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ÉCONOMIE

Superprofits de TotalEnergies : pourquoi la facture des carburants relance le débat sur l’impôt des géants de l’énergie

Les résultats records de TotalEnergies ravivent la colère autour des superprofits. Entre pouvoir d’achat, prix à la pompe et fiscalité, le débat porte surtout sur la part réellement imposée en France.

superprofits TotalEnergies

À la pompe, qui paie la facture quand le baril remonte ?

Pour un automobiliste, la hausse des carburants ne se lit pas dans un bilan comptable. Elle se voit au moment de faire le plein, surtout quand les prix repartent à la hausse après une période de tension sur les marchés pétroliers. C’est dans ce contexte que les résultats trimestriels de TotalEnergies ont relancé, une nouvelle fois, le débat sur les superprofits.

Le sujet est politique autant qu’économique. D’un côté, l’État cherche à contenir l’effet des chocs énergétiques sur les ménages. De l’autre, les grandes entreprises de l’énergie rappellent qu’elles investissent, embauchent et prennent des risques dans un marché mondial très instable. Entre les deux, la question reste simple : qui doit absorber le choc quand les prix montent ?

Des profits élevés, un débat immédiatement rouvert

TotalEnergies a annoncé le 29 avril un résultat net ajusté de 5,4 milliards de dollars pour le premier trimestre 2026, après 3,837 milliards au quatrième trimestre 2025. La publication a aussi été accompagnée d’un nouvel acompte sur dividende, relevé de 5,9 % au titre de l’exercice 2026. Dans le même temps, la compagnie dit avoir été portée par des prix de l’énergie plus élevés et par des opérations de trading favorables.

La séquence a aussitôt nourri les critiques à l’Assemblée. Une proposition de loi portant création d’une contribution exceptionnelle de solidarité sur les superprofits des entreprises pétrogazières a été mise en ligne le 14 avril 2026. Une autre initiative parlementaire vise aussi à bloquer les prix du gaz et des carburants en période de crise. Le retour du mot « superprofits » dit bien l’enjeu : faire contribuer davantage les entreprises qui profitent d’un choc qui pénalise le pouvoir d’achat.

Dans le camp opposé, TotalEnergies met en avant un autre argument. Le groupe a indiqué avoir prolongé le plafonnement du prix de l’essence à 1,99 euro le litre et du diesel à 2,09 euro le litre jusqu’au 7 avril dans ses 3 300 stations-service métropolitaines, puis avoir maintenu en avril une politique de plafonnement ajustée à 1,99 euro pour l’essence et 2,25 euros pour le diesel. À la veille du mois de mai, il a encore annoncé la poursuite du dispositif. L’entreprise veut ainsi montrer qu’elle amortit déjà une partie du choc pour ses clients français.

Pourquoi l’entreprise dit payer peu en France

Le vrai nœud du dossier n’est pas seulement le niveau du bénéfice. C’est aussi sa localisation. Devant les députés, la directrice France de TotalEnergies a expliqué que le groupe aimerait payer des impôts en France, mais que son activité de raffinage y porte souvent des pertes. Autrement dit, une grande part de la valeur créée par le groupe se fait hors de l’Hexagone, ce qui limite mécaniquement l’assiette fiscale française.

Cette réalité compte pour l’État comme pour le groupe. Pour les finances publiques, taxer un acteur mondialisé n’est jamais aussi simple qu’il y paraît : l’assiette dépend du résultat réalisé sur le territoire national, pas du profit global. Pour TotalEnergies, le risque est inverse : une surtaxe française pourrait encourager des arbitrages d’investissement, alors même que le groupe présente son siège et ses emplois français comme un atout industriel.

Le gouvernement n’ignore pas cette tension. Le budget 2025 a déjà instauré une contribution exceptionnelle sur les bénéfices des grandes entreprises, calculée sur la moyenne du résultat d’exploitation 2024-2025 avec un taux de 12 %. Cette mesure a été reconduite pour 2026. Le débat actuel porte donc moins sur l’existence d’une taxe que sur son niveau, son ciblage et sa durée.

Qui gagne, qui perd, et ce que ça change concrètement

Les ménages dépendants de la voiture sont les premiers exposés. Quand le diesel et l’essence montent, la facture pèse immédiatement sur les budgets modestes, notamment en périphérie et dans les zones rurales. À l’inverse, une hausse de taxe sur les profits pétroliers pourrait apporter des recettes publiques, mais sans garantie de soulager rapidement le plein à la pompe. Le mécanisme agit plus vite sur les comptes de l’État que sur le prix affiché en station.

Les transporteurs, artisans et petites entreprises seraient eux aussi touchés par des prix durablement hauts. Ils ont peu de marge pour absorber le surcoût. En revanche, TotalEnergies et ses actionnaires défendent une logique différente : dans un marché mondialisé, disent-ils, les marges élevées compensent aussi les années de prix bas, les investissements lourds et la volatilité géopolitique. Le groupe met d’ailleurs en avant ses investissements, son rôle dans l’approvisionnement et ses impôts et taxes versés dans le monde.

Reste une donnée politique : le pétrole renvoie rarement à une seule bataille fiscale. Il touche à la souveraineté énergétique, à la transition écologique et au partage de la valeur. Taxer davantage les superprofits peut apparaître comme une réponse immédiate à l’indignation. Mais cela ne règle ni la dépendance aux carburants, ni la sensibilité de l’économie française aux chocs extérieurs. C’est précisément pour cela que le dossier revient à chaque flambée des cours.

Ce qu’il faut surveiller maintenant

La suite se jouera à l’Assemblée, où plusieurs textes sur les superprofits et les prix de l’énergie sont déjà déposés, et dans les arbitrages du gouvernement sur la fiscalité des grandes entreprises. Il faudra aussi regarder l’évolution du marché pétrolier, puisque TotalEnergies a conditionné sa politique de plafonnement au contexte géopolitique. Tant que les cours restent sous tension, la polémique restera elle aussi sous pression.

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