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POLITIQUES COMMUNES Usines européennes, cap climatique en débat

Industrie automobile européenne : le compromis sur 2035 protège les usines, mais relâche le cap climatique

Paris et Berlin veulent assouplir les règles d’émissions des voitures neuves tout en réservant une place accrue aux composants fabriqués en Europe. Le compromis doit encore être approuvé par les institutions de l’Union.

Des modules de batteries automobiles avancent sur un convoyeur entre les postes d’assemblage d’un atelier industriel.
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En bref

Paris et Berlin proposent de ramener à 90 % la réduction des émissions de CO2 des voitures neuves en 2035, sans compenser les 10 % restants. En contrepartie, ils veulent conditionner certains soutiens publics à une part accrue de composants européens. Le compromis reste soumis aux négociations et à l’approbation des institutions de l’Union.

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Comment préserver les emplois automobiles en Europe sans ralentir la baisse des émissions ? Le compromis trouvé par Paris et Berlin le 15 octobre 2026 lie ces deux enjeux : davantage de production européenne, contre des contraintes climatiques moins fortes.

Pour les automobilistes, il ne change pas immédiatement les règles d’achat. Pour les usines, les fournisseurs et les fabricants de batteries, il dessine toutefois une nouvelle orientation. Encore faut-il que les autres États membres et le Parlement européen l’acceptent.

2035 : une bataille sur les émissions des voitures neuves

Le débat concerne les voitures neuves, pas l’interdiction de circuler avec un véhicule déjà acheté. Autre distinction essentielle : Paris et Berlin défendent une position commune. Leur accord ne modifie pas, à lui seul, le droit européen.

Le point de départ est l’objectif de réduction de 100 % des émissions de CO2 à l’échappement des voitures neuves en 2035. La Commission européenne a proposé de l’assouplir le 16 décembre 2025. Son projet ramène cette baisse à 90 %, par rapport à 2021.

Dans ce paquet européen pour l’industrie automobile, les émissions restantes doivent trouver une compensation. Celle-ci repose sur l’acier bas carbone produit dans l’Union, les carburants de synthèse ou les biocarburants. Il ne s’agit donc pas simplement d’autoriser 10 % de voitures thermiques : la règle porte sur les émissions moyennes des véhicules vendus.

Le compromis franco-allemand franchit une étape supplémentaire. Il conserve l’objectif de baisse de 90 %, mais propose de supprimer la compensation des 10 % restants. Berlin obtient ainsi une marge de manœuvre supplémentaire pour les constructeurs encore engagés dans les motorisations thermiques.

Le soutien public comme levier pour produire en Europe

En contrepartie, l’Allemagne accepte une préférence européenne plus stricte dans l’automobile. Le principe consiste à conditionner certains financements publics à l’origine des composants. L’objectif français est de soutenir la production locale, plutôt que de financer seulement l’achat de véhicules assemblés avec des pièces importées.

Selon les critères présentés par l’Élysée, 70 % des composants des véhicules concernés devraient relever de cette préférence, ainsi que 10 % du contenu des batteries. Ces seuils concernent les véhicules entrant dans le dispositif, pas toutes les voitures commercialisées en Europe.

La fabrication pourrait également avoir lieu chez certains partenaires proches, notamment au Royaume-Uni, en Norvège et en Suisse. Les modalités restent à préciser. La liste des pays admissibles et la méthode de calcul du contenu local seront donc déterminantes.

Les équipementiers européens, qui fabriquent les pièces, ont intérêt à des critères exigeants. Ceux-ci peuvent leur réserver davantage de commandes liées aux aides publiques. À l’inverse, les constructeurs qui dépendent de fournisseurs extérieurs ont intérêt à conserver un périmètre géographique plus large.

Cette négociation dépasse ainsi la nationalité des marques. Une voiture portant un nom européen ne garantit pas que ses composants viennent d’Europe. Le compromis cherche à protéger une part plus importante de la fabrication, face notamment à la concurrence chinoise.

Des intérêts différents entre moteurs, batteries et petites entreprises

L’assouplissement climatique bénéficie d’abord aux industriels qui veulent prolonger leurs gammes thermiques ou hybrides. Il leur laisse davantage de latitude pour répartir leurs investissements. Mais les acteurs engagés dans les batteries et les véhicules électriques recherchent, eux, une demande suffisamment prévisible.

La Commission reconnaît ce besoin de soutien industriel. Son paquet prévoit notamment 1,8 milliard d’euros pour renforcer la filière européenne des batteries, dont 1,5 milliard de prêts sans intérêts aux producteurs de cellules. Ces mesures accompagnent la transition ; elles ne remplacent pas les débouchés commerciaux nécessaires aux usines.

Pour les petits fournisseurs, le bilan dépendra des commandes réellement obtenues. Une préférence locale peut ouvrir des marchés. Elle ne garantit cependant ni leur répartition entre grands groupes et sous-traitants, ni la capacité de chaque entreprise à financer sa transformation. Ce sont deux questions distinctes que les négociations devront traiter.

Les ménages ont également des intérêts différents. Les salariés des bassins automobiles attendent une protection de l’activité. Les acheteurs, eux, doivent pouvoir accéder à des véhicules adaptés à leur budget. Un critère d’origine industrielle ne constitue pas, en lui-même, une garantie de prix bas.

Les flottes d’entreprises, un enjeu pour le marché de l’occasion

Paris et Berlin souhaitent aussi assouplir le projet européen sur les flottes d’entreprises, en intégrant certains véhicules thermiques à faibles émissions. Ce volet compte particulièrement : les entreprises représentent 60 % des immatriculations de voitures neuves dans l’Union, selon la Commission.

La proposition européenne sur les véhicules d’entreprise prévoit, à partir de 2030, des objectifs nationaux concernant les achats des grandes entreprises. Elle distingue les voitures et les utilitaires, avec une part minimale de véhicules sans émissions.

L’enjeu dépasse donc les gestionnaires de flottes. La Commission entend aussi alimenter plus rapidement le marché de l’occasion en véhicules propres. Un ralentissement de cette électrification pourrait réduire ce levier pour les particuliers qui n’achètent pas neuf. L’ampleur de cet effet dépendra des obligations finalement retenues.

Protéger l’industrie : deux stratégies qui s’opposent

Pour Paris et Berlin, davantage de souplesse doit permettre de préserver la production pendant sa transformation. La Commission défend également une approche combinant compétitivité, flexibilité et transition, dans sa présentation des mesures de soutien au secteur automobile.

L’organisation environnementale Transport & Environment conteste cette stratégie. Dans sa position sur la révision des normes automobiles de CO2, elle estime qu’affaiblir le cap de 2035 menace aussi la compétitivité et l’emploi. Son argument : un signal moins clair retarde l’électrification européenne face aux fabricants chinois.

La prochaine étape sera la traduction du compromis dans les négociations européennes. Trois points permettront d’en mesurer la portée : la compensation des émissions résiduelles, les critères précis du contenu européen et les obligations des flottes. Le Conseil de l’Union, qui réunit les États membres, et le Parlement européen devront encore se prononcer.

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