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MUNICIPALITéS Le pouvoir des maires

Qui défendra le mieux les communes ? Le duel Lisnard-Laurent redessine le pouvoir des maires face à l’État

David Lisnard brigue un nouveau mandat à la tête de l’AMF face à Philippe Laurent. Soutenu par une alliance pluraliste, le maire de Cannes part favori, mais le scrutin interroge l’indépendance de l’association avant 2027.

Salle de conseil municipal française avec élus anonymes, micros et une chaise vide autour d’une table en bois
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En bref

David Lisnard, président sortant de l’Association des maires de France, affrontera Philippe Laurent lors du vote des 23 et 24 novembre 2026. Son avance en parrainages et son alliance avec le socialiste Jean-François Debat le placent en position favorable, tandis que son adversaire questionne le lien entre l’AMF et la présidentielle de 2027.

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À quelques mois de l’élection présidentielle de 2027, David Lisnard joue une autre bataille nationale : conserver la présidence de l’Association des maires de France. Pour les élus locaux, ce scrutin ne désigne pas seulement un porte-parole. Il peut aussi influer sur le rapport de force avec l’État.

Une élection interne, mais un enjeu politique national

L’Association des maires de France, ou AMF, représente les communes et les intercommunalités auprès du gouvernement et du Parlement. Elle intervient notamment sur les finances locales, la décentralisation, la sécurité des élus et les règles qui encadrent l’action municipale.

Ses adhérents renouvellent leurs instances dirigeantes tous les trois ans. Le scrutin concerne la présidence, mais aussi un bureau de 36 membres et un comité directeur de 100 membres. Ces organes fixent les grandes orientations de l’association et portent ses revendications auprès des pouvoirs publics.

En 2026, le vote doit se tenir en ligne les 23 et 24 novembre, pendant le 108e Congrès des maires, organisé à Paris, porte de Versailles. La date intervient quelques mois après les élections municipales de mars 2026 et à l’approche de la présidentielle prévue en avril et mai 2027.

Le calendrier donne donc à cette élection une portée particulière. Le président de l’AMF sera appelé à dialoguer avec le prochain gouvernement, quel qu’il soit. Il devra aussi défendre les intérêts de communes fragilisées par la hausse des coûts, les contraintes budgétaires et la complexité administrative.

David Lisnard part avec un avantage net

Deux candidats ont officiellement déposé leur candidature : David Lisnard, maire de Cannes et président sortant, et Philippe Laurent, maire UDI de Sceaux, dans les Hauts-de-Seine.

Le règlement exige au moins 11 parrainages de membres sortants du bureau ou du comité directeur. David Lisnard en a présenté 106. Philippe Laurent en a déposé 13. Cet écart ne préjuge pas du résultat final, mais il donne au président sortant une longueur d’avance dans la bataille politique.

David Lisnard dirige l’AMF depuis 2021. Il avait alors remporté l’élection face à Philippe Laurent avec 62,3 % des suffrages exprimés. Le maire de Cannes s’était appuyé sur une alliance avec André Laignel, figure socialiste et alors premier vice-président délégué de l’association.

Cette fois, la stratégie repose sur une nouvelle organisation de la direction. David Lisnard et Jean-François Debat, maire socialiste de Bourg-en-Bresse, ont déposé une liste commune pour le bureau et le comité directeur. L’objectif est clair : maintenir une direction pluraliste et éviter que l’AMF ne soit perçue comme l’instrument d’un seul camp politique.

La liste commune bénéficie d’un autre avantage. Elle donne à David Lisnard le soutien d’élus socialistes expérimentés dans les affaires locales. Elle peut donc rassurer les maires qui souhaitent préserver l’indépendance de l’association vis-à-vis des partis.

Le rôle des maires au cœur du duel

Les maires ne votent pas seulement pour une personnalité. Ils choisissent une méthode de représentation. Depuis plusieurs années, l’AMF réclame davantage de visibilité financière pour les collectivités et dénonce les décisions nationales prises sans concertation suffisante.

Les communes doivent pourtant composer avec des réalités très différentes. Une grande ville dispose de services administratifs étoffés et d’une capacité d’expertise importante. Une petite commune rurale dépend davantage des dotations, des services de l’intercommunalité et de l’accompagnement des préfectures.

