Provinciales en Nouvelle-Calédonie : les loyalistes dominent le Sud mais personne ne décroche la majorité absolue au Congrès
Avec 24 sièges sur 54 au Congrès, la coalition Loyalistes-Rassemblement de Sonia Backès progresse nettement, mais reste loin de la majorité absolue. Les indépendantistes, divisés, en totalisent 26. L'Éveil océanien devient l'arbitre.

Qui gouvernera la Nouvelle-Calédonie dans les semaines qui viennent ? Au lendemain du scrutin provincial du 28 juin, la réponse reste suspendue à des alliances que personne, pour l’heure, ne semble en mesure de sceller.
Les 192 584 électeurs inscrits sur la liste électorale spéciale, dont 10 575 natifs nouvellement intégrés au corps électoral par une loi organique adoptée au printemps, étaient appelés à renouveler les 76 conseillers des trois provinces (Sud, Nord et Îles Loyauté). Parmi eux, 54 siègent ensuite au Congrès, l’assemblée qui vote les lois locales et désigne le gouvernement collégial. Ce scrutin, initialement prévu en mai 2024, a été reporté trois fois. D’abord pour laisser place à un consensus institutionnel qui n’est jamais venu, puis dans le sillage des émeutes meurtrières de mai 2024, qui ont fait 14 morts et plus de deux milliards d’euros de dégâts sur l’archipel.
Dans le Sud, une victoire sans appel
La coalition Les Loyalistes-Le Rassemblement, menée par la présidente sortante Sonia Backès, a recueilli 50,14 % des suffrages en province Sud, raflant 28 des 40 sièges de l’assemblée provinciale. Un score que le député Nicolas Metzdorf n’a pas manqué de rapprocher des grandes heures du RPCR de Jacques Lafleur. Derrière, le FLNKS de Johanito Wamytan décroche 7 sièges avec 15,59 % des voix, tandis que l’Éveil océanien de Milakulo Tukumuli, représentant la communauté wallisienne et futunienne, en obtient 5 grâce à 10,2 % des suffrages. Les huit autres listes en compétition sont éliminées.
La province Sud concentre 75 % de la population calédonienne et l’essentiel du tissu économique. Sa domination arithmétique pèse lourd dans la composition du Congrès : à elle seule, elle y envoie 32 des 54 membres.
Séisme silencieux dans le Nord
En province Nord, fief historique des indépendantistes, les équilibres internes se sont inversés. La liste UC-FLNKS de Pascal Sawa arrive en tête avec 39,7 % des voix et 10 sièges, devançant d’un seul siège l’UNI de Paul Néaoutyine (9 sièges), qui présidait la province depuis 1999. Les non-indépendantistes conservent trois sièges.
Ce basculement matérialise une fracture née de l’accord de Bougival, signé en juillet 2025 entre les partenaires calédoniens et l’État. L’UNI y était favorable, l’Union calédonienne l’avait rejeté. Cette scission a poussé l’UNI à quitter le FLNKS, historiquement dominé par l’UC. Les électeurs du Nord en ont tiré les conséquences.
Aux Îles Loyauté, un coude à coude familial
Le résultat le plus serré est venu des Îles Loyauté : 91 voix séparent la liste UC-FLNKS de Mickaël Forrest (32,9 %, 6 sièges) et la Dynamique autochtone d’Omayra Naisseline (6 sièges également). Le Palika de Wali Wahetra obtient 2 sièges. Mickaël Forrest et Omayra Naisseline sont frère et sœur. Autant dire que la politique calédonienne se joue parfois dans des registres que le droit constitutionnel ne prévoit pas.
Au Congrès, une arithmétique sans majorité
Traduits en sièges au Congrès, les résultats donnent 24 élus à la coalition Loyalistes-Rassemblement (contre 19 dans la mandature précédente), 16 à l’UC-FLNKS (contre 13), 7 à l’UNI-Palika (contre 12), 3 à la Dynamique autochtone et 4 à l’Éveil océanien (contre 3). Le parti Calédonie ensemble, qui siégeait auparavant, disparaît du Congrès.
Aucun bloc ne détient la majorité absolue de 28 sièges. Les indépendantistes en totalisent 26, les non-indépendantistes 24. Reste l’Éveil océanien et ses quatre élus, en position d’arbitre, comme lors de la mandature précédente. Créé en 2019 pour représenter la communauté wallisienne et futunienne (environ 22 000 personnes), ce parti avait fait élire Veylma Falaeo à la présidence du Congrès en 2024, avant de rompre avec la majorité océanienne constituée aux côtés des indépendantistes.
Ce que Paris attend de ce scrutin
Le Premier ministre Sébastien Lecornu, qui avait refusé un quatrième report, a promis une reprise des négociations sur l’avenir institutionnel dès juillet, avec l’objectif d’un accord avant la fin de l’année. L’enjeu est de taille : après l’échec de l’accord de Bougival et le rejet en avril du projet de loi constitutionnelle qui devait le traduire, le cadre institutionnel reste celui de l’accord de Nouméa de 1998, conçu comme transitoire.
Mais les positions demeurent éloignées. Le FLNKS réclame un nouveau cycle de discussions. Les loyalistes estiment que les principaux compromis ont déjà été trouvés. Entre les deux, l’abstention progresse, signe d’une lassitude qui ne touche pas que les commentateurs parisiens : 63,71 % de participation (contre 66,49 % en 2019), soit un électeur sur trois qui ne s’est pas déplacé. Le député Les Républicains Philippe Gosselin, fin connaisseur du dossier, a résumé l’ambiance d’un mot : « Ça va être encore compliqué. »
Les assemblées provinciales seront installées vendredi 3 juillet. Le bureau du Congrès sera élu le 10 juillet. Puis viendra la désignation du 19e gouvernement collégial de la Nouvelle-Calédonie. C’est à ce moment-là que l’arithmétique se transformera, ou non, en politique.



