À Paris, l’État bloque un cortège d’ultradroite pour éviter des heurts et tester les limites de la liberté de manifester
Le Conseil d’État a confirmé l’interdiction d’une marche du Comité du 9-Mai à Paris. La décision repose sur le risque de trouble à l’ordre public, alors que le groupe appelait encore ses soutiens à se rassembler.

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Pourquoi une interdiction quand la manifestation n’a pas encore eu lieu ?
Le 10 mai à Paris, la question était simple pour les riverains et les forces de l’ordre : fallait-il laisser défiler un cortège déjà signalé pour ses références néonazies, ou couper court avant tout débordement ? Le juge administratif a choisi la seconde option. Dans l’urgence, il a confirmé l’interdiction décidée par la préfecture de police, au nom du risque de trouble à l’ordre public.
Ce cadre n’a rien d’exceptionnel. En France, une manifestation sur la voie publique doit être déclarée à l’avance. Et l’administration peut l’interdire si elle estime que l’ordre public est menacé. Le juge contrôle alors si la mesure est adaptée, nécessaire et proportionnée. C’est précisément ce contrôle qui s’est joué ici.
Ce que le Conseil d’État a validé
La préfecture de police avait pris un arrêté d’interdiction contre la manifestation organisée par le Comité du 9-Mai, ainsi que contre une contre-manifestation antifasciste annoncée le même jour. Dans son arrêté, elle rappelait plusieurs éléments jugés préoccupants : la mort du militant d’extrême droite radicale Quentin Deranque à Lyon en février, et la présence, en 2025, de saluts nazis dans le cortège du groupuscule.
Les organisateurs avaient d’abord saisi le tribunal administratif de Paris, qui a rejeté leur recours le 9 mai. Puis, en référé-liberté — une procédure d’urgence qui permet au juge administratif d’agir en quarante-huit heures — ils ont saisi le Conseil d’État. Le juge des référés a confirmé la position du tribunal et laissé l’interdiction en vigueur.
Concrètement, cela signifiait une chose : pas de cortège légal dans les rues de Paris pour ce rassemblement commémoratif. Mais l’interdiction ne réglait pas tout. Le Comité du 9-Mai appelait encore ses soutiens à se retrouver place des Pyramides, à proximité d’une autre prise de parole d’extrême droite annoncée à la même heure.
Pourquoi ce dossier est sensible pour l’État
Ce type de dossier place l’administration entre deux impératifs. D’un côté, la liberté de manifester, qui fait partie des libertés fondamentales. De l’autre, la prévention des violences, des provocations et des affrontements de rue. Le Conseil d’État le rappelle régulièrement : une interdiction n’est légale que si le danger est réel et si aucune mesure plus légère ne suffit.
Dans le cas du Comité du 9-Mai, l’argument sécuritaire pèse lourd. Cette structure commémore chaque année la mort de Sébastien Deyzieu, militant d’extrême droite mort accidentellement en 1994 après une poursuite avec la police, lors d’une manifestation interdite à Paris. Le rendez-vous du 9 mai est devenu un point de ralliement pour différentes franges de l’ultradroite, avec un passif de tensions, de symboles nazis et de contre-mobilisations antifascistes.
Pour l’État, l’enjeu est aussi politique. S’il laisse passer un cortège de ce type, il prend le risque d’être accusé de faiblesse. S’il interdit trop large, il s’expose au reproche inverse : restreindre excessivement une liberté publique. C’est ce fragile équilibre que le juge administratif tente de préserver, dossier après dossier.
Qui gagne, qui perd ?
Les premiers bénéficiaires de l’interdiction sont les autorités de police, qui évitent un dispositif de maintien de l’ordre dans un secteur central de Paris. Les commerçants, les habitants et les passants peuvent aussi y voir un moyen de limiter les heurts dans un périmètre déjà très fréquenté. À l’inverse, le Comité du 9-Mai perd sa visibilité de rue, qui est souvent l’objectif principal de ce type de mobilisation.
Les opposants antifascistes n’obtiennent pas non plus gain de cause sur leur propre rassemblement, puisque la préfecture l’avait interdit elle aussi. Là encore, la logique de l’administration est la même : éviter un face-à-face dans la capitale, avec deux cortèges susceptibles de se répondre. Mais cette symétrie ne gomme pas le déséquilibre politique des deux camps. D’un côté, un groupe classé à l’ultradroite. De l’autre, des mobilisations de riposte qui cherchent surtout à empêcher une démonstration de force de l’extrême droite radicale.
Le débat dépasse toutefois ce seul 10 mai. En 2024 déjà, le même groupuscule avait réussi à défiler à Paris malgré une interdiction préfectorale, après une bataille juridique. Ce précédent rappelle une réalité très concrète : la décision administrative ne suffit pas toujours à fermer le dossier si le contentieux arrive au bon moment, ou si le juge estime que le risque n’est pas assez étayé.
Et maintenant ?
Sur le court terme, le point à surveiller est simple : le groupe allait-il maintenir un rassemblement informel malgré l’interdiction, et avec quelle présence policière autour de la place des Pyramides ? Sur le fond, l’autre question est juridique : jusqu’où les préfets peuvent-ils aller pour interdire des manifestations d’ultradroite sans fragiliser la liberté de manifester ? C’est sur cette ligne de crête que se joue désormais chaque dossier de ce type.



