Canicule au travail: le congé climatique veut protéger les salariés les plus exposés sans leur faire perdre de salaire
Face aux canicules répétées, les Écologistes veulent créer un congé climatique pour les salariés exposés. La mesure ciblerait surtout les métiers physiques, sans perte de revenus.

Quand il fait 38 ou 40 degrés, la question n’est plus seulement celle du thermomètre. Pour beaucoup de salariés, surtout sur les chantiers, dans les champs ou en mobilité, la vraie question devient simple : comment continuer à travailler sans y laisser sa santé ?
Une idée pensée pour les métiers les plus exposés
Les Écologistes veulent mettre cette réponse sur la table avec un congé climatique. L’idée est de donner quelques jours d’absence rémunérée aux salariés touchés par une canicule, une inondation ou un incendie, sans perte de revenus. Le parti parle de cinq jours par an, mais ce chiffre reste ouvert au débat interne. Cette mesure doit être déposée sous forme de proposition de loi par le député Damien Girard.
Le principe vise d’abord les travailleurs qui ne peuvent pas se protéger facilement de la chaleur. Un artisan sur un toit, un ouvrier du bâtiment, un livreur ou un salarié agricole n’a pas les mêmes marges de manœuvre qu’un employé en bureau climatisé. Le parti dit donc vouloir cibler les situations où la contrainte climatique empêche vraiment de travailler dans de bonnes conditions. Cette distinction est centrale, car elle concentre l’avantage sur les métiers les plus physiques et les plus exposés.
Ce n’est pas un sujet théorique. L’État rappelle lui-même que les vagues de chaleur sont désormais plus fréquentes, plus précoces, plus longues et plus intenses. Il ajoute qu’en France, elles devraient encore s’aggraver avec le réchauffement. Le gouvernement inscrit cette évolution dans sa trajectoire d’adaptation au changement climatique.
Ce que cela changerait concrètement
Pour les salariés concernés, le congé climatique aurait un effet immédiat : ne pas avoir à choisir entre santé et salaire. Aujourd’hui, la règle repose surtout sur l’obligation de prévention de l’employeur. Le Code du travail ne fixe pas de température maximale au-delà de laquelle il serait interdit de travailler, mais il impose d’évaluer les risques et d’adapter l’organisation du travail quand la chaleur monte. Depuis le 1er juillet 2025, ces obligations ont même été renforcées avec des seuils de vigilance jaune, orange et rouge.
En clair, le droit existant pousse l’employeur à prévenir, réorganiser, aménager, fournir de l’eau, limiter l’exposition et, dans certains cas, arrêter le travail. Mais il ne crée pas un droit automatique à l’absence payée pour cause climatique. C’est là que la proposition écologiste change de logique : elle ne mise plus seulement sur la prévention dans l’entreprise, elle mutualise le risque à l’échelle collective.
Le débat touche aussi les collectivités et les services publics. Les Écologistes veulent par exemple ouvrir les fenêtres des bâtiments publics la nuit, avec gardiennage, pour faire baisser la température des écoles et des locaux. L’idée paraît simple, mais elle révèle une contrainte concrète : une grande partie du parc immobilier français a été pensée pour retenir la chaleur l’hiver, pas pour la bloquer l’été. La réponse passe donc autant par l’organisation que par les travaux. Le ministère de la Transition écologique met d’ailleurs en avant la rénovation des bâtiments, la végétalisation des cours d’école et les protections solaires comme leviers d’adaptation.
Pour les entreprises, surtout les plus petites, l’enjeu financier est réel. Un congé climatique rémunéré suppose de savoir qui paie, quand il s’active, et dans quelles conditions. C’est précisément ce qui nourrit les réserves des employeurs. Les dispositifs actuels prévoient déjà des obligations de prévention plus lourdes, et, dans certains cas, une indemnisation via l’activité partielle quand le travail est interrompu pour cause de canicule. Mais un droit nouveau à congé payé ouvrirait une autre facture, plus directe, pour les entreprises ou pour la solidarité nationale.
Une proposition politique, mais aussi un test social
Marine Tondelier présente ce congé comme une réponse à « un nouveau risque du 21e siècle ». Le raisonnement est clair : si le climat multiplie les épisodes extrêmes, le droit du travail doit évoluer avec eux. La logique s’inspire de l’Espagne, où un dispositif existe déjà pour certaines situations de crise climatique. Les écologistes veulent montrer qu’on peut articuler atténuation et adaptation, c’est-à-dire réduire les émissions tout en préparant la société aux chocs déjà là.
En face, la critique la plus solide tient en une question : où placer la frontière ? Si le congé climatique couvre la canicule, pourquoi pas d’autres risques météo ou territoriaux ? Et s’il ne vise qu’une partie des salariés, comment éviter un dispositif jugé inégal selon le métier, l’employeur ou la possibilité de télétravailler ? Les soutiens de la mesure répondent que c’est justement le but : corriger une inégalité déjà existante entre ceux qui peuvent s’isoler de la chaleur et ceux qui l’affrontent dehors. Cette ligne de fracture est sociale autant que climatique.
Le calendrier politique compte aussi. La proposition doit être déposée au Parlement alors que la France traverse un nouvel épisode de fortes chaleurs. Le moment est stratégique : il permet de relier une idée de long terme à une difficulté vécue immédiatement par des millions de personnes. Dans le même temps, le gouvernement a déjà renforcé la prévention au travail par décret, ce qui montre qu’il existe un socle réglementaire en mouvement. La question n’est donc plus seulement de savoir s’il faut agir, mais jusqu’où aller, et qui doit payer l’adaptation.
Ce qu’il faut surveiller maintenant
La suite se jouera d’abord à l’Assemblée nationale. Il faudra regarder si la proposition de loi est effectivement déposée, quel périmètre elle retient, et si elle vise tous les salariés ou seulement les métiers les plus exposés. Il faudra aussi surveiller la réaction des groupes parlementaires, des syndicats et des organisations patronales, car c’est là que se jouera l’équilibre entre protection des travailleurs et coût pour les employeurs. Dans un pays où les vagues de chaleur s’installent durablement, ce débat pourrait devenir l’un des marqueurs les plus visibles de l’adaptation sociale au réchauffement.



