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INTERNATIONAL

Après la Finul, la France veut rester au Liban sans décider à la place de Beyrouth ni laisser la frontière sans filet

Paris dit être prêt à maintenir des soldats au Liban après le retrait de la Finul, si les autorités libanaises le demandent. En parallèle, la France pousse un soutien renforcé à l’armée libanaise et à la souveraineté du pays.

Table de négociation européenne avec dossiers, écouteurs et drapeaux miniatures, dans une salle diplomatique lumineuse.

Que se passe-t-il quand une force de l’ONU quitte un terrain encore instable ? Au Liban, la question est déjà politique, militaire et très concrète : qui surveillera la frontière sud, qui aidera l’armée libanaise, et qui empêchera une reprise durable des combats ?

Un retrait de l’ONU, mais pas un vide organisé

La mission de l’ONU au Liban, la Finul, doit s’arrêter le 31 décembre 2026, avant un retrait progressif sur l’année 2027. Le Conseil de sécurité a prolongé son mandat une dernière fois en 2025, en prévoyant explicitement sa fermeture et sa désescalade ordonnée.

Dans ce contexte, Paris dit être prêt à garder des soldats au Liban après la Finul, si les autorités libanaises le demandent. L’idée n’est pas de décider à la place de Beyrouth, mais de rester présent si l’État libanais le souhaite et si le cadre politique s’y prête. Cette position a été rappelée publiquement par le ministre français des affaires étrangères le 19 juin.

Le point clé est là : la France ne parle pas d’un maintien automatique. Elle conditionne sa présence à une demande libanaise et à une architecture plus large de soutien à l’État, pas seulement à une présence militaire symbolique. C’est aussi le sens des échanges récents entre Paris, Beyrouth et plusieurs partenaires européens sur la sécurité du sud du Liban.

Pourquoi Paris insiste sur l’armée libanaise

La France pousse depuis des mois un autre chantier : renforcer l’armée libanaise. Une conférence internationale de soutien aux forces armées libanaises et aux forces de sécurité intérieure devait se tenir à Paris le 5 mars 2026. Elle a été reportée à cause de la guerre, mais Paris veut toujours l’organiser.

Ce rendez-vous n’est pas qu’un symbole diplomatique. L’armée libanaise reste l’un des rares piliers de l’État dans un pays fragilisé par la crise économique, les destructions dans le sud et les tensions répétées avec Israël. Les soutiens européens, dont une nouvelle mesure de l’Union européenne via le Facilité européenne pour la paix en faveur des forces armées libanaises, vont dans le même sens : renforcer l’État plutôt qu’entretenir une dépendance indéfinie à une force internationale.

En clair, ce soutien profite d’abord au gouvernement libanais, qui cherche à reprendre la main sur la sécurité au sud du pays. Il profite aussi aux habitants de la zone frontalière, exposés aux bombardements, aux déplacements et à l’incertitude. En revanche, il n’a pas le même effet pour tous : une armée mieux équipée renforce l’État, mais elle ne règle ni l’équilibre politique interne ni la question du désarmement des groupes armés.

Le nœud du dossier : Hezbollah, Israël et souveraineté libanaise

Dans les prises de parole françaises récentes, le fil rouge est constant : désarmement du Hezbollah, retrait israélien et restauration de l’autorité de l’État libanais. Paris estime que la stabilité passe par un État capable d’avoir le monopole de la force, comme l’a encore dit Jean-Noël Barrot devant l’Assemblée nationale le 2 juin.

Cette ligne s’inscrit dans un cadre international plus large. Dans une déclaration commune publiée le 5 juin, la France et plusieurs partenaires ont dit appuyer l’extension de l’autorité du gouvernement libanais à l’ensemble du pays, conformément à la résolution 1701 du Conseil de sécurité, et ont appelé à faire progresser le désarmement du Hezbollah.

Mais l’équation reste bloquée. Les derniers échanges entre Israël et le Liban n’ont pas effacé les divergences de fond. D’un côté, Israël lie tout retrait à l’affaiblissement des capacités militaires du Hezbollah. De l’autre, une partie du camp libanais voit dans cette exigence une pression supplémentaire sur un pays déjà affaibli. Reuters a aussi rapporté le rejet par le Hezbollah de tout plan de désarmement imposé par le gouvernement.

Voilà la contradiction centrale : ce que Paris présente comme un renforcement de la souveraineté libanaise peut être vu, par ses opposants, comme une séquence qui pousse d’abord le Liban à assumer seul une sécurité que ni son armée ni ses institutions ne maîtrisent encore totalement.

Ce que change la fin annoncée de la Finul

La fin de la Finul ne mettra pas fin au dossier libanais. Elle ouvrira plutôt une période de transition très sensible. L’ONU a déjà évoqué la possibilité qu’une présence internationale différente puisse continuer après la mission, mais sous d’autres formes et avec un mandat à redéfinir.

Pour les soldats étrangers, l’enjeu est simple : quitter le terrain sans créer de trou de sécurité. Pour le Liban, le défi est plus lourd : reprendre la main sans disposer encore de moyens militaires, financiers et politiques suffisants. Pour la France, il s’agit de rester utile sans s’enfermer dans un rôle de supplétif permanent.

Le calendrier va donc compter. Le retrait de la Finul est fixé à fin 2026, mais les discussions sur la forme de l’après-Finul, sur l’aide à l’armée libanaise et sur la suite des pourparlers entre Beyrouth et Tel-Aviv devraient se poursuivre dans les prochains mois. C’est là que se jouera la vraie question : transition encadrée, ou nouveau vide de sécurité.

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