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ÉCONOMIE & SOCIéTé

Le retour du chômage à plus de 8 % fragilise la promesse de plein emploi et inquiète les salariés

Le chômage repart à la hausse en France et dépasse à nouveau 8 %. Cette remontée relance le débat sur le plein emploi, entre accompagnement renforcé et pression accrue sur les demandeurs d’emploi.

Un objectif politique qui s’éloigne

Pour beaucoup de Français, la vraie question est simple : l’emploi redevient-il plus difficile à trouver ? Au premier trimestre 2026, la réponse est oui. L’Insee a publié ce 13 mai un taux de chômage à 8,1 %, en hausse de 0,2 point sur trois mois et de 0,7 point sur un an. Le nombre de chômeurs atteint 2,6 millions de personnes, au sens du Bureau international du travail, c’est-à-dire sans emploi, disponibles et en recherche active.

Cette remontée change la lecture du dernier acte du quinquennat. Le pouvoir exécutif avait fait du “plein emploi” un marqueur politique, avec l’idée d’un chômage autour de 5 %. Mais les chiffres les plus récents montrent un marché du travail qui se dégrade à nouveau. Le plein emploi ne dépend pas seulement des créations de postes. Il suppose aussi que l’activité économique tienne, que les entreprises recrutent et que les personnes éloignées de l’emploi retrouvent un accès réel au travail.

Ce que disent les chiffres, et ce qu’ils cachent

Le mouvement est net. À la fin de 2025, l’Insee avait déjà relevé un taux de chômage à 7,9 %, son plus haut niveau depuis le troisième trimestre 2021. Le passage à 8,1 % au premier trimestre 2026 confirme que la baisse observée depuis 2022 s’est inversée. L’Insee souligne aussi que les jeunes de 15 à 29 ans inscrits à France Travail et les bénéficiaires du RSA contribuent pour près de la moitié de la hausse du chômage sur les cinq trimestres de mise en œuvre de la loi pour le plein emploi.

Il faut toutefois distinguer plusieurs réalités. Le taux de chômage mesure les personnes sans emploi qui cherchent activement un travail. Il ne dit pas tout des personnes découragées, en formation, en contrat très court ou en activité réduite. De leur côté, les statistiques de France Travail montrent qu’au premier trimestre 2026, les demandeurs d’emploi tenus de chercher un emploi restent nombreux, même si certaines catégories reculent légèrement. La photographie globale demeure donc tendue.

La dynamique actuelle ne part pas de zéro. En 2017, le chômage était encore à 9,5 % au troisième trimestre selon l’Insee. En 2022, il était tombé à 7,3 % en moyenne annuelle. C’est ce recul qui avait alimenté l’idée d’un quasi-retour au plein emploi. La hausse observée depuis fin 2025 efface une partie de ce gain politique.

Qui gagne, qui perd

Quand le chômage remonte, les premiers touchés sont ceux qui ont le moins de marge. Jeunes sans expérience, salariés en contrat court, personnes au RSA, habitants des territoires déjà fragiles : ils encaissent d’abord les ralentissements. L’Insee rappelle que le taux de chômage des bénéficiaires du RSA atteint 45,3 % au quatrième trimestre 2025. Cela montre un point essentiel : l’accès à l’emploi ne dépend pas seulement de la volonté individuelle, mais aussi du niveau de qualification, de la santé, du transport et de la conjoncture locale.

Pour les entreprises, la lecture est différente. Celles qui peinent à recruter dans certains métiers peuvent voir dans les réformes du service public de l’emploi un levier utile. Le ministère du Travail présente France Travail comme un réseau destiné à mieux accompagner les demandeurs d’emploi et à renforcer l’insertion des publics les plus éloignés du marché du travail. Le gouvernement défend aussi l’automaticité de l’inscription des bénéficiaires du RSA depuis le 1er janvier 2025.

Mais ce diagnostic ne fait pas consensus. La CFDT estime qu’une nouvelle réforme de l’assurance chômage risque surtout d’être “stigmatisante” pour les demandeurs d’emploi et de servir de variable d’ajustement budgétaire. La CGT, elle, dénonce des baisses de droits et juge que le patronat pousse à durcir encore l’accès aux allocations. Autrement dit, derrière le mot “plein emploi”, il y a aussi un affrontement sur la manière de répartir l’effort entre chômeurs, salariés et entreprises.

Le débat de fond : accompagner ou sanctionner ?

Le cœur du sujet est là. Faut-il renforcer l’accompagnement, ou réduire les droits pour pousser plus vite au retour à l’emploi ? Le gouvernement a choisi de faire les deux à des degrés divers : France Travail doit mieux suivre les publics éloignés de l’emploi, tandis que l’assurance chômage a été réformée à plusieurs reprises ces dernières années. Les syndicats contestent cette logique quand elle repose surtout sur la pression. Ils rappellent qu’un chômeur ne crée pas d’emploi par décret. Il lui faut une offre adaptée, du temps, parfois une formation, souvent un transport et des solutions de garde.

Les employeurs, eux, insistent sur le coût du travail et sur la nécessité de faciliter les embauches. Le Medef soutient la récente séquence de négociation sur l’assurance chômage et défend un texte qui renforce la logique de retour à l’emploi après une rupture conventionnelle. Pour le patronat, l’enjeu est double : éviter que le système d’indemnisation n’encourage l’allongement des périodes sans emploi et préserver les comptes de l’Unédic, sous tension financière.

Ce désaccord n’est pas théorique. Il structure l’action publique depuis des années. Quand le marché du travail se tend, les réformes censées “inciter” au retour à l’emploi sont plus faciles à justifier. Quand il ralentit, la même logique est perçue comme une façon de faire porter le poids du chômage à ceux qui le subissent déjà. Le premier trimestre 2026 remet ce conflit au centre.

Ce qu’il faut surveiller désormais

La suite se jouera sur deux fronts. D’abord, la prochaine publication de l’Insee dira si la hausse du chômage s’installe ou non dans la durée. Ensuite, les arbitrages sur l’assurance chômage et sur France Travail diront si l’exécutif privilégie l’accompagnement, la sanction ou un mélange des deux. Dans un contexte de croissance molle, ce choix comptera davantage que les slogans.

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