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Le développeur du pape : comment le cofondateur d’Anthropic s’est retrouvé aux côtés de Léon XIV pour présenter son encyclique sur l’IA

Christopher Olah, 33 ans, cofondateur d'Anthropic et spécialiste de la sécurité de l'IA, était assis parmi les cardinaux pour la présentation de Magnifica Humanitas. Une présence inédite qui révèle la nouvelle diplomatie du Vatican face à la Silicon Valley.

Un milliardaire canadien de 33 ans, catholique pratiquant et chercheur en intelligence artificielle, assis entre le secrétaire d’État du Vatican et un parterre de cardinaux. Cette scène qui aurait été impensable il y a dix ans, a pourtant eu lieu le 25 mai 2026 en salle du Synode.

Christopher Olah, cofondateur d’Anthropic, l’une des entreprises d’IA les plus valorisées au monde et créatrice du chatbot Claude, a été invité à prendre la parole lors de la présentation de Magnifica Humanitas, la première encyclique de Léon XIV. D’ordinaire, cette place est réservée aux représentants d’États ou à de hauts dignitaires ecclésiastiques. Le pape lui-même a dissipé les hésitations en le remerciant publiquement : « Quel grand signe d’espérance que, malgré nos différences, nous puissions nous écouter les uns les autres. » En termes de protocole, le Saint-Siège reconnaissait ainsi concrètement qu’un acteur privé de la Silicon Valley pèse désormais autant qu’un État dans le débat sur l’avenir de l’humanité.

« Même nous, nous ne comprenons pas ce qui se passe à l’intérieur »

Le discours d’Olah a surpris par sa franchise. Il a commencé par un aveu inhabituel pour un dirigeant tech : chaque laboratoire d’IA de pointe, y compris le sien, fonctionne sous des pressions commerciales, géopolitiques et personnelles qui « peuvent parfois entrer en conflit avec le fait de faire ce qui est juste ». Ancien chercheur chez Google Brain puis OpenAI, Olah avait quitté cette dernière en 2021 avec Dario et Daniela Amodei, en désaccord avec la direction de Sam Altman sur les questions de sécurité. Chez Anthropic, il dirige l’équipe d’interprétabilité, un champ de recherche qui tente de comprendre ce qui se passe à l’intérieur des modèles d’IA, ces systèmes « cultivés, pas programmés », selon sa propre formule.

Devant les cardinaux, il a livré un constat qui a fait tiquer plus d’un observateur. Son équipe découvre régulièrement dans les modèles d’IA des structures qui ressemblent à des résultats issus des neurosciences humaines, des indices d’introspection, des états internes qui rappellent fonctionnellement la joie, la peur ou le malaise. « Je ne sais pas ce que cela signifie, a-t-il concédé, mais je pense que cela justifie un discernement continu. » Un ingénieur de la Silicon Valley qui emprunte le vocabulaire de la théologie pour parler de ses machines : le symbole était parfait pour Léon XIV.

Trois questions, et un appel à l’aide

Olah a posé trois défis au Vatican. Le premier, et le plus brutal : l’IA pourrait supprimer des emplois à une échelle massive. Si cela arrive, a-t-il prévenu, soutenir les travailleurs déplacés sera « un impératif moral d’une importance historique ». Le deuxième concerne la concentration géographique du développement de l’IA, entre les mains de quelques nations riches. Comment garantir que les bénéfices soient partagés à l’échelle mondiale ? « Nous n’avons pas de mécanisme pour cela, a reconnu Olah. C’est un problème non résolu, et c’est le genre de problème que l’Église a historiquement refusé de laisser le monde ignorer. »

Le troisième touche à l’imagination morale. Si les modèles d’IA deviennent omniprésents, à quoi ressemble un monde où les humains s’épanouissent encore ? Les parents s’inquiètent déjà pour l’esprit de leurs enfants, les individus pour l’avenir de leur travail. Ce ne sont pas des questions qu’un laboratoire peut résoudre, a plaidé Olah, mais des questions que des traditions comme l’Église catholique portent depuis des millénaires.

Anthropic contre Trump, le Vatican en arbitre ?

La présence d’Olah au Vatican n’était pas seulement symbolique. Anthropic est engagée depuis plusieurs mois dans un bras de fer juridique avec l’administration Trump. L’entreprise refuse que le Département de la Défense américain utilise son logiciel à des fins militaires. Le modèle Claude fonctionne sous une « constitution » interne qui lui interdit de contribuer à la création d’armes ou à nuire physiquement à des êtres humains. Washington veut faire sauter ce verrou. L’encyclique, qui affirme qu’aucun algorithme ne saurait rendre la guerre moralement acceptable, tombait à point nommé.

Certains observateurs ont crié au « social washing », soupçonnant Anthropic d’instrumentaliser la caution morale du Vatican. Le père Brendan McGuire, curé d’une paroisse californienne et ancien ingénieur informatique devenu intermédiaire entre le Saint-Siège et la Silicon Valley, a balayé l’objection : « Le plus grand risque serait de ne rien faire du tout. » Le prêtre a accompagné Olah jusqu’à la salle du Synode. Il est son confesseur et son ami.

En mars 2026, Anthropic avait organisé dans ses locaux de San Francisco un séminaire réunissant quinze théologiens et dirigeants chrétiens avec ses propres chercheurs, pour les conseiller sur le comportement éthique de ses futurs modèles. Le Vatican prévoit d’envoyer une délégation en Californie dans les prochaines semaines. Olah a conclu son discours par une demande : « Nous avons besoin de critiques informés qui nous diront quand nous échouons. Nous avons besoin de voix morales que les incitations ne peuvent pas faire plier. » Le pape, visiblement satisfait, lui a serré la main.

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