Partir avec Erasmus+ : les compétences gagnées à l’étranger valent-elles le coût réel du départ ?
La dixième édition des Erasmus Days, du 12 au 17 octobre 2026, met en avant les compétences acquises grâce à la mobilité. Mais aides tardives, coûts de vie et accès inégal aux financements peuvent encore freiner les départs.

Les Erasmus Days 2026 valorisent les compétences professionnelles et personnelles acquises lors d’une expérience à l’étranger, ouverte à plusieurs publics et secteurs. Pourtant, des étudiants signalent des bourses insuffisantes, des versements tardifs et des difficultés de logement. Des aides à l’inclusion existent, mais leur accès dépend notamment du profil et, dans certains cas, des règles de
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Partir à l’étranger peut aider à apprendre un métier, gagner en autonomie ou reprendre confiance. Mais cette possibilité reste-t-elle accessible quand on manque d’argent, d’informations ou d’accompagnement ?
Les Erasmus Days 2026 mettent cette question en lumière, même si leur objectif premier reste de valoriser la mobilité européenne. Du 12 au 17 octobre, leur dixième édition consacrera six jours aux compétences acquises à l’étranger. Des milliers d’événements sont annoncés dans plus de 50 pays.
Erasmus+, bien au-delà du semestre universitaire
Erasmus+ ne concerne pas uniquement les étudiants. Le programme européen couvre aussi l’enseignement scolaire, la formation professionnelle, l’éducation des adultes, la jeunesse et le sport. Les Erasmus Days réunissent ces six secteurs autour de rencontres, d’ateliers et de témoignages. L’Agence Erasmus+ France / Éducation Formation coordonne cette mobilisation.
Lors de la présentation du 8 octobre, sa directrice, Nelly Fesseau, a rappelé : « Erasmus ce n’est pas que pour les étudiants, c’est aussi pour l’éducation des adultes ». Élèves, apprentis, demandeurs d’emploi, enseignants et formateurs peuvent donc également bénéficier de possibilités de mobilité.
Sur l’année scolaire 2024-2025, un peu plus de 200 000 personnes en France ont bénéficié d’une mobilité. Ce chiffre mesure des départs effectifs. Il ne faut pas le confondre avec la fréquentation des manifestations organisées pendant les Erasmus Days.
Le rendez-vous existe depuis 2017. En 2025, les organisateurs avaient recensé plus de 10 300 événements dans 59 pays. Ce précédent montre l’ampleur de la mobilisation, mais ne constitue pas le bilan de l’édition 2026, encore à venir.
Des compétences utiles, sans promesse automatique d’emploi
Cette année, les organisateurs privilégient les apprentissages concrets. Pratiquer une langue, découvrir une méthode professionnelle ou travailler avec une équipe étrangère : la mobilité dépasse le voyage. Elle peut aussi développer des compétences relationnelles, comme l’écoute, l’adaptation et la coopération.
Une enquête Erasmus+ citée lors de la présentation indique que 84 % des bénéficiaires déclarent avoir significativement amélioré leurs compétences professionnelles. Le mot « déclarent » compte. Ce résultat traduit leur perception ; il ne mesure pas directement une progression salariale ou un accès garanti à l’emploi.
Les témoignages donnent une traduction humaine à ces apprentissages. Leila, partie à 17 ans dans une école Montessori en Italie, explique avoir développé l’écoute active et la compréhension du langage non verbal. Elle relie désormais cette expérience à sa formation dans les métiers de la petite enfance.
Sophie, partie un mois en volontariat en Croatie à 18 ans, décrit une autre trajectoire. Cette expérience l’a conduite vers l’engagement associatif, puis vers un nouveau volontariat en Roumanie. Pour elle, le bénéfice dépasse donc la seule préparation professionnelle.
Pour les participants, l’enjeu tient à ces acquis personnels et professionnels. Les établissements, eux, cherchent aussi à valoriser leurs projets internationaux. L’Agence française inscrit cette édition dans l’« Union des compétences », la stratégie européenne qui relie formation et avenir économique. Cette lecture bénéficie également aux employeurs recherchant des profils capables de s’adapter.
Le coût du départ reste un obstacle majeur
Cependant, valoriser les bénéfices ne suffit pas à rendre le départ possible. Le réseau associatif Erasmus Student Network apporte un contrepoint documenté. Son enquête européenne sur les obstacles à la mobilité étudiante, publiée dans sa version finale en novembre 2024, rassemble environ 23 000 réponses. Elle couvre plusieurs formes d’échanges, pas seulement les départs français.
Parmi les étudiants interrogés, 35,63 % signalent une bourse insuffisante pour couvrir leurs frais de vie. Par ailleurs, 62,7 % indiquent avoir reçu leur financement seulement après leur départ. Ces résultats décrivent l’expérience des répondants, et non celle de chaque bénéficiaire d’Erasmus+.
Cette difficulté change la portée d’une aide. Une famille disposant d’épargne peut avancer les premières dépenses. Un étudiant sans réserve financière risque, lui, de renoncer avant le versement. C’est une conséquence concrète des retards signalés, même lorsque le séjour bénéficie finalement d’un financement.
Le logement ajoute une contrainte. Dans les premiers résultats de cette même enquête, 35,5 % des répondants évoquent la difficulté de trouver un hébergement abordable. Le réseau étudiant soutient la mobilité, mais souligne ainsi les conditions matérielles nécessaires pour qu’elle profite réellement au plus grand nombre.
Des aides ciblées, avec des différences entre établissements
Le programme prévoit des soutiens supplémentaires pour certains publics. Le guide français Erasmus+ sur l’inclusion en 2026 fixe notamment un complément de 250 euros mensuels pour les mobilités longues dans l’enseignement supérieur. Ce supplément s’ajoute à la bourse Erasmus+ des étudiants éligibles.
Certains critères ouvrent ce droit automatiquement : bourses sur critères sociaux aux échelons 6 et 7, handicap ou maladie chronique. Pour les conventions 2025 et 2026, les établissements peuvent aussi définir des critères complémentaires. Ils doivent respecter les droits nationaux et publier leur politique d’inclusion.
Cette souplesse permet d’adapter l’accompagnement aux réalités locales. En revanche, elle implique de vérifier les règles propres à son établissement. Les habitants de quartiers prioritaires ou de zones rurales concernées ne relèvent pas tous automatiquement du même dispositif dans l’enseignement supérieur.
Le guide distingue également les secteurs. Dans l’enseignement scolaire, la formation professionnelle et l’éducation des adultes, le forfait d’inclusion atteint 125 euros par participant éligible, versés à l’organisme. Des financements sur frais réels existent aussi, notamment pour des besoins liés au handicap ou à une affection de longue durée.
Du 12 au 17 octobre, rendre visibles les conditions du départ
La semaine permettra de confronter les témoignages aux questions pratiques. À l’université d’Évry, une réunion d’information sur les mobilités d’études et de stage figure au programme du 12 octobre, à 12 h 30. Des expositions suivront jusqu’au 17 octobre.
Au-delà du nombre d’événements, plusieurs points mériteront donc attention pendant ces six jours : les informations sur les aides, leur calendrier de versement et l’accompagnement proposé. Les difficultés documentées par les étudiants fournissent une grille concrète pour examiner les réponses des établissements. L’enjeu reste de rapprocher la possibilité annoncée du départ effectivement réalisable.



