Gaz russe en Europe : la baisse des achats suffit-elle à réduire les revenus de Moscou sans fragiliser l’approvisionnement ?
L’Union européenne a fortement réduit ses importations d’énergie russe, mais le gaz liquéfié continue d’arriver, notamment en France. Avec une interdiction progressive prévue à partir de 2027, la sortie dépendra aussi de la capacité à diversifier les approvisionnements.

Depuis 2022, l’Union européenne a fortement réduit sa dépendance au gaz russe, mais certains achats persistent, notamment sous forme de GNL. Une interdiction progressive doit s’appliquer à partir de 2027. Son calendrier met en jeu les revenus de Moscou, la sécurité énergétique européenne et la capacité des pays à trouver d’autres fournisseurs sans provoquer de tensions sur les prix.
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Comment soutenir l’Ukraine tout en achetant encore du gaz à la Russie ? Pour les Européens, cette contradiction touche autant la sécurité du continent que le coût du chauffage et la compétitivité des entreprises.
L’Union européenne a fortement réduit sa dépendance depuis l’invasion du 24 février 2022. Mais les sanctions n’ont pas immédiatement interdit tous les hydrocarbures russes. Des contrats, des exemptions et des contraintes d’approvisionnement ont maintenu une partie des échanges.
320 milliards de dollars : le bilan revendiqué par Moscou
Le vice-Premier ministre russe Alexandre Novak affirme que les pays de l’Union européenne ont acheté plus de 320 milliards de dollars d’hydrocarbures russes depuis 2022. Cela représente environ 286 milliards d’euros dans la conversion accompagnant cette déclaration. Il avance également 21,3 milliards de dollars pour les neuf premiers mois de 2026.
Ces montants correspondent au bilan présenté par Moscou, pas à un décompte européen. Selon Novak, ils excluent les hydrocarbures arrivés indirectement en Europe après transformation dans des pays tiers, notamment l’Inde et la Turquie.
La Russie a un intérêt politique évident à mettre ces achats en avant : souligner la persistance de ses débouchés malgré les sanctions. Toutefois, un cumul financier ne mesure pas, à lui seul, la dépendance actuelle. Il additionne plusieurs années, pendant lesquelles les volumes et les prix ont changé.
Les données européennes donnent un autre éclairage. La Commission indique que la part russe dans les importations de gaz de l’UE est passée de 45 % en 2021 à 12 % en 2025. Les volumes ont reculé de 152 à 36 milliards de mètres cubes. La dépendance a donc nettement diminué, sans disparaître. Le bilan européen de REPowerEU détaille cette réduction des importations russes.
Pourquoi les sanctions ont laissé subsister des achats
Les hydrocarbures regroupent plusieurs marchés : pétrole brut, carburants raffinés et gaz. Or, l’Union n’a pas appliqué les mêmes restrictions à chacun. L’embargo, c’est-à-dire l’interdiction commerciale, a d’abord visé le pétrole transporté par mer et certains produits pétroliers.
Les restrictions européennes s’appliquent depuis le 5 décembre 2022 au brut russe acheminé par bateau, puis depuis le 5 février 2023 aux produits raffinés concernés. En revanche, certains pays enclavés ont conservé des exemptions pour le pétrole livré par oléoduc, notamment la Hongrie et la Slovaquie. Le Conseil explique le périmètre des sanctions européennes sur le pétrole russe.
Ces dérogations donnent du temps aux États concernés pour remplacer leurs approvisionnements. Elles préservent aussi des débouchés pour Moscou. Le compromis européen cherche ainsi à réduire les recettes russes sans provoquer une rupture énergétique immédiate.
Autre difficulté : un pays peut acheter du brut russe, le raffiner, puis exporter du diesel. Pour fermer cette voie indirecte, le dix-huitième train de sanctions, adopté le 18 juillet 2025, a prévu une interdiction des produits raffinés issus de pétrole russe dans des pays tiers. Le dispositif comporte des exceptions pour plusieurs partenaires. L’origine de la matière première devient donc centrale dans les contrôles. Les mesures européennes contre les carburants fabriqués à partir de brut russe.
La France reste concernée par le gaz liquéfié
Le gaz naturel liquéfié, ou GNL, se transporte par bateau après refroidissement. Il offre une alternative aux gazoducs, mais permet aussi au gaz russe d’atteindre les terminaux européens.
La France occupe une place importante dans ces échanges. D’après l’Institute for Energy Economics and Financial Analysis, elle a importé davantage de GNL russe que tout autre pays européen au premier trimestre 2026. La Russie représentait alors 35 % de ses importations de GNL. Attention : cette proportion ne désigne ni l’ensemble du gaz importé, ni la consommation française. Le suivi des importations européennes de GNL distingue les pays et les fournisseurs.
Le centre de recherche CREA souligne une difficulté supplémentaire : après regazéification et injection dans le réseau européen, l’origine du gaz devient difficile à suivre. Un point d’entrée portuaire ne permet donc pas d’identifier précisément les consommateurs finaux. Cette circulation limite la portée des bilans strictement nationaux.
Les contraintes diffèrent également selon les territoires. Les pays disposant de terminaux peuvent diversifier leurs arrivages maritimes. Les États enclavés dépendent davantage des interconnexions avec leurs voisins. La Commission suit notamment des travaux d’infrastructure en Europe centrale et du Sud-Est pour accompagner la sortie du gaz russe.
Couper les recettes russes sans déplacer la dépendance
La critique politique porte sur les revenus que ces achats continuent d’apporter à Moscou. Le 12 octobre 2026, la ministre suédoise des Affaires étrangères, Maria Malmer Stenergard, a dénoncé des achats de produits russes dépassant, selon elle, l’aide apportée à l’Ukraine. Elle a également plaidé pour mobiliser les avoirs russes gelés dans l’Union.
À cette exigence de pression financière répond une contrainte d’approvisionnement. Le Conseil défend une interdiction progressive du gaz russe pour limiter les conséquences sur les prix et les marchés. Cette transition bénéficie aux acheteurs qui doivent remplacer leurs contrats. En contrepartie, elle prolonge temporairement certains échanges avec la Russie.
Remplacer un fournisseur ne suffit cependant pas à assurer l’indépendance. L’IEEFA alerte sur le poids croissant du GNL américain : les importations européennes ont plus que triplé entre 2021 et 2025. Sa critique invite à distinguer diversification des fournisseurs et réduction durable des besoins en gaz. L’analyse de l’IEEFA sur la dépendance européenne croissante au GNL américain.
Le rendez-vous décisif du 1er janvier 2027
Le règlement adopté le 26 janvier 2026 transforme la sortie du gaz russe en obligation. Pour les contrats de long terme, l’interdiction du GNL s’appliquera le 1er janvier 2027. Celle du gaz par gazoduc interviendra le 30 septembre 2027, ou le 1er novembre si les objectifs de stockage hivernal ne sont pas atteints. Le calendrier légal de l’arrêt des importations européennes de gaz russe.
Dans les prochaines semaines, l’enjeu sera donc concret : remplacer les cargaisons encore autorisées, préparer les approvisionnements hivernaux et contrôler leur origine. Le passage au 1er janvier permettra de mesurer l’application de l’interdiction du GNL, au-delà des annonces politiques.



