Travail le 1er mai : pourquoi le gouvernement veut sécuriser les boulangeries sans fragiliser les salariés
Après la verbalisation d’un boulanger en Isère, Sébastien Lecornu lui a assuré son soutien. Le gouvernement veut clarifier le travail le 1er mai pour les boulangers et les fleuristes, entre activité locale et protection des salariés.

Un boulanger peut-il faire travailler ses salariés le 1er mai ?
Pour un artisan, la question est simple. Peut-on ouvrir le 1er mai sans risquer une sanction, alors que la clientèle attend du pain frais et que les salariés, eux, ont droit au repos ? En France, cette journée reste un cas à part dans le droit du travail.
Le 1er mai est, par principe, un jour férié et chômé pour tous les salariés. Seuls les établissements dont l’activité ne peut pas s’arrêter, comme certains hôpitaux ou les transports, échappent à cette règle. Pour les boulangeries et les fleuristes, le cadre reste plus étroit et plus fragile.
C’est dans ce flou qu’un boulanger de Bourgoin-Jallieu, en Isère, a reçu la visite de l’inspection du travail après avoir ouvert sa boutique le 1er mai avec sept salariés. Le même jour, Sébastien Lecornu l’a appelé depuis la Haute-Loire, aux alentours de 12h30, pour lui apporter son soutien et lui dire qu’il n’aurait pas à payer d’amende en cas de poursuites.
Un texte pour sortir de l’insécurité juridique
Le gouvernement pousse désormais une proposition de loi pour autoriser, à partir de 2027, les boulangers et les fleuristes à faire travailler leurs salariés le 1er mai. L’exécutif dit vouloir clarifier une situation jugée bancale. Le texte suit une série de verbalisations qui ont crispé la profession, après des sanctions tombées en 2024 et au début de 2026.
Juridiquement, l’enjeu est précis. Aujourd’hui, un artisan peut ouvrir le 1er mai dans certaines conditions, mais la présence de salariés reste très encadrée. Le droit distingue donc l’activité de l’employeur lui-même et celle de ses employés. C’est cette frontière que le gouvernement veut redessiner.
Dans le cas du boulanger isérois, l’exposition financière n’est pas théorique. L’artisan évoque un risque de 5.000 euros d’amende pour les sept salariés présents ce jour-là. Ce montant illustre la pression qui pèse sur les petites entreprises quand la règle n’est pas claire et que le contrôle tombe au moment le plus symbolique de l’année.
Ce que gagneraient les uns, ce que perdraient les autres
Pour les boulangers et les fleuristes, l’avantage est évident : pouvoir répondre à la demande sans mettre leur activité dans la zone grise. Beaucoup de commerces de proximité vivent sur des marges serrées. Un jour férié très fréquenté peut représenter un chiffre d’affaires utile, surtout dans les centres-villes, les zones touristiques ou les quartiers où l’achat de dernière minute compte.
Pour les salariés, le calcul est différent. Le 1er mai reste le seul jour férié obligatoirement chômé et rémunéré. L’assouplir, même de manière limitée, crée mécaniquement plus de travail imposé dans des métiers déjà marqués par des horaires lourds et des tensions de recrutement. C’est là que se situe la ligne de fracture.
Les syndicats y voient une brèche. La CGT estime que la réforme pourrait banaliser le travail du 1er mai et profiter, à terme, aux grandes enseignes bien plus qu’aux artisans mis en avant. La CFDT dit de son côté que le volontariat ne protège pas assez les salariés, car la pression hiérarchique existe toujours. Autrement dit, ce qui est présenté comme une mesure de souplesse commerciale peut devenir, pour les salariés, une nouvelle obligation déguisée.
Une bataille politique plus large que le cas d’une boulangerie
Le débat dépasse largement le sort d’un seul artisan. Le gouvernement cherche à montrer qu’il protège des commerces de proximité visibles et populaires. En face, les syndicats défendent une ligne simple : le 1er mai n’est pas un jour férié comme les autres, mais un symbole du rapport de force social. Cette opposition n’est pas seulement idéologique. Elle touche à la place du travail dominical et férié dans une économie où les petites entreprises cherchent de la souplesse, tandis que les salariés réclament des garde-fous clairs.
Le cas des boulangers est aussi révélateur d’un vieux problème français : on tolère parfois des pratiques avant de les sanctionner, puis on promet de les légaliser après coup. En 2024 déjà, plusieurs boulangers avaient été verbalisés, ce qui a nourri le sentiment d’une règle mal lisible. Le gouvernement veut maintenant transformer cette tolérance en exception écrite. Les opposants, eux, redoutent qu’une exception ciblée finisse par s’élargir.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La suite se joue au Parlement. La proposition de loi doit encore être discutée et amendée. Le point sensible sera le périmètre exact des activités autorisées, les garanties pour les salariés et les limites posées aux contrôles. Si le texte s’élargit, la controverse changera d’échelle. S’il reste très ciblé, il restera centré sur les boulangeries et les fleuristes, mais le débat sur le 1er mai ne disparaîtra pas.



