Le collectif identifié à l’extrême droite, Némésis, a annoncé jeudi 5 mars 2026 qu’il ne participerait pas au cortège parisien prévu pour le 8 mars 2026, journée internationale des droits des femmes. Dans un message transmis à l’Agence France-Presse, sa présidente, Alice Cordier, a indiqué que le mouvement tiendrait « un hommage aux victimes, en remplacement de son cortège habituel dans la manifestation [du mouvement féministe] Nous Toutes ».
Un rassemblement alternatif dans le 16e arrondissement
Plutôt que d’intégrer la marche organisée par les collectifs féministes, Némésis a choisi d’organiser son propre rassemblement dans le 16e arrondissement de Paris. Le communiqué transmis à l’AFP ne précise pas l’heure exacte ni le lieu précis du rassemblement, mais confirme l’intention du collectif de se tenir séparé du cortège principal du 8 mars 2026.
Cette décision intervient après des demandes formulées par plusieurs organisations et syndicats auprès des autorités, qui visaient à empêcher la participation de Némésis au défilé parisien.
Pression des associations et position des autorités
La préfecture de police de Paris a reçu, la semaine passée, des représentants d’organisations qui ont adressé une lettre au ministre de l’Intérieur, Laurent Nuñez, demandant l’interdiction de la présence du collectif identitaire dans le cortège. Parmi les signataires figuraient la CGT, la CFDT, l’Unsa, Solidaires, la FSU, le Planning familial et Osez le féminisme.
Selon l’entourage du ministre cité dans le communiqué, les discussions entre les autorités et ces organisations ont conduit à une solution qualifiée de « convenant à tout le monde » : Némésis tiendrait un rassemblement distinct, plutôt que d’intégrer la manifestation organisée par les féministes.
Les syndicats et associations requérants avaient expliqué dans leur démarche que, « depuis plusieurs années, les manifestations organisées pour le 8 mars étaient perturbées par la participation de Némésis ». Ils mettaient en avant un risque de perturbation des rassemblements féministes et demandaient aux autorités d’en tenir compte dans le dispositif public et d’ordre.
Accusations d’intrusions et craintes des organisateurs
L’association Osez le Féminisme a dénoncé « les intrusions répétées de militantes de Némésis dans des rassemblements, des manifestations et des événements féministes », ainsi que leurs « accointances avec des groupuscules identitaires » et ce qu’elle qualifie d’« instrumentalisation du discours féministe à des fins racistes », qualifiée par l’association de « la définition du fémonationalisme ».
Suzy Rojtman, porte-parole du Collectif national pour les droits des femmes (CNDF), l’un des organisateurs de la manifestation parisienne, a déclaré: « On reste prudentes. On n’est pas à l’abri que d’autres groupes du même type (…) veuillent s’approcher de nos manifestations. On veut pouvoir manifester sur nos propres mots d’ordre et valeurs. »
Contexte: un incident violent en février
Le débat autour de la présence de Némésis dans les rassemblements féministes s’inscrit dans un contexte tendu. Le 14 février 2026, à Lyon, le militant d’extrême droite Quentin Deranque, âgé de 23 ans, est mort après avoir été violemment frappé, selon les éléments rapportés. Il était venu assurer la sécurité de militantes de Némésis qui manifestaient contre la venue de l’eurodéputée insoumise Rima Hassan, venue pour une conférence à Sciences Po Lyon.
Les circonstances de cet épisode ont été évoquées par plusieurs organisations comme un signe des risques d’affrontements entre groupes antagonistes lors de manifestations politiques ou militantes.
Les autorités, les organisateurs de la manifestation du 8 mars 2026 et les collectifs concernés se trouvent désormais dans une séquence de préparation et de coordination pour garantir la tenue des rassemblements, tout en limitant les risques de heurts et en préservant la liberté de manifester des organisations féministes.













