peut contribuer à désinhiber certains passages à l’acte. Ses opposants répondent que la critique d’un parti, même vive, reste légitime et ne peut être assimilée à une menace. La limite se situe lorsque commencent les intimidations, les dégradations ou les violences.

La candidate veut continuer à militer

Lilia Mebarkia dit avoir eu peur, notamment lorsque des informations sur son domicile ont été mentionnées. Elle affirme pourtant ne jamais avoir envisagé d’arrêter son activité politique ou associative.

« Ce ne sont pas ces personnes-là qui vont décider qui prendra part, ou pas, à la vie démocratique », déclare-t-elle. Elle espère maintenant que la médiatisation de son témoignage permettra de rapprocher les différentes plaintes et d’identifier les responsables.

Le parquet de Toulon n’avait pas répondu aux sollicitations au moment des faits rapportés. Les prochaines étapes sont donc judiciaires. Elles concernent l’exploitation des messages, les éventuelles images de vidéosurveillance, les dégradations signalées et les liens possibles entre les différents épisodes.

Le calendrier électoral ajoute une échéance précise. Les candidatures aux sénatoriales doivent être déposées en préfecture du 7 au 11 septembre 2026. Puis les grands électeurs voteront le 27 septembre. D’ici là, il faudra suivre l’évolution des enquêtes et vérifier si les plaintes de Lilia Mebarkia donnent lieu à des rapprochements ou à de nouvelles auditions.

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