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INTERNATIONAL Solidarité internationale sous tension

Budget 2027 : la baisse de l’aide au développement menace les projets dont dépendent les populations les plus vulnérables

Le projet de budget 2027 prévoit une nouvelle baisse de l’aide publique au développement. ONG et UNICEF alertent sur ses effets pour les enfants, les associations et les populations exposées aux crises.

Dossiers budgétaires sur une table dans une salle de commission de l’Assemblée nationale, avant l’examen du budget 2027.
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En bref

Le projet de budget 2027 prévoit une nouvelle réduction des crédits français consacrés à l’aide publique au développement. Cette baisse pourrait limiter les projets menés par les ONG, fragiliser les services essentiels destinés aux enfants et éloigner durablement la France de son objectif de 0,7 % du revenu national brut.

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Que restera-t-il des projets de vaccination, d’accès à l’eau ou de soutien aux populations déplacées si la France réduit encore son aide internationale ? La question se pose alors que le budget 2027 prévoit une nouvelle baisse des crédits consacrés à l’aide publique au développement.

Une baisse qui s’ajoute à deux années de coupes

Le projet de loi de finances pour 2027 a été déposé à l’Assemblée nationale le 1er octobre 2026. Il doit désormais être examiné par les députés, puis par les sénateurs. À ce stade, le texte prévoit une nouvelle contraction de la mission « Aide publique au développement ».

Selon l’alerte publiée par l’UNICEF France sur le budget 2027, les crédits de paiement diminueraient de près de 400 millions d’euros par rapport à 2026. Ils passeraient ainsi de 6,5 milliards d’euros en 2024 à environ 3,2 milliards en 2027, soit une division par deux en trois ans.

Il faut distinguer deux notions budgétaires. Les crédits de paiement correspondent aux sommes pouvant être effectivement dépensées. Les autorisations d’engagement permettent, elles, de lancer de nouveaux programmes pour les années suivantes. Ces dernières reculeraient de 43 %, passant de 4,33 à 2,47 milliards d’euros.

Cette différence explique les chiffres avancés par les ONG. La baisse immédiate des paiements s’élève à environ 400 millions d’euros. En revanche, la capacité à engager de nouveaux projets reculerait beaucoup plus fortement. Les organisations humanitaires redoutent donc un choc durable, supérieur à la seule baisse visible en 2027.

La France s’éloigne de son objectif international

La France s’est fixé l’objectif de consacrer 0,7 % de son revenu national brut à l’aide publique au développement. Cet engagement figure dans la loi du 4 août 2021 relative au développement solidaire et à la lutte contre les inégalités mondiales.

La trajectoire budgétaire actuelle l’en éloigne. Pour 2026, un rapport parlementaire évaluait déjà les crédits de paiement de la mission à 3,67 milliards d’euros. Le programme 209, qui finance notamment des actions de solidarité et une partie des soutiens aux ONG, était alors doté de 1,54 milliard d’euros, en recul de 22 % sur un an.

L’aide publique au développement ne se résume toutefois pas à une seule ligne budgétaire. Elle comprend des subventions, des prêts, des contributions aux organisations internationales et des dépenses liées à la coopération. Cette architecture rend les comparaisons plus complexes. Elle ne change pas le constat principal : les moyens directement mobilisables pour de nouveaux projets diminuent fortement.

Pour les ONG, le risque est aussi social

Les conséquences ne concernent pas seulement les gouvernements partenaires ou les grandes agences internationales. Elles touchent aussi les associations françaises qui mettent en œuvre des programmes sur le terrain.

La Coordination SUD, qui fédère plus de 180 organisations, estime que les réductions précédentes ont déjà entraîné la suppression de plus de 10 000 emplois depuis 2024. Elle évoque également plus de 1 300 projets abandonnés ou revus à la baisse.

Les grandes ONG disposent parfois de plusieurs financeurs et de réserves leur permettant d’absorber une partie du choc. Les structures plus petites sont davantage exposées. Une subvention supprimée peut entraîner la fermeture d’une équipe, la fin d’un partenariat local ou l’abandon d’un programme dans une zone fragile.

Les effets sont également différents selon les territoires. Une organisation présente dans plusieurs pays peut redéployer ses moyens. Une association spécialisée dans une région ou une pathologie précise dispose de beaucoup moins de marges. Les populations les plus éloignées des services publics risquent alors de perdre les premières solutions de remplacement.

L’UNICEF France estime que les enfants seraient particulièrement exposés. L’organisation évoque des conséquences sur la vaccination, les soins, la nutrition, la protection et l’accès à l’école. Elle cite une étude publiée dans The Lancet Global Health, selon laquelle les réductions actuelles de l’aide pourraient entraîner jusqu’à 5,4 millions de décès supplémentaires évitables chez les enfants de moins de cinq ans d’ici 2030.

Une controverse sur la finalité de l’aide

Le débat ne porte pas uniquement sur le montant des crédits. Il concerne aussi leur orientation. Des ONG dénoncent une « trumpisation » de l’aide, c’est-à-dire une utilisation croissante de la coopération comme instrument diplomatique, commercial ou stratégique.

Dans cette logique, les financements pourraient être davantage liés aux intérêts de la France : influence politique, accès à certains marchés, contrôle des migrations ou coopération sécuritaire. Les défenseurs de cette approche y voient un moyen de rendre l’aide plus cohérente avec la politique étrangère et plus utile aux intérêts nationaux.

Ses détracteurs répondent qu’une aide conditionnée en priorité aux intérêts du donateur risque de délaisser les pays les plus pauvres. Les besoins humanitaires ne coïncident pas toujours avec les priorités diplomatiques françaises. Une crise peu stratégique peut pourtant provoquer des déplacements, des épidémies ou des pénuries majeures.

Le gouvernement met, de son côté, en avant la nécessité de maîtriser les dépenses publiques et de rendre les financements plus ciblés. Cette position bénéficie aux responsables qui veulent concentrer les moyens sur les programmes jugés les plus efficaces. Elle peut toutefois fragiliser les acteurs qui dépendent de financements pluriannuels pour travailler dans la durée.

La critique est portée par plusieurs organisations. L’UNICEF France demande de préserver les financements destinés aux enfants dans les pays les plus vulnérables. D’autres ONG réclament que l’aide reste guidée par les besoins sociaux et humanitaires, plutôt que par les seuls objectifs de puissance.

La prochaine bataille se jouera au Parlement

Le budget 2027 n’est pas encore définitivement adopté. Les députés pourront modifier les crédits de la mission, sous réserve des règles de recevabilité financière. Le Sénat examinera ensuite le texte. Le gouvernement pourra aussi défendre ses propres arbitrages pendant les débats.

Le calendrier parlementaire sera donc déterminant. Il faudra surveiller les amendements consacrés au programme 209, les crédits attribués à l’Agence française de développement et les financements destinés aux ONG. Les décisions prises dans les prochaines semaines diront si la baisse annoncée reste inchangée ou si une partie des crédits est rétablie.

Un autre indicateur sera décisif : la place accordée aux dons, aux programmes multilatéraux et aux actions ciblant les pays les plus vulnérables. Derrière les montants votés, c’est la doctrine française de solidarité internationale qui pourrait changer de manière durable.

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