Les contraintes ne sont pas identiques non plus selon les territoires. Les communes touristiques doivent financer des équipements utilisés par une population saisonnière. Les villes industrielles affrontent les mutations économiques. Les communes rurales doivent maintenir des services essentiels malgré une base fiscale souvent limitée.

Dans ce contexte, la présidence de l’AMF permet de porter une ligne nationale. David Lisnard met régulièrement en avant la liberté locale, la responsabilité des élus et la simplification des normes. L’AMF a également demandé que les communes ne soient pas rendues responsables de la dérive des comptes publics et que les relations financières avec l’État soient clarifiées.

Cette position répond aux inquiétudes de nombreux maires. Elle bénéficie cependant davantage aux élus qui veulent contester les décisions centrales et défendre une autonomie accrue. D’autres responsables locaux privilégient une négociation plus étroite avec le gouvernement, notamment lorsque leurs budgets dépendent fortement des mécanismes de péréquation ou des aides de l’État.

Philippe Laurent veut rouvrir le jeu

Philippe Laurent n’est pas un inconnu de l’AMF. Il en a été secrétaire général et connaît les rouages de l’association. Sa candidature permet de transformer le renouvellement interne en véritable scrutin, malgré un rapport de force initial défavorable.

Son principal argument tient à la gouvernance. Face à un président qui dirige aussi le mouvement politique Nouvelle Énergie et qui est désormais engagé dans la préparation de la présidentielle de 2027, Philippe Laurent peut défendre une AMF davantage détachée des ambitions nationales de son rival.

Cette critique concerne un risque précis : celui d’une confusion entre la défense des communes et la promotion d’une ligne politique personnelle. Le président de l’AMF n’est pas élu au suffrage universel. Il parle au nom des maires, mais son exposition médiatique peut aussi renforcer sa propre trajectoire nationale.

David Lisnard bénéficie, de son côté, d’une forte notoriété et d’un bilan de cinq années à la tête de l’association. Ses soutiens peuvent faire valoir son expérience, sa capacité à dialoguer avec les gouvernements et sa visibilité dans les débats sur les finances locales. Ses adversaires soulignent au contraire que cette visibilité rend plus difficile la séparation entre son rôle institutionnel et ses objectifs présidentiels.

Les maires devront donc arbitrer entre continuité et rééquilibrage. Les grands élus disposant de relais politiques nationaux peuvent apprécier la capacité de David Lisnard à peser dans le débat public. Les élus de petites communes peuvent davantage attendre de l’AMF un travail concret sur les normes, les dotations et les services de proximité.

Une campagne qui se jouera sur les alliances

Le soutien de Jean-François Debat constitue le point central de la campagne. Il prolonge une tradition de direction partagée entre la droite et la gauche, destinée à refléter la diversité politique des maires.

Cette alliance peut sécuriser David Lisnard, mais elle crée aussi une tension. Pour les socialistes, participer à la direction de l’AMF permet de préserver une influence dans une institution qui compte près de 35 000 communes adhérentes. Pour David Lisnard, cet accord élargit sa base et limite le risque d’une présidence trop marquée à droite.

Le débat portera aussi sur les priorités du prochain mandat. Les élus devront notamment suivre les finances communales, la répartition des compétences entre l’État et les collectivités, la protection des maires et l’application des règles de parité dans les exécutifs locaux.

Le prochain rendez-vous : le vote des 23 et 24 novembre

La campagne s’achèvera avec le vote électronique des adhérents, les 23 et 24 novembre 2026. Le résultat dépendra du nombre de votants, de la mobilisation des associations départementales de maires et de la capacité de chaque candidat à transformer ses soutiens institutionnels en bulletins.

David Lisnard apparaît en position favorable grâce à son statut de président sortant, à son nombre de parrainages et à l’accord conclu avec une partie importante des élus socialistes. Philippe Laurent conserve toutefois une fenêtre de tir : celle d’un vote sanction contre la personnalisation de l’AMF et la proximité entre la présidence de l’association et la campagne présidentielle.

Dans les prochaines semaines, il faudra donc surveiller la composition définitive des listes, les prises de position des grandes associations départementales et les propositions avancées sur les finances locales. C’est sur ces sujets concrets, plus que sur les étiquettes politiques, que se jouera la crédibilité des deux candidatures.

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