Mariage sous OQTF, squats et PME : l’UDR tente de rallier les députés LR à une ligne plus dure sur les textes sensibles
À l’Assemblée, l’UDR d’Éric Ciotti met en avant des textes sur le mariage sous OQTF, les squats et les PME. Objectif : peser sur LR et tester ses marges de rapprochement sur les sujets régaliens.

Pourquoi ce vote compte, au-delà des bancs de l’Assemblée
Quand un parti d’opposition réserve sa journée parlementaire à des textes sur le mariage, les squats ou les petites entreprises, il ne parle pas seulement aux députés. Il parle aussi aux maires, aux propriétaires, aux commerçants et à tous ceux qui attendent de l’État des règles plus nettes. Jeudi 25 juin 2026, l’UDR d’Éric Ciotti utilise sa « niche parlementaire » pour pousser sa ligne de fermeté et tester, en même temps, la frontière entre la droite classique et l’extrême droite.
La niche parlementaire, c’est la journée réservée à un groupe pour inscrire ses propres textes à l’ordre du jour. L’Assemblée nationale rappelle que cette journée s’inscrit dans le calendrier des séances publiques et que l’ordre du jour du jeudi 25 juin 2026 comporte bien plusieurs propositions de loi portées par l’UDR. Dans les faits, sur une dizaine de textes déposés, seuls trois ou quatre peuvent espérer aller jusqu’au vote.
Pour l’UDR, l’enjeu est politique autant que législatif. Le groupe veut montrer qu’il peut peser sur le débat à droite, alors que Les Républicains gardent officiellement leurs distances avec les alliés du RN. Mais sur certains sujets, les recoupements existent déjà : en 2025, des députés LR ont cosigné des textes sur le mariage d’étrangers en situation irrégulière.
Les textes mis en avant : immigration, squat et économie
La tête d’affiche est claire : une proposition de loi veut interdire le mariage d’un étranger soumis à une obligation de quitter le territoire français, ou OQTF. Le dossier législatif de l’Assemblée montre que ce texte a été déposé le 18 février 2025 et inscrit à l’ordre du jour du 25 juin 2026 dans le cadre de la journée réservée UDR. Il s’agit d’un sujet ancien dans l’hémicycle, déjà porté sous différentes formes lors des législatures précédentes.
L’UDR a aussi inscrit un texte sur les occupations sans droit ni titre, autrement dit les squats, en encadrant la souscription de certains contrats essentiels. Sur le papier, l’objectif est de compliquer la vie des occupants illicites. En pratique, cela vise surtout les propriétaires et bailleurs, qui cherchent des outils plus rapides pour protéger leur bien, tandis que les associations de défense du logement redoutent des effets de bord pour des ménages déjà précaires. Le dossier parlementaire précise que cette proposition figure bien parmi les textes débattus le 25 juin 2026.
Un troisième axe, plus économique, vise les entreprises. L’UDR met en avant un texte présenté comme favorable aux PME et à l’activité économique, avec une logique de simplification et de soutien aux acteurs jugés les plus fragiles. C’est un angle classique de cette famille politique : alléger les contraintes pour les petites structures, tout en affichant une ligne de fermeté sur les questions régaliennes. Le calendrier de l’Assemblée confirme que ces thèmes cohabitent bien dans la journée du groupe.
Ce que changerait une interdiction du mariage sous OQTF
C’est le texte le plus explosif. Interdire le mariage à une personne sous OQTF reviendrait à ajouter une condition administrative au droit de se marier. Aujourd’hui, le droit français reconnaît la liberté du mariage comme une liberté fondamentale. Le Conseil d’État l’a rappelé à plusieurs reprises, en jugeant notamment que des restrictions trop larges portent une atteinte disproportionnée à cette liberté.
Cette liberté n’empêche pas les contrôles. Le code civil et le code de l’entrée et du séjour des étrangers prévoient déjà des mécanismes contre les mariages frauduleux ou de complaisance. Le ministère public peut être saisi, et le droit positif contient déjà une section spécifique sur les mariages contractés à seule fin d’obtenir un titre de séjour ou la nationalité française. Autrement dit, l’arsenal existe ; la proposition UDR veut le durcir encore, en amont, avant même la célébration.
Qui gagnerait ? D’abord les élus locaux qui demandent une ligne plus dure, et les électeurs sensibles au discours d’ordre. Qui perdrait ? Les couples concernés, mais aussi les maires et officiers d’état civil qui devraient trancher avec un risque accru de contentieux. Les opposants au texte rappellent qu’un maire peut déjà signaler un dossier au procureur s’il soupçonne une fraude. La bataille porte donc moins sur l’existence du contrôle que sur son niveau de dureté et sur le moment où l’administration peut bloquer.
Le précédent de 2025 montre que le sujet clive, mais pas complètement de la même façon partout. Lors des débats sur un texte voisin, des députés ont dénoncé une remise en cause de la liberté du mariage, tandis que d’autres ont défendu une réponse à l’irrégularité administrative et aux fraudes. Dans l’hémicycle, le bloc central et la gauche ont plutôt combattu ces restrictions, quand une partie de la droite a marqué de la compréhension, voire du soutien.
Les rapports de force : LR sous pression, l’UDR en test
Le vrai calcul politique est là. L’UDR sait qu’elle ne fera pas passer l’ensemble de sa batterie de textes. Mais elle peut obtenir mieux : forcer les députés LR à se positionner publiquement, texte après texte, sur des sujets où une partie de leur électorat attend des réponses fermes. C’est une manière de fissurer le cordon sanitaire que Les Républicains affirment maintenir autour du RN et de ses alliés.
Les Républicains, eux, sont pris entre deux contraintes. S’ils votent contre, ils laissent à l’UDR le monopole des thèmes régaliens. S’ils votent avec elle, ils brouillent davantage la ligne qui les sépare de l’extrême droite. Cette tension est visible depuis plusieurs mois, car des députés LR ont déjà co-signé ou soutenu certains textes proches de ceux défendus par l’UDR.
Le gouvernement et la majorité, eux, regardent aussi la séquence comme un test. Sur l’immigration, les débats récents montrent une majorité relative et des oppositions capables de peser sur l’agenda. Sur le logement, les squats et la pression foncière nourrissent un débat plus large sur la protection des propriétaires, alors que les associations rappellent la crise du logement et le risque de durcissements mal ciblés. Sur l’économie, enfin, les PME restent sensibles à toute promesse de simplification, mais elles demandent surtout de la stabilité, pas des annonces symboliques.
Ce qu’il faut surveiller après la niche
La suite dépendra moins du nombre de textes déposés que de ceux qui franchiront la barre du vote. Le dossier du 25 juin 2026 montre déjà que plusieurs propositions sont à l’ordre du jour, dont celles sur le mariage sous OQTF, les occupations sans droit ni titre, les petites entreprises et le regroupement familial. La séance dira si l’UDR parvient à transformer une journée d’initiative parlementaire en démonstration de force politique.
Il faudra aussi regarder les gestes des députés LR. Un soutien discret, une abstention ou un vote franc contre ne diront pas la même chose. Dans cette séquence, chaque main levée comptera autant que le texte lui-même.



