Au G7 d’Évian, Macron défend l’unité sur l’Ukraine et le Moyen-Orient face aux tensions commerciales avec Trump
À Évian, Emmanuel Macron a salué un G7 « objectivement un succès » et mis en avant des avancées sur l’Ukraine, le Moyen-Orient et les chaînes d’approvisionnement. Le sommet a aussi révélé les tensions persistantes avec Donald Trump sur les tarifs.

À quoi sert encore un G7, quand les guerres s’enchaînent et que les menaces de taxes reviennent entre alliés ? À Évian, Emmanuel Macron a voulu montrer qu’il reste un lieu où les grandes puissances peuvent encore s’entendre sur quelques lignes rouges.
Un sommet pensé comme un test d’unité
Le G7 de 2026 s’est tenu à Évian-les-Bains du 15 au 17 juin, dans la présidence française du groupe. Paris avait placé la rencontre sous le signe de la coopération, de la stabilité économique et de la sécurité internationale. Les dirigeants du G7, rejoints par la présidente de la Commission européenne et plusieurs invités, ont adopté plusieurs déclarations communes sur des sujets allant de l’Ukraine aux minerais critiques, en passant par la santé mondiale et le numérique.
Au moment de refermer le sommet, Emmanuel Macron a insisté sur un point simple : malgré un contexte qu’il décrit comme fragmenté, la réunion a permis de maintenir un front commun entre les sept grandes économies démocratiques. Cette lecture rejoint le message porté par l’Union européenne, qui met depuis plusieurs mois en avant la protection des chaînes d’approvisionnement, la sécurité énergétique et la résistance aux chocs géopolitiques.
Ukraine, Moyen-Orient, commerce : ce qui a été acté
Sur l’Ukraine, le G7 a réaffirmé son soutien à Kiev et annoncé une volonté d’accroître la pression sur la Russie, y compris par de nouvelles sanctions. La déclaration des dirigeants européens du G7 du 24 février 2026 allait déjà dans ce sens, en parlant de soutien “sans faille” à l’intégrité territoriale et à la souveraineté ukrainiennes. À Évian, cette ligne a été durcie par la présence de Volodymyr Zelensky, reçu dans un format où les dirigeants ont affiché une convergence plus nette qu’auparavant.
Le message a aussi porté sur l’aide militaire et industrielle. Selon les éléments rendus publics après la réunion, le G7 veut faciliter l’octroi de licences et soutenir la production ukrainienne. Concrètement, cela compte pour Kiev : l’enjeu n’est pas seulement d’obtenir plus d’armes, mais de produire davantage sur place, ce qui réduit la dépendance à des livraisons parfois lentes et politiquement fragiles. Pour les États du G7, le coût est financier, mais aussi diplomatique : il faut maintenir l’effort dans la durée sans faire exploser les budgets nationaux.
Sur le Moyen-Orient, Emmanuel Macron a salué un accord entre les États-Unis et l’Iran présenté comme un cessez-le-feu, et les dirigeants ont réaffirmé que la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz devait être garantie. Le sujet est loin d’être symbolique : ce passage concentre une part décisive du transport mondial d’hydrocarbures. Quand il se bloque, les prix montent vite et toute l’économie européenne encaisse le choc, de l’industrie au transport. L’Union européenne a d’ailleurs rappelé que la liberté de navigation dans le détroit restait un objectif central de sa position régionale.
Le G7 a aussi demandé un cessez-le-feu au Liban et un renforcement des efforts humanitaires à Gaza, tout en appelant à mettre fin aux violences en Cisjordanie. Là encore, le bénéfice attendu varie selon les acteurs. Pour les populations civiles, l’enjeu est immédiat : accès à l’aide, baisse des bombardements, respiration humanitaire. Pour les gouvernements du G7, l’équation est plus large : éviter une nouvelle flambée régionale qui déstabiliserait les marchés de l’énergie et compliquerait encore la relation avec les partenaires du Golfe.
Donald Trump, les tarifs et la méthode Macron
Interrogé sur sa “confiance” envers Donald Trump, Emmanuel Macron a choisi un ton pragmatique. Il a rappelé qu’il existait des désaccords, mais aussi des engagements tenus, et a souligné qu’un travail conjoint était en cours sur les relations tarifaires. Cette prudence n’est pas anecdotique : la veille, Trump avait encore agité la menace de droits de douane de 100 % sur le champagne et d’autres vins français, selon des informations de presse relayées à propos du sommet.
Pour les exportateurs français, le sujet est très concret. Une surtaxe américaine pénaliserait d’abord les producteurs tournés vers l’export, en particulier dans les filières viticoles les plus exposées au marché américain. Pour les États-Unis, la logique est inverse : la menace de droits de douane sert d’arme de négociation. Dans ce bras de fer, les gagnants potentiels sont les secteurs protégés ou ceux qui obtiennent un compromis politique ; les perdants sont souvent les entreprises qui vivent des échanges transatlantiques et les consommateurs qui paient la facture finale.
Macron a aussi cherché à valoriser l’image d’un G7 capable de produire des résultats tangibles. Il a parlé d’un “succès”, d’un “moment d’unité” et d’une coopération réelle entre dirigeants. C’est une façon de défendre l’utilité politique du format, alors que celui-ci est souvent accusé de parler beaucoup pour peser peu. Mais cette unité reste sélective : elle fonctionne mieux sur les grands principes que sur les intérêts commerciaux ou les priorités stratégiques nationales.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La suite se joue sur trois terrains. D’abord, la mise en œuvre des annonces sur l’Ukraine : sanctions éventuelles, aide militaire et soutien industriel. Ensuite, la traduction concrète du dossier irano-américain, avec un enjeu central de liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Enfin, le face-à-face commercial avec Washington, où la question des tarifs sur les vins et spiritueux français peut encore se tendre. Autrement dit, à Évian, le G7 a surtout montré qu’il pouvait encore fixer un cap. Reste à voir s’il peut le tenir.



