Les finances locales se redressent, mais les départements restent sous pression et l’investissement demeure fragile
En 2025, les comptes des collectivités locales s’améliorent grâce à des recettes plus dynamiques et des dépenses mieux contenues. Mais le redressement reste inégal, avec des départements toujours fragilisés.

Quand les finances locales se redressent, qui y gagne vraiment ?
Pour une mairie, un département ou une région, la vraie question est simple : peut-on encore investir sans serrer davantage les services du quotidien ? En 2025, les comptes des collectivités locales montrent un léger mieux. Mais ce redressement ne profite pas à tout le monde de la même façon.
Les chiffres publiés par l’Observatoire des finances et de la gestion publique locales s’inscrivent dans un contexte connu des élus : les recettes progressent encore, mais moins vite qu’au sortir de l’inflation forte de 2022 et 2023. Dans le même temps, les dépenses ralentissent aussi. Résultat : les marges de manœuvre se stabilisent, sans effacer les tensions accumulées depuis plusieurs exercices.
Des comptes mieux orientés en 2025
Au 30 avril 2026, qui retrace l’exécution 2025, les recettes réelles de fonctionnement de l’ensemble des collectivités locales sont en hausse de 2,3 %, soit 5,5 milliards d’euros. Les dépenses réelles de fonctionnement augmentent aussi, mais plus lentement : +1,4 %, soit 2,9 milliards d’euros. C’est ce différentiel qui améliore l’épargne brute, c’est-à-dire le solde disponible après paiement des charges courantes.
Le même bulletin officiel précise que cette progression des recettes tient notamment à la hausse des recettes fiscales, en hausse de 2,4 % et de 4 milliards d’euros. Les frais de personnel restent un poste lourd, avec +2,2 %, tandis que les achats et charges externes progressent de 2 %. Les collectivités n’ont donc pas réduit la voilure ; elles ont seulement vu leurs dépenses croître un peu moins vite que leurs recettes.
Cette amélioration confirme le diagnostic formulé par le pré-rapport de l’OFGL présenté le 18 juin 2025 : la situation financière d’ensemble se redresse, après plusieurs années de dégradation. À l’échelle agrégée, l’épargne brute avait alors reculé en 2024 à 32,5 milliards d’euros, mais le document soulignait déjà que les tendances restaient très différentes selon les niveaux de collectivités.
Un retour au niveau d’avant Covid, mais pas pour tout le monde
Le point clé est là. L’épargne brute, qui mesure la capacité d’autofinancement des collectivités, est revenue en 2025 à un niveau proche de celui d’avant la crise sanitaire. Mais ce retour n’a rien d’un rattrapage général. Les communes, les régions et surtout les départements restent loin d’une situation homogène.
Le pré-rapport OFGL montrait déjà qu’en 2024 l’épargne brute des départements avait chuté de près de 60 % en deux ans. Leur épargne nette, une fois retirés les remboursements de dette, tombait à 1,8 milliard d’euros. Le document allait plus loin : en cas de nouveau recul du même ordre, cette épargne nette pourrait devenir négative en 2025. Autrement dit, certains départements vivent une amélioration globale dont ils ne profitent pas pleinement.
À l’inverse, les régions gardent un niveau d’épargne brute plus confortable. Le rapport indique un taux à 19,2 % en 2024, stable, même s’il reste inférieur à celui d’avant la décennie. Leur situation reste donc plus robuste, ce qui leur laisse davantage de capacité pour financer les lycées, les transports ou les grands équipements.
Le bloc communal, lui, se situe entre les deux. Les communes et intercommunalités ont retrouvé un peu d’air, mais elles doivent continuer à absorber la hausse des coûts de personnel, l’entretien du patrimoine, les transports, l’énergie et les normes. Pour les habitants, cela se traduit très concrètement par un arbitrage permanent : davantage d’investissement local, ou davantage de rigidité dans le fonctionnement quotidien.
Ce que cette amélioration change concrètement
Une épargne brute qui remonte, c’est d’abord une bonne nouvelle pour l’investissement. Les collectivités financent une large part de leurs projets avec leurs propres ressources. Si cette capacité se dégrade, elles empruntent davantage ou reportent des chantiers. À l’inverse, une meilleure épargne permet de soutenir des travaux de voirie, des écoles, des équipements sportifs ou des réseaux d’eau sans alourdir immédiatement la dette.
Mais l’amélioration reste fragile. Le rapport OFGL note qu’en 2024 les dépenses d’investissement sont encore en hausse, à 70,4 milliards d’euros, malgré le ralentissement de l’inflation. Cela signifie que les collectivités continuent d’investir, tout en restant exposées à des coûts de fonctionnement qui ne disparaissent pas. Le gain de 2025 sert donc d’abord à réparer des comptes abîmés, pas à ouvrir une nouvelle phase d’abondance.
Il faut aussi regarder le rôle des départements, très dépendants de recettes sensibles au marché immobilier et aux dépenses sociales. Départements de France souligne que leurs finances restent fragiles et que l’État continue de leur transférer des charges lourdes. Dans sa réaction au rapport de la Cour des comptes sur les finances publiques locales, l’association affirme que beaucoup de départements restent sous tension, avec des perspectives d’épargne nette toujours très basses fin 2025.
Positions opposées : soulagement comptable, inquiétude politique
Côté élus locaux, l’Association des maires de France reconnaît, dans sa note sur les tendances 2025-2026 du bloc communal, une épargne brute en augmentation en 2025. Mais elle insiste surtout sur ce qu’elle appelle les ponctions budgétaires et le coût croissant des normes imposées par l’État. Pour l’AMF, le problème n’est donc pas seulement le niveau des comptes, mais la pression continue qui pèse sur eux. Cette lecture bénéficie aux collectivités qui veulent préserver leurs marges d’action face à l’État.
À l’opposé, la Cour des comptes souligne dans son rapport 2025 que l’épargne brute des collectivités avait encore diminué en 2024, à 37,7 milliards d’euros pour le périmètre qu’elle suit, après deux années de repli. Son angle est plus prudent : le redressement attendu ne doit pas masquer les fragilités structurelles, en particulier celles des départements. Cette approche bénéficie au débat sur la soutenabilité des finances locales et à la surveillance des comptes publics.
Entre ces deux lectures, le fait nouveau est surtout politique : les collectivités arrivent dans la préparation du budget 2027 avec des comptes moins détériorés qu’en 2024, mais avec des demandes très différentes selon les strates. Les communes demandent de la visibilité. Les départements réclament des ressources plus stables. Les régions veulent conserver leur capacité d’investissement. Et l’État, lui, cherche encore à tenir ses objectifs de redressement budgétaire.
Horizon : ce qu’il faut surveiller maintenant
Le prochain rendez-vous décisif sera la traduction de ces chiffres dans les arbitrages budgétaires à venir. La situation mensuelle comptable d’avril 2026 montre déjà que les recettes 2025 ont mieux résisté que les dépenses. Reste à voir si cette respiration tiendra en 2026, alors que les départements demeurent les plus exposés et que les négociations budgétaires nationales peuvent, une fois encore, reconfigurer l’équilibre entre soutien local et effort demandé aux territoires.



